‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 156 sur 179 · CHAPITRE XT · texte numérisé non relu

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officiers piâtiés sous leurs ordres, leur demandaient Topinion des simples gardes, les encourageaient à favoriser de tout leur pouvoir la résistance courageuse des députés réformistes. De leur côté, quelques membres du conseil général de la Seine se rendaient auprès du préfet, lui déclaraient qu'une agitation vive se répandait dans la capitale, et l'invitaient à détourner le gouvernement d'une résolu* tion pleine de périls. Toutes les affaires Commerciales étaient suspendues. En deux jours, ces mots sinistres allèrent frapper toutes les oreilles : On va se battre !

Assurément, la grande majorité des habitants de Paris redoutait le combat : mais personne ne conseillait à l'opposition de prévenir Teffusion du sang par une subite retraite. Les conservateurs eux-mêmes, abattus, consternés, reconnaissaient que le gouvernement avait créé cette tragique situation par des provocations imprudentes, et ils ajoutaient qu'il devait céder, qu'il devait désarmer par la moindre concession des adversaires dont il n'avait pas assez ménagé Tamour-propre. Devenu, contre l'attente commune, l'organe de cette opposition conservatrice, le Journal des Débats annonçait, le 14 février, que le ministère allait arborer le drapeau de la conciliation, et qu'avant lafinde la session on aurait les réformes. <k La réforme s'accom- « plira, disait le Journal des Débats.... Cette grande ques- (( tion est décidée en principe, en attendant qu'elle soit décia dée au scrutin parlementaire. Désormais, il n'y a plus U c( matière à discussion ; il n'y a plus deprétexte aux violences a qui ont agité le pays ; il n'y a plus de prétexte à l'agitation a dont nous avons eu le triste spectacle. Que l'agitation cesse « donc, avec tous ses maux et tous ses périls! Que tous les tt bous citoyens &e reconnaissent dans les chambres comme

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c( hors des chambres, et que le pays tout entier revienne an c( calme et à la confiance. x> C'était, en effet, le programme d'une politique conciliatrice. Il ne s'agissait, pour leminis* tère, que d'en ratifier les termes, en Tenant eiprimer à ]a tribune les intentions qu'on lui prétait, et rien n*était plus facile ; quand les esprits étaient si vivement alarmés, qoaiid ils n'avaient d'autre préoccupation que celle du péril social, le ministère ne pouvait manquer de prétexte pour faire cette déclaration. Mais il ne la fit pas. Le roi ne voulait entendre parler d'aucune concession. Irrité jusqu'à la fureur, ne voyant dans les députés de l'opposition que des sujets rebelles, il ne supportait pas qu'on lui proposât de transiger avec eux. Pourquoi, d'ailleurs, se compromettre dans ces transactions ? Pourquoi faire descendre la couronne jusqu'à négocier un accommodement avec cette cohue de bavards qui l'avaient si peu respectée? « Tout le monde est pour la réforme, disait le roi. Les uns la demandent, les autres la promettent Je ne prêterai jamais les mains à cette faiblesse. La réforme, c'est l'avènement de l'opposition, et l'avènement de l'opposition, c'est la guerre, c'est lé commencement de la fin ! Aussitôt que l'opposition prendra les rênes du gouvernement, je m'en irai*. » Et le roi n'avait aucune envie de s'en aller. Loin de là : habitué à ne compter sur personne, ne retrouvant pas ses idées chez la mère du comte de Paris, ni sa vigueur chez le duc de Nemours, et n'ayant pas moins d'amour-propre que d'entêtement, il voulait achever sa vie sur le trône, et il ne redoatait rien tant que de mourir sans avoir mis à l'abri de tout péril

* Abdication du roi Louis-Philippe racontée par lui-même et recueillie par M, Ed, LetMine,

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l'établissement qu'il avait fondé. Il était, d'ailleurs, persuadé que les circonstances n'étaient pas graves ; que Ton exagérait tout ; que l'opposition était plus mutine que brave; qu'il suffirait de déployer quelques forces, et qu'à la vue des baïonnettes tous les convives du banquet prendraient la fuite. Si, d'ailleurs, ils essayaient quelque résistance^ elle devait être aussitôt comprimée. Le général Jacqueminot répondait de la garde nationale : quant à l'armée, jamais on n'avait douté de son excellent esprit. On parlait d'une bataille ? ce devait être une bataille gagnée sans coup férir. Tels étaient les discours du roi ; et personne n'osait le contredire. Le ministère avait-il dicté l'article du Journal des Débats? On ne le sait trop. Quoi qu'il en soit, cet article ayant été blâmé par le roi, par les courtisans, et par les conservateurs intraitables, M. Ducbâtel n'osa pas le justifier, et M. Guizot mit quelque empressement k le désavouer. Les jours s'écoulaient, et chaque jour il devenait plus difficile de prévenir le conilil. Il ne manquait pas de gens qui allaient d'un camp à l'autre, disant au ministère, à l'opposition, qu'ils faisaient les affaires des partis subversifs. Mais si le ministère comptait sur sa force, l'opposition se montrait résolue à défendre son droit. On tentait de Tintimider en lui prouvant qu'elle ne pourrait contenir son arrière-garde ; elle répondait qu'elle voulait faire une manifestation pacifique, qu'elle était sûre d'elle-même, et qu'elle espérait dominer par la solennité de son attitude les passions des partis éveillées par les défis du gouvernement. Ce qui lui donnait cet espoir, c'était la conduite des députés radicaux, des membres du comité central et des journalistes, qiû, de^^uis l'ouverture de la campagne, avaient donné tant de gages de leur modiération et tant ds

preuves de leur influence. M. Barrot les avait entendus la veille exprimant de très-vives appréhensions. Un banquet, disaient-ils, c'était une émeute et peut-être une révolution. Mais puisque malgré leurs avertissements, le banquet avait été décidé, ils ne travaillaient plus qu'à conjurer les orages. M. Marrast écrivait dans le National^ en s*adressant aux ministres : <& Non, non, ne comptez point sur nos c( imprudences. Si vous voulez une émeute, vous ne Tau- (( rez point. Ce que nous voulons aujourdliui, c*est une <( manifestation dont le calme vous épouvante, et vous « annonce la volonté ferme de toute une population. Nous « le voulons avec les députés, les électeurs, les officiers, <( les soldats de la garde nationale, avec le concours de « tous les citoyens qui ont le sentiment de leur droit; « nous voulons vous prouver que vos fantaisies d'arbi- « traire rencontreront en face d'elles une masse pacifique, « désarmée, immense, et dont la voix toute-puissaote suf- «c fira pour démontrer en quelle estime on vous tient. C'est « Tordre qui fera notre force; c'est l'accent de l'opinion c< qui passera par-dessus vos bataillons pour aller vous

« foudroyer Le mouvement sera d'autant plus terrible

« pour vous qu'il sera plus tranquille. Non, vous n'aurez <t ni troubles, ni désordres, ni sanglante collision. Le peu- « pie de Paris n'a pas besoin d'une bataille ; il sait que, c< pour vous vaincre, il lui suffira de se montrer, d Ce qu'il y avait de sincère dans ces paroles, c'était le désir de maintenir la paix ; mais quand M. Marrast affirmait qu'elle ne serait pas troublée, il ne déclarait pas ses véritables pressentiments.

La commission chargée de préparer le banquet n'avait pas encore pu désigner le lieu du rendez-vous. L'impa-

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