‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 95 sur 179 · CHAPITRE TUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE TUI

Terrible argument ! que la chambre ne voulut pas comprendre, et qui se justifia plus promptement que ne le pensait Torateur.

On avait pu croire que les conservateurs progressistes se prononceraient pour la réforme. M. Blanqui vint en leur nom désabuser la chambre ; ils avaient voté pour la lecture du projet, ils devaient voter contre la prise en considération. Nous ne sommes pas, ajoutait M. Blanqui, des traîtres qui se sont introduits dans la place pour la livrer à Tennemi, mais des sentinelles vigilantes qui donnent Talarme quand la garnison s'endort.

Malgré celte espèce d'amende honorable, M. Guizot fit à cette fraction indisciplinée une sévère et orgueilleuse admonestation, ce Je ne crois pas, dit-il, que les tiers partis servent aux intérêts du pays, à la considération et à la force de ceux qui les composent. y> Puis, jetant un défi aux délinquants, il leur ouvrait dédaigneusement les portes de l'opposition : a Nous aimons mieux, ajoutait-il, soutenir notre politique avec une majorité moins forte que l'affaiblir avec une majorité plus nombreuse. »

Les mutins étaient avertis ; on s'aperçut au vote que la leçon avait profité*

Quant au fond de la question, M. Guizot répéta ce qu'il avait déjà dit en 184S. 11 ne trouvait à la proposition aucun motif séneux. Point d'intérêts réels et importants qui aient besoin de réformes pour être satisfaits. Point de convictions, point de sentiments publics qui les sollicitent et qui les provoquent. <& J'ai beau chercher, disait-il, la proposition de M* Duvergier de Hauranne n'est encore à mes yeux qu'une machine de parti, qu'une fantaisie de l'esprit. » ^^

Était-ce aveuglement? était-ce opiniâtreté ? Assurément,

le premier ministre ne comprenait rien de ce qui se passait en France.

Le scrutin sembla le justifier. Une majorité de 98 voix, 252 contre 154, repoussa la prise en considération.

Mais tous les avantages de la discussion avaient été pour l'opposition ; les suffrages extérieurs protestaient hautement contre les décisions du Palais-Bourbon, et chaque succès du cabinet ressemblait aux victoires de Pyrrhus. « Quoi qu'on fasse désormais, écrivait le National en « rendant compte du scrutin , ce système électoral est « jugé ! la discussion l'a mis au néant ! Il peut durer en- (^ core, à l'aide de la force brutale qui le maintient; il « peut durer, il ne vit plus. La réforme n'est plus qu'une « question d'opportunité ; c'est évident pour tout le monde, « même pour les centres qui l'ont repoussée aujourd'liDi. « Il faudra qu'ils se résignent à lutter de nouveas contre « le bon sens, la raison, la lumière; car M. Duvergier ne (( se lassera point. Il a la constance, l'esprit de suite, et « plus que cela, la passion qui soutient et double les *i forces. »

Les radicaux avaient tout intérêt à se faire les alliés et les appuis de l'opposition dynastique; elle devenait, pour ainsi dire, leur avant-garde, et ses vives escarmouches servaient de prélude à des luttes plus sérieuses, à des attaques plus décisives. Quand ils avaient agi seuls, les radicaux, et par leurs imprudences personnelles et par h témérité de leurs doctrines, avaient effrayé la bourgeoisie. Tout se ralliait alors autour du trône; et l'énergie da combat devenait une sauvegarde contre le péril. Mais depuis que la bourgeoisie elle-même était divisée, depuis que la réforme était invoquée sous un drapeau monar-

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