CHAPITRE X
propre. Des essais de rapprochement furent tentés; mais ils ne réussirent pas.
Cependant Mme de Praslin avait été neuf fois mère, et l’affection qu’elle avait pour ses enfants la consolait un peu des rigueurs de son mari. Quand il fallut songer à leur éducation, ce fut une occasion chaque jour renaissante de contrariétés et de discordes. Le duc avait un système, la duchesse en avait un autre, et tous deux étaient également obstinés dans leur opinion. Enfin le duc imposa sa volonté, confina ses enfants dans une partie retirée de l’hôtel, et les remit aux soins d’une gouvernante. Ce fut alors à qui dirigerait cette gouvernante, à qui ferait prévaloir près d’elle tel ou tel programme d’études. Ces luttes duraient encore, et plusieurs gouvernantes s’étaient retirées, renonçant à subir tour à tour les remontrances et les ordres contraires du duc et de la duchesse, quand, le 1er mars 1841, une demoiselle Deluzy-Desportes, qui avait fait, en Angleterre, l’éducation de la fille de lady Hislop, fut présentée par de Flahaut.
Voici le règlement qu’avait prescrit M. de Praslin, et que l'on a trouvé dans ses papiers écrit de sa main : — « La gouvernante mangera avec les enfants, dans leur chambre, à la campagne, et dans la salle à manger, à Paris,
La gouvernante sera chargée de toutes les dépenses concernant les enfants : toilette, instruction, femmes de chambre, bonnes, plaisirs. La gouvernante, en un mol, réglera tout ce qui concernera les enfants, sous sa responsabilité. Les enfants ne sortiront qu’avec leur gouvernante. La gouvernante décidera quelles personnes les enfants recevront * ou ne recevront pas. La gouvernante devra tout décider par elle-même, et ne jamais consulter d’avance les parents,
qui se réservent seulement le droit d’observation. M“e de Praslin ne montera jamais chez ses enfants; s’il y en a de malade, n’entrera que dans la chambre du malade ; ne les fera jamais sortir sans leur gouvernante; ne les verra jamais que devant M. de Praslin ou la gouvernante. » Ce règlement ne fut jamais accepté par Mme de Praslin, et elle chercha tous les moyens de l'enfreindre. Mais elle rencontra dans le caractère altier de M11' Deluzy le plus difficile des obstacles.
Celle-ci vit bien, dès l’abord, qu’elle ne pouvait rien gagner à passer dans le parti d’une femme qui la dominerait toujours au double titre de mère et de maîtresse, et qu’il valait mieux condescendre aux caprices impérieux du mari, lui prêter aide, ne rien faire que par son commandement, et l’influencer par d’autres côtés. C’était une habile combinaison, et, pour la conduire à bonne fin, M11” Deluzy possédait une qualité bien précieuse, l’esprit d’intrigue. Elle ménagea d’abord, par une docilité froide, mais respectueuse, la susceptibilité de M°” de Praslin, et, sans rechercher sa confiance, elle prit soin de ne pas en paraître indigne. En même temps, elle employa toutes les ressources de son esprit à se faire aimer des enfants et de leur père. Chaque jour, on sentit croître sa puissance. M. de Praslin n’agissait plus, ne pensait plus que par elle ; les enfants s’habituaient à la traiter comme leur mère, et n’avaient plus que des égards affectés pour celle qui leur avait donné le jour ; les domestiques s’inclinaient devant elle et travaillaient à mériter ses bonnes grâces. Bientôt Mme de Praslin ne fut plus qu’une étrangère dans sa propre maison.
Le 23 avril 1842, M"1' de Praslin écrivait sur un album