‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 146 sur 222 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

terminant son discours il définissait ainsi l’objet de la réunion : « Il ne s’agit de rien qui soit en dehors des lois et de la constitution ; il s’agit, par une réforme légale, constitutionnelle, pacifique, de restaurer les principes de la révolution de juillet, ces principes qui viennent d’être si éloquemment revendiqués par mon ami, M. Barrot. 11 s’agit d’arracher ainsi la France à l’exploitation systématique dont elle est la victime trop patiente. Nous le pouvons, si nous le voulons tous avec persévérance, avec accord, sans récriminer sur le passé, sans anticiper sur l’avenir. » Nous constatons, avec les journaux du temps, que ces paroles furent accueillies par des applaudissements unanimes, et, si nous interrogeons nos souvenirs, ils nous disent que ces applaudissements étaient sincères. Tout le monde voulait croire que la réforme était possible, et qu’elle devait être efficace.

M. Sénard, président des électeurs du comité de l'opposition de Rouen, se leva pour porter un toast à la ville de Paris. M. Marie, député de Paris, avait été chargé de lui répondre. Celui-ci laissa bien entrevoir qu’après la réforme électorale, après la réforme parlementaire, le parti du progrès aurait encore quelques vœux à former : « Mais, dit-il, à chaque jour son œuvre, et, pour arriver sûrement au but, il ne faut pas trop se presser. » Parlant au nom de l’extrême gauche, et forcé d’expliquer à son tour comment on s’était rapproché, comment s’était constituée cette ligue réformiste contre laquelle déclamaient à la fois et les journaux du gouvernement et ceux du parti le plus contraire, M. Marie devait déclarer que M. Barrot ne lui avait pas demaudé de sacrifices, et qu’il n’avait fait à M. Barrot aucune condition. On s’était concerté dans un

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but honnête ; on avait mis ses efforts en commun poui combattre une mauvaise loi dans son principe, et dans ses conséquences, le gouvernement personnel et la corruption : ' n’était-ce pas assez pour une campagne ? A un avenir plus ou moins prochain le règlement des autres affaires ! Les confédérés devaient-ils alors se désunir et rechercher d’autres alliances ï On le prévoyait. Il était permis de le prévoir : mais l'alliance actuelle n’en était pas moins utile, pas moins loyale.

D'autres toasts furent encore portés : A l'amélioration du sort des classes laborieuses, par M. Grisier ; à la presse, par M. Riglet ; aux députés de l’opposition, par M. Hamelin. MM. Gustave de Beaumont, Chambolle, Frédéric Degeorgeet de Malleville prirent la parole pour leur répondre.

Dans tous ces discours, un même esprit : pas un mot inconstitutionnel, mais de dures apostrophes à l’adresse d’un gouvernement corrupteur et corrompu, de chaleureuses protestations contre l'indifférence ou l’apathie des masses, de vifs témoignages d’une mutuelle confiance, et déjà des chants de triomphe , comme si la main divine venait d’écrire sur le drapeau de la réforme : Tu vaincras par ce signe ! L'effet de cette manifestation ne se fit pas attendre. Le Journal des Débats s’efforça de prouver que la gauche dynastique venait de se suicider en pactisant avec les démagogues; la Réforme déclara, de son côté, que, pour s’étre engagés dans cette ligue réformiste avec M. Barrot, avec M. Duvergier, les radicaux du National avaient trahi la sainte cause. A l’un de ces propos il suffisait d’opposer l’autre, et iis eurent l’un et l’autre peu de succès. De Paris l’agitation réformiste se propagea dans les départements, et au banquet du Château-Rouge succédèrent d’autres

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