‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 160 sur 179 · III · texte numérisé non relu

III

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On était à la veille, même do banquet, et la journée s'avançait. Vers quatre heuFes et demie du soie, M. Barroi se rendit à la ehambre et parut i la triboune'. Il venait demander au ministère, des explications pnbliiues. M. Duchâtel lui répondit d'abord qu'il n'avait riea souhait qu'une solution judiciaire; qu'il autorisait eneoce les députés de l'opposition' et leirs convives à se rendre individuellement au liev du banquet, mais qu'il ne laisseratrt faire aucun rassemblement sur la voie publique. M. Banot répliqua qu'on attribuait aux auteurs du banquet des. intentions que personne n'avait eues; que, dans Fintérét d'une méchante cause, on faisait d'une maBifeslation régiliëre et pacifique un acte insurrectionnel ; que le progiranMie ne convoquait personne ; que les gardes nationaux admis an. cortège devaient être sans armes.; que la paix publique n'aurait pas été troublée ; que le malmûen de l'ordre^ ont en: avait l'assurance, aurait été considéré par leos les cstaj^ena comme l'accomplissement d'un> saint devoir; enfin, que le ministère, en mettant Paris en éiat de siège, atus le*, plus frivole prétexte, excitait les tumultes qu^il voulait, disait-il, prévenir. C'était bien raisonner Mais si l'opposition n'avait aucune peine à mettre tous leslorts du cMédn minîistèffey el à montrer qu'il avait été tour k tour piovoeateuv d perfide^ SE. Barrot laissait soupçonner qu'après* a/foir été htme et même téméraire, Topposidon/ avait conclu par une faiblesse.

Après la séance, les députés de l'oppositiba se:rénni»ur pour délibérer sur là conduite qu'ils devaient tenir. Cette dëibérationi lut orageuse, mais, elle ne fut pas longne*. Se rendre au lieu dm banqqwt mdividueUêmenê, en usant de la permission aeeerdée pas 9L DuehAleiy c'était fair»

chose puérile. Se rendre au lieu désigné par les auteur» du programme, pour marcher emuîte à la tête du cortège a»devant des troupes qui devaient lui barrer le passage, c'était commeueer la guerre civile. L'opposition parlemen taire ne Toulat adopter ni l'u» Ai l'autre parti. Elle préféra s*absrenfr, et se résigner à fous les reproches plutôt que de s'associer i la responsabilité d'une lutte sanglante.

Le lendemain, S2 février, ou Usait sur les murs de Paris deux proclamations r Fane adreuiée par le général lae* queminot à la garde nationale de h Seine? Tautre s^iiée par le préfet de police, M. Delessert, et rédigée, drsait-on, par M. de Moray, dans laquelle le gouvernement renoihvêlait, au nom de la loi de 1790, rteterdfctioo déjà prononcée contre les banquets, déclarant, en onfre, qu'il était prêt à disperser par la force tous les rassemblements, tous les cortèges qui seraient rencontrés sur la voie publique. De son côté, Topposition publiait dans ses journaux la nota suivante :

(( Une grande et solennetTe maait^t/itioa (ferait avofr Hêift atrfemr d'hai en favear da droit de réanion contesté par le gODverMMent. Tontes les mesnres avaient été prises ponr assorer l'ordre et ponr prév«Dir tonUr eop^CT d» tra^Mey L* gAitTeinenent était ia&Uait, depuis plasieurs jours, de ces mesures, et savait quelle serait la forme de ceUe protestation.. Il n'rgiioraH- pas ^oe U» iéftUa se vandraient ea corps a« ¥nm àa boaqvety tetomf9§ùéê éHum pdmé D«n]Mr»de' ciloyeB8.et de gardes nationaux sans armco.. U «vaiiaBtfMMé ïiaUnti^A do A^afporter OBCOft oI»€k1o è totto déittOMlralioo^ lasi ^tie l'ordre- no sorail pas tffOflMé^ oide se borsor à ooostatof j^ iw^iocèt-vorbal ee<|o*il regofde comme une contravcâCmiy ol coqoo rofposilîoo togacdo comme Teierctee dtwm dflrit. 'Vaut k coof^». on fOOMBi pofir p«&losto o«o polilication dont le SMi bot éMLémffiénmt teo èiM)oéroo qai aoMioBt pa naUvoi d*ttn# grando M&mu ée titoxeoo, to 0o»«ecoeBie»t » fait eoaoakre sa résolution d'empêcher fot 1» foroo ioot laaoomMamont sov la voio pu-

bliqae, et d'interdire, soit à la population , soit aoi gardes Dationaax, toate parlicipalion à la manifestation projetée. Cette tardive résolation da goavernement ne permettait plus à l'opposition de changer le caraetère de la démonstraiion ; elle se trouvait donc placée dans TalternatiTe oa de provoquer ane collision entre les citoyens et la force pabliqoe^ on de renoncer à la protestation légale et pacifiqae qu'elle avait résolue. Dans cette situation, les membres de l'opposition , personnellement protégés par leur qualité de députés^ ne pouvaient pas eiposer volontairement les citoyens aux conséquences d'une lutte aussi funeste à Tordre qu'à la liberté. L'opposition a donc pensé qu'elle devait s'abstenir et laisser au gouvernement toute la responsabilité de ses mesures. Elle engage tous les bons citoyens à suivre son exemple.

« En ajournant ainsi l'exercice d'un droit, l'opposition prend l'engagement de faire prévaloir ce droit par toutes les voies constitutionnelles. Elle ne manquera pas à ce devoir, elle poursuivra avec plus de perséyé. rance et plus d'énergie que jamais la lutte qu'elle a entreprise eontre une politique corruptrice^ violente et antinationale.

a En ne se rendant pas au banquet^ l'opposition accomplit un grand acte de modératioD et d'humanité. Elle sait qu'il lui reste à accomplir un grand acte de fermeté et de justice. »

Ce grand acte, que promettait l'opposition, c'était une demande de mise en accusation du ministère. Elle fut immédiatement rédigée et signée. Elle était conçue en ces termes :

« Nous proposons de mettre le ministère en accusation, comme eoi»-> pable :

« lo D'avoir trahi au dehors l'honneur et les intérêts de la France;

« 2<^ D'avoir faussé les principes de la constitution, violé les garanties de la liberté et attenté aux droits des citoyens ;

c 3* D'avoir, par une corruption systématique, tenté de snbsUtocr à la libre expression de l'opinion publique les calculs de l'intérêt pri? é et de pervertir ainsi le gouvernement représentatif;

tf 4* D'avoir trafiqué, dans un intérêt ministériel, des fonetioes pabliqnes^ ainsi que de tous les attributs et privilèges du pouvoir ;

« 5* D'avoir, dans le même intérêt, ruiné les finances de l'ËUI, et compromis ainsi les forces et la grandeur nationales;

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« 6* D*avoir violemment dépoaillé les citoyens d'on droit inhérent à tonte constitution libre, et dont Teiercice leor avait été garanti par la Charte, par les lois et par les précédents;

a 7** D'avoir enfin, par une politique ouvertement contre-révolotionnaire, remis en question toutes les conquêtes de nos deux révolutions, et jeté le pays dans c^e perturbation profonde. »

Tous ces crimes avaient été commis par le ministère; (accusation n'allait pas au-delà des griefs qu'elle pouvait justifier. Cependant l'énergie même que montrait l'opposition dans l'accomplissement de cet acte de fermeté^ témoignait qu'elle avait conscience d'avoir poussé bien loin les scrupules de la modération^ en ne menant pas jusqu'au bout l'affaire du banquet. Pouvait-elle braver ouvertement les menaces de l'autorité, se commettre elle-même avec la troupe, et, par cette décision héroïque, commencer la guerre civile? Quelques hommes résolus, MM. de Lamartine, d'Aragon, de Malleville, Marie et Lherbette, lui donnèrent ce conseil. Nous ne voulons pas la blâmer d'avoir refusé de le suivre. Mais nous la blâmerons de n'avoir pas prévu, dès le premier jour, qu'en organisant une résistance ouverte aux prétentions illégales du ministère, elle devait, au terme de ce conflit, voir se dresser devant elle la baïonnette des gendarmes. Il fallait donc, dès l'abord, ou prendre le parti de tout braver, même les derniers périls, ou ne pas s'engager en cette voie pleine d'embûches, dans laquelle on se livrait à la merci de l'autorité. C'est ce qu'on avait dit à l'opposition, et cet avi& ne lui avait pas été donné par des hommes sans courage et sans expérience. D*un côté, les rédacteurs du Nationaî; d'un autre côté, H. Thiers et plusieurs de ses amis s'étaient prononcé pour la démission collective et contre le banquet, persuadés les

uns et les autres que le banquet n'aurait pas lieu, et que le ministère, devenu le maître de Ja situation, attendrait le moment opportun pour déployer ses forces et contraindre l'opposition i reculer. C'est ce qui arrivait.

Encore, en ce moment suprême, Topposition était-elle bien assurée qu'elle serait suivie dans sa tardive retraite par les masses qu'elle avait conviées à la manifestation réformiste? Le peuple est un logicien peu subtil, mais trèsrésolu, qui va promptement des prémisses aux conséquences, et vainement on lui montre les périls d'une conclusion^ ces périls ne l'arrêtent pas ; on Ta mis sur la voie de la vérité, il a vu le but, il veut l'atteindre, et des lors il ne comprend plus rien aux arguties avec lesquelles on 8*efforce de le détourner du droit chemin.

Le 22 février, dès le lever du jour, une multitude confuse» arrivant de tous les faubourgs, se dirigeait vers la Madeleine, les Champs-Elysées, la place de la Concorde* C'étaient des artisans qui venaient offrir aux députés réformistes un gage significatif de leur assentiment. Us ignoraient, pour la plupart, la résolution prise à la dernière heure; un grand nombre, la connaissant, espéraient encore qu'elle pourrait être modifiée par quelques circonstances; d'autres enfin, en assez grand nombre, étaient en proie à cette vive animation qui est le signe précurseur des tempêtes civiles. Pour les contenir on avait tout employé. Outre la note des députés de l'opposition, on lisait encore dans les journaux du matin une antre note du comité cen» tral, rédigée dans le même esprit, mais avec plus de fermeté, et tous les journaux, même la Réforme, invitaient le peuple à demeurer calme^ impassible, à considérer tous les provocateurs comme des émissaires de la police. Les

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officiers de la garda nalioDale et les délég^iës des écoles, rassemblés, avec ua gr^ind soisbre de ciioyeos, chez Ji. Pôf* rée, gérant du SiècU^ a|>rès avoir montré quelque bésitatation, après avoir fait antendre quelques vébéffîeotes proiestatious cootre la conduite tiniorée 4es idépulés iréformisles, avaient aussi pris le parti des'al>sl.ei^ir; et, dans la nuit, ils avaient partoul népandu ces mots d'ordre ; pas d'agitation, pas d'émeutô, ()as <le prétextes à uae collision. Une aotne réunion avait en lien dans les bureaux de h Referme. Là, s'étaient assemblés en assez graDd nombre les membres les plus actifs des sociétés secrètes, et, malgré les eKcitatiDns de quelques individus gagés par la police, on avait décidé de ne point agir. Ainsi, du côté de Toppocsition, tous les hommes qui possédaîeni quelque influence s'étaient résignés à la compromettre, à bravier les reproebes, les accusations, pour pacifier les esprits et retarder encore «n engagement que beaucoup d'entre eux considéraient comme inévitable. Cependant^ malgré lous ces efforts, le peuple était agité par Tesprit des révolutaons, et, sur toutes les places oii il accourait, s'éleiraient aussitôt ces rumeurs cobfuses qui précèdent les appels aux arnoes.

Que disaient-ils, ces gens placés eu dehors de l'action des partis, qui, en 1832, ira 1BS4, les avaient laides lutter seuls et succomber tristement, mulgné d'héroïques efforts, et qui, daus ce jour, descendaient sur la pboe poiUJqiie^ au mépris 4e leurs mstniclious pacifiques, le cœur y kan de colère, la voix altérée par des éiMikMis cpi'tb se pouvaienit maîtriser? ils disaient simptomeii^t, arec cMb prédsiou qii est propre à la kgique populaire, qu'en gouveroement convaincu de trahison dans ses rapports avec les natio&s étrangères, et, dans ses rapports avec la France, d'attentai

aux droits des citoyens , est un gouvernement qu'il faut réformer sans délai, ou renverser, s'il ne se prête pas à la réforme. Le nom exécré de M. Guizot était dans toutes les bouches, comme, au mois de juillet 1830, le nom de M. de Polignac. On parlait aussi du roi, qui, depuis huit ans, après avoir tant de fois changé de ministres, s'était obstiné, malgré toutes les remontrances, à garder H. Guizot. Ennemis de la liberté Tun et l'autre, ennemis dédaigneux du peuple des faubourgs, ils étaient confondus dans la même réprobation. Les personnes qui, dans les groupes, racontaient les affronts subis par l'opposition parlementaire, et justifiaient ou condamnaient sa retraite, étaient écoutés presque avec indifférence. Puisque les réformistes du parlement n'étaient pas venus au rendez-vous, il ne s'agissait plus d'eux, et le peuple, disait-on, n'avait besoin ni de leur concours, ni de leur permission, pour faire ses affaires.

Les troupes étaient consignées dans leurs quartiers. Habitués à ne voir que les partis et à mépriser le peuple, le gouvernement s'était senti libre de toute inquiétude, en apprenant la résolution successivement adoptée par les réunions qui avaient eu lieu chez M. Barret, chez H. Perrée et au bureau de la Réforme. Le roi souriait aux courtisans, et, dans l'effusion de sa belle humeur, il demandait des nouvelles de M. Barrot et de la réforme, disant qu'il avait bien prévu la conclusion naturelle de cette formidable entreprise, qui devait, suivant les alarmistes, ébranler les solides assises de rétablissement de juillet. La cour et le ministère étaient dans une sécurité complète. Peut-être, pensait-on, serait-il nécessaire de montrer quelques uniformes pour calmer les esprits les plus mutins ; mais on ne redoutait pas même une émeute.

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