‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 127 sur 222 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

dignité de pair de France et celle de* fonctions de président h U cour de cessation, pour n’èlre défendu, dans les débats qui vont s'ouvrir, que par moo innocence.

J. -B. Teste.

« Paris, ie ? juillet 1S47. »

Ce langage plein de noblesse disposa dès l’abord les esprits en faveur de l’accusé. Innocent, il devait agir et parler de cette manière. On ne pouvait plus, d’ailleurs, s'arrêter à ces frivoles soupçons auxquels on sacrifie trop souvent l’honneur des fonctionnaires. Dans la terrible situation où se trouvait M. Teste, ses ennemis politiques'' imposèrent eux-mêmes silence à de justes rancunes, pour observer son maintien, pour étudier son langage avec l’impartialité la plus scrupuleuse. Aussi, l’effet qu’il attendait de sa lettre ne fut-il pas contrarié.

La première audience de la cour fut consacrée tout entière à la lecture des pièces. A l’ouverture de la deuxième audience, une lumière inattendue vint éclairer quelques parties de ces ténèbres. Teste et Parmentier avaient adopté le même système de défense. Parmentier disait que si la concession de Goukenans n’avait pas été obtenue sans d’énormes sacrifices, ces sacrifices avaient été faits en pure perte par des gens de bonne foi, sur les instances d’un fripon. Qui s’était chargé de corrompre le ministre? le général Cubières. Il avait reçu le prix de la corruption pour le transmettre. Mais il ne l’avait pas transmis. Jamais, d’ailleurs, Parmentier n’avait supposé que M. Teste fût de connivence avec le général. Celui-ci demandait sans cesse, imaginant ou créant des difficultés pour obtenir le moyen de les aplanir; et comme c'était un homme considérable, qui jouissait d’un très-grand crédit auprès des ministres,

il fallait paraître le croire, et concéder ce qu’il exigeait ; mais on se réservait de le prendre dans ses pièges et de l’obliger un jour à restituer les sommes qu’il s’était fait compter. Parmentier n’avait-il pas prouvé la sincérité de cette explication, lorsqu’il avait lui-même mis entre les mains des juges civils les lettres d’où venait de sortir le procès criminel? Mais, à la deuxième audience, les juges connurent d’autres lettres ; et celles-ci, loin de confirmer l’ingénieux récit de Parmentier, le démentirent ouvertement. *

M. Armand Marrast, rédacteur en chef du National, avait reçu des communications qu’il avait ensuite livrées à son ami, M. de Malleville, vice-président de la chambre des députés, et celui-ci n’avait pas cru devoir, dans sa position officielle, laisser ignorer à la justice l’existence de pièces qui devaient exercer tant d’influence sur l’issue de l’affaire.

Des lettres, écrites, en l’année 1846, par Cubières et par Pellapra, établissaient clairement que les négociations suivies entre le ministre des travaux publics et la société de Gouhenans avaient eu Pellapra pour agent principal. On y trouvait, en outre, un long détail de toutes les fourberies que le général Cubières reprochait à ses complices, les accusant de vouloir mettre à sa charge la somme totale des sacrifices, après avoir recueilli la meilleure part des profits de la concession. Aussitôt que ces documents eurent été rendus publics, les esprits commencèrent à mieux se diriger dans le labyrinthe des transactions véritables et des contrats fabriqués pour dissimuler la vérité. Sur l’habile déposition de Parmentier, bien des gens auraient absous le ministre et condamné le général comme le plus effronté des escrocs. La correspondance remise par M. de Mallevile

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