‹ Histoire de J. Mc N. Whistler et de son œuvreChapitre 2 sur 30 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

Whistler à Paris possédait le grand avantage de parier et d'écrire couramment le français, comme une seconde langue naturelle. Il l'avait appris jeune à Saint-Pétersbourg et s'en était servi en Russie. Il avait contracté l'habitude, qu'il n'a jamais perdue, de semer sa conversation et ses écrits anglais de mots français. Il put donc, grâce à sa connaissance de la langue, se trouver dans le milieu artistique parisien comme chez lui.

Il ne fut point ce que l'on pourrait appeler un bon élève. Il fréquenta l'atelier de Gleyre en irrégulier, peu astreint à suivre la direction du maître, dont il différait par ses tendances et ses idées profondément. On a raconté seulement, comme souvenir de son passage chez Gleyre, qu'à ce moment lui et Tissot auraient copié, côte à côte, l'Angélique d'Ingres.

Le milieu parisien devait avoir sur Whistler ime influence très grande. A l'époque où il y pénétrait, les artistes et les élèves dans les ateliers avaient développé certaines

habitudes qui les distinguaient, qu'ils ont perdues depuis, pour devenir, d'apparence au moins, semblables à tout le monde. Le genre qu'ils affectaient alors les portait à ime sorte de vie gouailleuse; ils aimaient à se faire remarquer par des costumes hors des règles. Ils avaient surtout la prétention de mépriser le commim des mortels, et le souci d'étonner, de railler, de bafouer ce qu'ils appelaient les « bourgeois » était chez eux général. Cette manière d'être spéciale devait gagner Whistler, comme trouvant, en son allure d'artiste, un milieu tout préparé. Sur le gentleman, l'homme qui avait vécu en Russie et en Amérique dans im monde choisi, dont il avait pris l'empreinte, venaient ainsi s'enter la coutume d'une pose à part, de costumes fantaisistes, une façon de mépriser et de narguer le vulgum pecus incapable de voir et de sentir en artiste. Cette combinaison des traits distinctifs de l'artiste français, et de la manière d'être d'un gentleman américain, chez un homme d'ailleurs plein de verve, d'esprit et d'originalité, devait faire de lui im être hors cadre, qui ne pouvait manquer d'être, en tout lieu, tout de suite remarqué.

Whistler venu à Paris était donc entré de plain pied dans les mœurs des artistes et ayant noué avec beaucoup des liens de camaraderie et avec plusieurs d'étroite amitié, menait la vie joyeuse et insouciante. Il avait lu en Amérique la Vie de bohème, qui avait vivement frappé son imagination. Les héros de Murger lui avaient présenté des mœurs libres et attrayantes, qu'il s'était promis d'adopter, en allant à Paris. Il se conduisait donc maintenant en bohème, mais il n'en donnait en réalité qu'une contrefaçon, car le vrai bohème est pauvre et soumis à toutes sortes de privations, tandis qu'il avait de l'aisance. Son père était

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