‹ Histoire de J.J. Rousseau (volume 2)Chapitre 2 sur 15 · II · texte numérisé non relu

II

» et n'en sera jamais consolé. » Si Emile eût prect^dé l'abandon que Jean-Jacques ne cessa de se reprocher , il serait tombe dans la contradiction la plus révoltante , et sa faute eût été bien plus grave encore. On a repété jusqu'à satiété : Rousseau prescrit aux pères d'élever leurs enfants , et il a mis les siens à l'hôpital ! Le fait est faux ; on doit dire : Après avoir rais ses enfanta à l'hôpital , réfléchissant sur sa conduite et ses devoirs , bourrelé de remords , en proie à des regrets cuisants dont il laisse souvent échapper l'expression , Jean- Jacques a prescrit de nourrir et d'élever ses enfants. La faute existe toujours , elle ne sera point atténuée aux yeux de ceux qui ne tiennent aucun comi^te du repentir « ; mais il n'y a plus de contradiction. Que dirait-on de celui qui prétendrait que , pour éviter d'être en contradiction , l'auteur d^Émile aurait dû faire un devoir aux pères d'abandonner

' « Ea méditant mon Traité de l'éducation , je .sentis » <jue j'avais négligé des devoirs dont rien ne pouvait me dis- » penser. Le remords enfin devint si vif, qu'il m'arracha pres- » que l'aveu de ma faute au commencement à^ Emile, et le » Irait même est si clair, qu'après un tel passage il est surpre- » nant qu'on ait eu le courage de me le reprocher. » Mais les circonstances dans lesquelles il se trouvait en méditant ce traité étaient les mêmes ; c'est-i-diie l'impossiliililé d'élever ses enfants , s'il en avait encore eu, et les mêmes raisons. La faute eût été Lien plus grave , parce qu'il sentait son devoir et ses obligations. Que fit-il -• il va nous le dire : « Ma situation était » la même et pire encore par l'aniniosité de mes ennemis , qui » ne cherchaient fjii'i me prendre en faute. Jc craignis la » récidive , et n'en voulant pas courir le risque, j'aimai » micusme condamner à l'abstinence. » Confess., liv. XIL-

QUATRIKME PKRIODE.

Irurs enfants ? Cette logifjiie n'est cependant pas si étrange qu'elle ne soit à l'usage de certaines personnes.

On voit cpi'en posant la question telle qu'on doit l'étaljlir, si l'on veut être juste, le reproche de contradiction dans la faute la plus grave que Jean-Jacques ait commise est détruit, et que même cette faute est atténuée.

Il y a dans la vie de Rousseau deux époques bien distinctes l'une de l'autre, et dans Jean-Jacques deux liommes différents.

La première époque renferme l'espace de temps pendant lequel Rousseau vécut dans le monde (de 1712 à 1757); la seconde commence à sa retraite, et finit à sa mort, c'est-à-dire de 1757 a 177B. Pendant CCS deux époques , ce sont deux hommes ' dissemblables , qu'on ne doit pas opposer l'un à l'autre pour les trouver en contradiction.

Pour que le reproche soit fondé , il faut présenter Jean-Jacques après sa réforme en contradiction avec lni-nu*me , à partir de cette réforme , et non avec Rousseau dans le monde , secrétaire d'un linancier, ou se montrant dans les cercles du baron d'Holbach.

i La métamorphose de Jcan-Jacqucs no fut pas suLitc ; fUc coiniiienca en i^id, «juand son premier discours cul clé couronné. L'exallalion «le ses principes lui fil adoplcr une luélliodc , un genre de vie , une conduite dont il ne voulait plus se départir; niais, se voyant obligé de lutter, cl forcé f^iielijucfdis de céder, il jnit le parti de se séquestcr de la soliélé, et dès-lors il ne dévia plus. C'est de celte époque que je «lato sa rélornie coin]ilile et suivie.

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