CHAPITRE YlII
patient, et qui ne veulent pas se laisser exproprier, méma pour cause d'utilité publique.
« Comment procède-t-on à leur égard? On commence par leur faire remarquer qu'il y a inopportunité. Vous voulez, leur dit-on, des réformes financières ? ce n'est pas le moment; ne parlez pas du sel, ne parlez pas des postes. Vous voulez des réformes administratives? attendez, attendez. Vous voulez des réformes politiques? Oh ! pas du tout....
« Cela ne les satisfait-il pas ? On leur dit : Vous êtes mîuistériels, voiis voulez conserver le ministère, son excellent système, la grande politique... Eh bien ! prenez garde ; vous allez le tuer !
a Quand on leur tient ce langage, ils sont effrayés du résultat ; ils n'ont pas cette intention homicide ; il ne veulent pas tuer le ministère. Ils voudraient au contraire le faire vivre, et vivre avec lui : mais cependant ils insistent ; ils voudraient aussi qu'il fît quelque chose. Alors la question du cabinet reste posée comme la question sine quâ non.
« Voyez comme sont accueillis tous ceux qui veulent quelque progrès...
c( Ici on leur a adressé des admonitions paternelles ; mais au-dehors on a eu moins de ménagements, et du mot indépendant^ en passant par imprévoyant^ on est arrivé au mot intrigant. Du reste, ce n'est pas la première fois quon applique le mot intrigiÂâ à la manifestation d'une opinion libre et indépendante.
« Et, effectivement, si le nouveau parti conservateur avait le courage de naître, avait le sentiment de sa force, que le ministère comprend bien, lui,» voici ce qui arrive-
rait : il y a dans Tancien parti conservateur des hommes résolus, qui pensent que Ton ne fait pas tout ce qu'on pourrait faire, qui sont fatigués d*étre ainsi traînés à la remorque, qui pourraient entrer dans le nouveau parti et lui donner de la force. 11 y a donc péril actuel et péril prochain.
« Nous allons assister à ce curieux spectacle, si les conservateurs nouveaux ont le courage de leur situation. Je sais quelles sont les craintes qu'on leur attribue; ils sentent, dit-on , qu'ils n'ont pas l'autorité de la parole , qu'ils n'ont pas l'éloquence suffisante pour planter leur drapeau.
<c Je ne pense pas que ces craintes soient fondée. Les situations produisent les hommes; mais, en tout cas, en admettant que l'autorité delà parole leur manque, ils auront l'autorité du vote ; et qu'ils soient sûrs, s'ils viennent à la tribune dire au cabinet : c( Si vous ne faites pas cela, a vous n'aurez pas nos votes, » qu'on les trouvera éloquents, trop éloquents. »
Cet appel direct aux conservateurs progressistes les obligeait à s'expliquer. M. de Castellane se fit leur interprète. Après avoir signalé l'urgence de quelques réformes, l'orateur ajoutait :
c< Tout le monde reconnaît donc, en définitive, qu'il y a quelque chose à faire, même M. le ministre de l'intérieur, qui regarde la question comme une simple question de limites. Si c'est une question de limites, qu'on nous dise ^ donc, à nous qui voulons sérieusement faire quelque chose, i ce qu'on veut faire, quand et comment on le voudra ! Que le ministère vienne nous dire ce qu'il veut et quand il le voudra! Ya-t-il une époque précise de la législature ac-