‹ Histoire de huit ans, 1840-1848Chapitre 96 sur 179 · CHAPITRE TIIU · texte numérisé non relu

CHAPITRE TIIU

chique, les radicaux n'avaient plus qu'à laisser faire, bien certains de recueillir les profits de la lutte, mais n'oubliant pas d'appuyer les lutteurs par leurs encouragements et leurs éloges. Aussi M. Duvergier de Hauranne avait-il grandi par sa glorieuse défaite; son nom, célébré par tous les organes de la presse opposante, se trouvait invinciblement lié à de nouvelles tentatives, et la popularité qu'on lui assurait en récompense de ce qu'il avait fait, devenait un engagement pour faire davantage.

L'opposition de toutes les nuances était, d'ailleurs, bien décidée à ne pas laisser dormir les questions de réforme. M. Crémieux présenta, le 12 avril, une proposition tendant àce que la liste du jury, actuellement formée par les préfets, fût désormais composée par une commission des membres des conseils généraux des départements. On se souvenait de la scandaleuse histoire des jurés probes et libres. Cependant les bureaux repoussèrent la proposition,

H. de Rémusat fut plus heureux. Il avait reproduit son ancienne proposition relative aux députés fonctionnaires, en y ajoutant l'amendement proposé Tannée précédente par H. Odilon Barrot, concernant les officiers fonctionnaires de la maison militaire et civile du roi et des princes. Les bureaux en autorisèrent la lecture, et, ce qui devait ajouter à l'intérêt de la discussion, c'est que les conservateurs progessistes avaient hautement déclaré qu'ils vote^ raient pour la prise en considération. Après avoir un instant courbé la léte, ils revenaient à l'indiscipline.

La discussion s'ouvrit le 19 avril.

Après l'exposé de M. de Rémusat, M. Duchâtel prit la parole pour reproduire encore l'argument désespéré , la question de cabinet. Assurément, la peur est la plus coui-

plaisante des passions: avec elle il n'est pas besoin de varier ses arguments ; il suflSt d'effrayer d'abord et d'effrayer ensuite, et les mêmes simagrées peuvent toujours servir. Cette fois cependant il fallait frapper fort ; car les conservateurs dissidents avaient des velléités d'aadace. Aussi, eurent-ils les honneurs de la discussion.

D'abord H. Desmousseaux de Givré divertit la chambre par quelques traits fort pénétrants décocbés contre MM. Guizot et Duchâtel ; leur disant en termes peu déguisés que si la majorité avait eu besoin d'eux, l'an dernier, pour vivre, c'étaient eux maintenant qui avaient besoin de li majorité, a Si nous avions le malheur de les perdre, ajootait-il avec malice, nous nous en consolerions avec la certitude qu'ils ne manqueraient pas d'héritiers. r>

Vint ensuite H. Billault, qui mit en cause, avec no esprit remarquable, cette fraction juvénile si inquiétante pour le cabinet.

Après quelques considérations générales, roratear ajoutait :

«c Quant à la question de cabinet, je sais que &est une arme devenue fort usuelle entre les mains de M. le ministre de l'intérieur

ff Autrefois quand une majorité était difficile, douteuse, de cinq à six voix, la question de cabinet avait des périls qu'on ne se souciait pas d'affronter.

<c Par la même raison qu'on ne voulait poser nulle part alors la question de cabinet, on veut la poser partout aujourd'hui. Et voici pourquoi : il y a au milieu des amis du cabinet je ne sais quel ferment qui l'inquiète; oui, il y a dans la majorité des députés nouveaux qui se figurent que leur opinion est leur propriété, que leur opinion leur ap-

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