‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 149 sur 179 · CHAPITRE XIY · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIY

tion avait voulu se convaincre de cette indifférence; elle avait interrogé le pays, et le pays lui avait répondu.

Écartant ces griefs frivoles, l'orateur examinait ensuite la situation à laquelle la réforme devait porter remède. Le ministère, sentant sa faiblesse, travaillait à pervertir le gouvernement représentatif dans son essence ; tentative inconstitutionnelle, immorale, coupable^ et non pas exempte de dangers. Elle n'avait pas encore, il est vrai, rencontré d'insurmontables obstacles ; la corruption, on le reconnaissait, avait fait plus d'une recrue, et, dans un grand nombre de collèges, elle avait vaincu ses adversaires. Mais ses victoires mêmes commençaient à la compromettre. En effet, les classes gouvernantes devenant suspectes aux classes gouvernées, celles-ci murmuraient déjà qu'il ne suffisait plus d'opérer quelques réformes pour faire rentrer la France dans les voies de nos deux révolutions, mais qu'il fallait changer radicalement les institutions, et enlever le pouvoir aux classes égoïstes, corrompues, qui l'administraient si mal.

« Vous nous accusez, disait M. Ouvergier, d'être mus par des passions ennemies ou aveugles ; nous vous accusons, nous, de fonder sur des passions basses et cupides tout l'espoir de votre domination. Vous nous accusez de troubler, d'agiter le pays dans un misérable intérêt d'ambition ou d'amour - propre ; nous vous accusons de corrompre le pays pour l'asservir et pour perpétuer entre vos mains la plus déplorable des exploitations. Vous nous accusez de donner, par nos discours, force aux partis extrêmes qui veulent renverser l'ordre social et l'ordre politique; nous vous accusons de fournir, par vos actes, aux partis extrêmes le point d'appui, le levier qui leur man-

que. » Il ajoutait : « Il est permis de se demander si nous ne nous sommes pas flattés, en i830, quand nous avons cru avoir résolu définitivement le grand problème qui, depuis cinquante ans, agite la France et le monde. » Toates ces paroles étaient révolutionnaires. Il est bien vrai que M. Duvergier de Hauranne en corrigeait Tâpreté par dei exhortations modérées et pacifiques. «Renoncez, disait-il, au ministère, renoncez à vos coupables pratiques; laissez le pays exprimer librement ses vœux, et tous les malheurs seront conjurés. Osez, disait-il aux membres de la majorité, osez dire tout haut ce que vous pensez tout bas; osez vous associer à l'opposition pour éloigner du gouvernement les hommes qui le perdent en conspirant contre les libertés publiques, en trahissant au dehors les principes de la révolution, et vous épargnerez au pays le fléau d*une révolution nouvelle. » Mais il n'avait guère plus de succès auprès de la majorité qu'auprès du ministère.

Cependant on put croire un instant que les choses allaient changer de face. Quelques membres de la majorité s'étaient réunis dans un des bureaux pour se concerter sur les difficultés de la situation, et, après une délibération assez confuse, ils avaient pris le parti de rédiger un amendement, qui, sans renverser le ministère, Tentralnât doucement sur la voie des réformes. Mais à peine cet amendement eut-il vu le jour, qu'il fut dénoncé par M. Guizot comme l'œuvre coupable d'un transfuge. On espérait que M. Duchâtd se montrerait plus conciliant. Il ne parut à la tribune quepour envenimer le débat par des provocations. H. Duvergier devait, avait-il dit, résister à l'arbitraire, si le gouvernement, après avoir respecté quelque temps la liberté des réunions politiques, voulait, au méj^ris de la loi, les inter-*

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