‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 42 sur 222 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

certaine portion de terre dont les fruits lui appartenaient. Mais le paysan était obligé à une rétribution payable en corvées ; mais le paysan ne devenait jamais propriétaire, ne pouvait acquérir de nouvelles terres; et s’il abandonnait celle qu’il exploitait, elle était dévolue à un autre paysan, qui devait l’accepter avec toutes les charges qu’elle entraînait, la corvée, les redevances, la juridiction seigneuriale. De sorte qu’en réalité, si le paysan n’était pas attaché à la glèbe, la glèbe était attachée au paysan.

D’un autre côté, les nobles seuls ayant le privilège de posséder les biens-fonds, n'avaient pas le droit de les vendre, et voyaient dépérir la valeur de leurs propriétés immobiles et soustraites à la concurrence. Ils présentèrent successivement de nombreuses pétitions au conseil aulique, afin d’étre délivrés de ce privilège onéreux. Après plusieurs années de vaines sollicitations, le conseil aulique consentit enfin à suspendre le privilège, mais à titre d’essai seulement.

L’expérience se fit durant quelques années , au grand avantage de tout le pays. Mais le gouvernement autrichien ne tarda pas à s'apercevoir qu’il commençait à se former dans la société une nouvelle classe, celle des propriétaires non nobles, et que cette classe acquérait une indépendance de position importune au gouvernement. En effet, le petit propriétaire, une fois l’impôt payé , n’ayant ni titres ni faveurs à demander, commençait à nourrir des idées peu favorables au despotisme autrichien. Le gouvernement prit l’alarme; et, par un édit impérial de 1819, le privilège suspendu fut rétabli. Une seule exception fut faite en faveur des bourgeois de Léopol, dont la majorité est d’origine autrichienne allemande.

Cependant la corvée devenait aussi un sujet de contestations entre les nobles et les paysans. Voici en quoi elle consistait : la terre appartenant aux nobles, les paysans ne pouvaient la cultiver qu’à titre de fermiers ; mais au lieu de payer leur fermage en argent, ils s’acquittaient en journées de travail sur les terres appartenant directement au château. Ce mode vicieux de fermage était un désavantage pour les uns et les autres.

Les seigneurs réclamèrent vivement et à plusieurs reprises, et le conseil dut céder à leurs sollicitations. Il permit l’échange de la prestation en nature contre des bons payables en argent ; mais lés conventions à ce sujet furent entourées de tant de formalités coûteuses , que seigneurs et paysans préférèrent conserver provisoirement l’ancien régime.

Cependant les États de Gallicie présentèrent de nouvelles réclamations, et, comme la cour de Vienne les laissait sans réponse, les États eurent recours à la présentation d’un postulat (vœu officiellement formulé) dans lequel, s’appuyant sur l’abolition de la corvée dans l’archiduché d’Autriche, ils demandaient que la même mesure fût étendue à la Gallicie. A cela, le conseil aulique répondit que l’abolition de la corvée ferait naître entre les propriétaires et les paysans de nouveaux rapports qui auraient besoin d’être régularisés par des opérations cadastrales, et que le gouvernement manquait des fonds nécessaires pour cet objet. Indignée de ce subterfuge, la noblesse déclara, dans la réunion des États de 1845, qu’elle supporterait les frais nécessaires pour cette régularisation.

Cette proposition était restée sans réponse. Il n’entrait pas en effet dans les vues du gouvernement d’apaiser les

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