CHAPITRE TIIl. 2i
questions de principes et parfaitement à la portée de Taudiloire.
Quant au reproche de corruption, M. Duchâtel avouait les abus, mais le remède proposé lui semblait étrange. On disait qu'il y avait trop de corrupteurs, et Ton proposait d'en augmenter le nombre. Il niait, d'ailleurs, que le pays prit intérêt à la réforme électorale. Toutes ces agitations étaient factices : réformes, changements, améliorations; autant de variétés et de faux prestiges.
En terminant, M. Duchâtel avait recours à l'argument réservé aux grandes occasions, la question de cabinet ; il déclarait que, si le concours de la chambre manquait au gouvernement, il se croirait obligé de faire retraite.
Après un appel significatif, fait par M. Crémieux à la minorité de la majorité ^ M. Odilon Barrot prit la parole.
L'orateur constata d'abord les progrès faits dans la chambre et dans le pays par le principe de la réforme élec« torale; c'était à ses yeux un grand éloge de cette réforme, que la question de cabinet posée à ce sujet. « Quand M. le ministre de l'intérieur, dit-il, se défiant probablement de la puissance des raisons, a mis un portefeuille dans la balance de vos consciences, quand il a combattu par la perspective d'un changement de ministère les justifications produites à l'appui de la proposition, il a, permettez-moi de le dire, rendu le plus grand hommage au principe même de cette proposition. »
Faisant ensuite justice des sophismes par lesquels le ministre intéressait la dignité même de la chambre à protéger cette loi électorale dont elle était une émanation, il s'écriait : <& Si un tel argument a quelque force, toute réforme électorale est désormais impossible ; toute modifica-
ui. H
218 HISTOIRE DE HUIT ÀlfS.
lion à la loi électorale est frappée à tout jamais d'une fin de non-recevoir absolue ; ce n'est pas une borne que vous posez, c'est la borne que vous érigez en dogme, c'est la borne faite dieu. Si la loi électorale participe de votre inviolabilité, si vous êtes la dernière incarnation du droit électoral, si Ton ne peut y toucher sans toucher à vousmêmes, vous interdiriez, sans doute, même à un ministère quel qu'il fût, de venir vous dire qu'il faut changer la loi dont vous êtes le produit inviolable : vous lui interdiriez cette faute et cette ingratitude. Ainsi donc, puisque la réforme ne peut venir ni de l'opposition ni du ministère, déclarons qu'il en est à jamais fini de cette question ; donnez un démenti à la charte elle-même. A la différence de la restauration, qui, après avoir déclaré la loi immuable, fit subir de profondes modifications à la loi, vous, vous aurez proclamé la loi modifiable, et puis vous aurez soutenu ensuite le dogme de l'inviolabilité éternelle. »
M. Odilon Barrot signalait à son tour les progrès delacoTruption : a Riches, pauvres , médiocres, intérêt, vanités, passions, on s'adresse à tout, on fait appel à tout. Sous l'influence de ces sentiments, le nombre des fonctionnaires, l'avidité des solliciteurs doit aller dans une progession croissante. Vous parlez des mœurs, de leur influence; depuis dix ans qu'ont fait les mœurs? Le flot va toujours en montant. »
I II est vrai que, tout en avouant l'existence de la corrup" tion, tout en reconnaissant le mal, quelques fatalistes politiques prétendaient qu'il n'y avait autre chose à faire qu'à se résigner. A ceux-là M. Barrot répondait : <c S'en rapporter à la Providence! prenez-y garde : avant rinterveih tion de la Providence, il v a celle des révolutions ! ii