‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 95 sur 222 · TB · texte numérisé non relu

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en termes douloureux le retour aux traités, il ne fallait pas une grande perspicacité pour prévoir qu’on n’en tiendrait pas compte. Les détours peu honorables de lord Palmerslon, la tranquille indignation de M. Guizot n’étaient pas faits pour imposer aux spoliateurs. La dissidence des deux pays constitutionnels entraînait la sanction de la violence. Tel fut le premier fruit des mariages espagnols.

Ils devaient avoir dans un autre pays des conséquences d’un autre genre. Dans les affaires de la Suisse, M. Guizot avait entièrement subi l’influence de M. de Metternich. Tous deux, de concert, combattaient l’esprit de liberté, favorisaient les jésuites, protégeaient la vieille aristocratie fédérale. Le refroidissement, survenu entre eux à la suite de l’affaire de Cracovie et des mariages espagnols, eut pour effet de les affaiblir mutuellement et de donner à lord Palmerslon la haute direction des mouvements qui se préparaient en Suisse. Heureusement la politique commandait à ce dernier de défendre en ce pays le parti de la réforme; de sorte que si les triomphes de Madrid compromirent en Suisse l’influence du gouvernement français, ce fut du moins au profit de la liberté.

Quoique l’issue définitive de la lutte n’appartienne qu’à l’année 1847, quelques explications deviennent actuellement nécessaires.

Depuis 1830, il s’était formé en Suisse deux partis politiques, qui correspondaient assez exactement aux conservateurs et aux radicaux de la France. Les conservateurs suisses, composés de la haute bourgeoisie, formaient une oligarchie possédant toutes les influences dans le gouvernement, dans les élections et dans la direction générale des affaires. Ce qui ajoutait à leur pouvoir, c’est que leur

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domination se concentrait dans des localités étroites, et pesait d’autant plus lourdement sur chacun. En effet, la constitution de 1813, réglée par le traité de Vienne, avait fait de la Suisse une association de vingt-deux cantons, complètement indépendants les uns des autres, en ce qui regarde leur gouvernement intérieur, et restant sur leur territoire respectif souverains dans la pleine acception du mot. Ce n'était pas un seul pays, mais vingt-deux pays assis les uns à côté des autres, et, comme il arrive à toutes les petites contrées indépendantes, beaucoup plus divisés par leurs rivalités que réunis par le lien fédéral. En effet, ce lien ne consiste qu’en un conseil exécutif commun, changeant de main et de direction; chacun des principaux cantons est successivement appelé à être vorort ou canton directeur. Pendant le temps qu’il est investi de ce litre, le gouvernement particulier du canton directeur devient le conseil exécutif de la Suisse entière, et se trouve chargé, en conséquence, des communications officielles du corps helvétique avec les puissances étrangères.

Cet état de morcellement et de rivalité était vivement critiqué par les radicaux, qui aspiraient à créer une forte et puissante unité devant donner à tous les citoyeus une patrie commune, et à la patrie une imposante attitude. La révision ou le maintien de la constitution était donc le thème général des discussions politiques entre les radicaux et les conservateurs. Une autre cause profonde de division naissait des querelles religieuses. Certains cantons étaient presque entièrement catholiques, d’autres presque entièrement protestants; quelques-uns, enfin, partagés entre les deux religions; et comme il arrive lorsque deux croyances se trou-

vent en face l’une de l’autre avec des forces à peu près balancées, il y avait de part et d’autre intolérance, jalousie, haine invétérée.

Les dissidences religieuses devaient nécessairement se mêler activement aux querelles politiques. Les protestants se prononcèrent pour la réforme et l’unité, les catholiques pour la conservation et le fédéralisme. Ainsi, d’une part, protestantisme, unité et liberté; d’autre part, catholicisme, fédéralisme et oligarchie : telles étaient les questions qui divisaient la Suisse entière et la remuaient dans ses profondeurs sociales. Lord Palmerston donnait son appui à la première cause, MM. Guizot et de Mettemich étaient les protecteurs de la seconde.

Pendant plusieurs années, les partis luttèrent avec des succès balancés. Le morcellement même du pays retardait une solution définitive. Car, pendant qu’un parti gagnait du terrain dans un canton, il en perdait dans l’autre; les influences se succédaient et se modifiaient selon le bon emploi ou les abus de la victoire. Cependant, dans toutes les luttes électorales et politiques, il arrivait nécessairement que les corps catholiques, constitués en association, avaient de grands avantages par leur influence et leur discipline. Aussi les nombreux couvents établis dans le pays étaientils considérés par les protestants comme les foyers les plus dangereux des opinions hostiles. A l’association monacale, on voulut opposer une force de même nature, et il se forma, dans plusieurs cantons, des sociétés politiques de radicaux, qui s’appelaient corps francs. Par une espèce d’engagement mystique , les membres des corps francs se promettaient mutuellement appui en toute occasion, et juraient de se consacrer au triomphe de la cause politique qu’ils

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