‹ Histoire de huit ans, 18401848 faisant suite à l'histoire de dix ansChapitre 96 sur 222 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

avaient embrassée. Armés pour la plupart et pleins de résolution, obéissant à des chefs nommés par eux, ils auraient pu prendre dans la lutte une influence irrésistible, si des prédications exaltées et des excès, inséparables de leur organisation même, n’avaient éloigné d’eux la foule toujours nombreuse des timides et des modérés.

Tel était l’état des choses, lorsqu’en 1841, les élections appelèrent les radicaux au pouvoir dans le canton d’Argovie, canton mixte où les deux religions sont en force à peu près égale. Le premier usage qu’ils firent de leur autorité fut de sévir contre les moines des couvents d’Argovie, à raison des troubles qu’ils avaient excités dans le canton, et de prononcer la suppression des établissements religieux. Aussitôt les cantons catholiques firent entendre d’énergiques protestations, et pour répondre à un acte qu’il considérait comme une déclaration de guerre à la religion romaine, Lucerne appela chez lui les jésuites. Ce fut au tour des protestants à pousser des cris de colère : la présence des persécuteurs les plus acharnés de leur religion annonçait assez que la lutte allait prendre un caractère implacable : et le premier résultat de la détermination de Lucerne fut de remplacer la querelle des couvents par la querelle des jésuites.

Ce fut le signal de la guerre civile. Les corps francs faisant un appel à leurs affiliés, se réunirent au nombre de huit mille hommes armés, et pénétrèrent avec douze pièces de canon dans le canton de Lucerne. Mais celui-ci avait pris ses dispositions : soutenu par les autres cantons catholiques, il opposa aux envahisseurs des masses imposantes; les corps francs, commandés par Ochsenbein, furent mis dans une déroute complète, et leur malheu-

relise expédition ne servit qu’à augmenter l’audace du parti catholique.

Il résolut de profiter de cette victoire pour rallier toutes ses forces au moyen d’une confédération militaire qui pourrait peut-être lui assurer dans la suite la suprématie en Suisse. Sous l’inspiration des jésuites, sept cantons catholiques, Lucerne, Uri, Schwitz, Unterwalden, haut et bas, Zug, Fribourg et le Valais firent une alliance dont le but était en même temps une protection mutuelle en cas d’attaque, et la défense opiniâtre de la constitution de 1815. Ils appelèrent leur ligue alliance des cantons fidèles au pacte; les radicaux lui donnèrent le nom de Sunderbund.

Le traité fait à Lucerne, le il décembre 1845, était ainsi libellé :

« 1" Les cantons de Lucerne, Uri, Schwitz, Unterwalden, haut et bas, Zug, Fribourg et Valais, prennent, pour le cas où l’un ou plusieurs d’entre eux seraient attaqués, et en vue de défendre leurs droits de souveraineté et territoriaux, l’engagement de repousser l’attaque en commun et par tous les moyens à leur disposition, en conformité du pacte du 7 août 1815 et des anciennes alliances.

« 2" Les cantons s’entendront sur la manière la plus convenable de se tenir mutuellement au courant de tous les événements.

« Au moment où un canton obtient l’avis certain qu’une attaque doit avoir lieu ou qu'elle a déjà eu lieu, il doit être envisagé comme requis en conformité du pacte, et obligé de mettre sur pied le nombre de troupes nécessaire, selon les circonstances, sans attendre la réquisition officielle du canton respectif.

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