‹ Histoire de J. Mc N. Whistler et de son œuvreChapitre 22 sur 30 · LES ASSEMBLEURS DE PERLES. (Venise.) Pastel · texte numérisé non relu

LES ASSEMBLEURS DE PERLES. (Venise.) Pastel

têtes à l'huile, l'une d'homme le Maître forgeron, l'autre de jeune fille, la Petite Rose de Lyme Régis. Les deux sont maintenant au musée de Boston.

En 1896, sa femme étant tombée malade, il était venu habiter avec elle le Savoy hôtel, qui domine, de la hauteur du Strand, à Londres, toute la Tamise. La malade se trouvait là au grand air et l'artiste jouissait sur le fleuve d'échappées magnifiques. Il en a profité pour obtenir quelques-unes de ses lithographies les mieux réussies. Le Petit Londres donne la rive gauche de la Tamise, le quai, la cathédrale de Saint-Paul, les ponts au loin. Les Pigeons du Savoy donnent aussi la rive gauche non plus en aval, mais en amont, avec les tours du Parlement dans le fond. Il a encore pris du Savoy une autre vue des plus intéressantes : le fleuve vu de haut, dans toute sa largeur, avec des barques, à ras l'eau, les constructions de la rive au delà fermant l'horizon. Une sorte de buée, de brouillard crépusculaire d'une grande fluidité enveloppe la scène entière. Il y a là un rare succès d'exécution.

Whistler a fait un certain nombre de lithographies de nu ou de femmes légèrement drapées. Le modèle posait naturellement pour ces sortes d' œuvres, elles ont donc la saveur de réalité, que peut donner la reproduction de la forme humaine présente sous les yevix, mais, en même temps, elles offrent des traits de ressemblance avec les figures pompéiennes ou mieux les terres cuites grecques. A remarquer parmi ces productions délicates : le Petit modèle nu lisant, une petite fille assise, les jambes croisées, vue de profil, lit dans un livre qu'elle tient à la main. Quoique l'artiste n'ait ici cherché qu'à rendre simplement

le charme qu'il ressentait, la comparaison avec les figurines grecques, comme souplesse et élégance des formes, vient d'elle-même à l'esprit.

En outre des femmes drapées vers lesquelles sa fantaisie l'avait porté, il a représenté des femmes en costumes du jour, on pourrait même dire dans le costume à la mode. Sous les titres plus ou moins fantaisistes, qui ont servi à les désigner, c'étaient de véritables portraits, facilement reconnaissables à qui avait vu les originaux. Les pièces dénommées la Sieste, Au balcon ont été faites d'après sa femme en 1896, au Savoy hôtel. Needlework (la couture) est un portrait de sa belle-sœur, M^^^ Rosalind Bimie Philip, qu'il a instituée son héritière et son exécutrice testamentaire. On a aussi de lui les portraits du peintre Walter Sickert, qui fut son élève, du poète Henley, de Thomas Way, l'imprimeur de ses lithographies, La pièce connue sous le nom le Docteur, représente son frère William, qui exerçait la médecine à Londres.

Le portrait de Stéphane Mallarmé a été mis, comme frontispice, en tête du volume : Vers et Prose, par Stéphane Mallarmé chez Perrin, 1893. Mallarmé est d'une étonnante ressemblance, le bras en mouvement et le tête inclinée, selon son habitude, lorsqu'il conversait avec ses amis. Ceux qui l'ont connu peuvent croire qu'ils l'entendent parler. L'image n'existe cependant que comme un souffle. Elle est venue du plus rapide coup de crayon. C'est une improvisation et on n'improvise pas le rendu aussi frappant d'un être humain, il faut l'avoir profondément pénétré, pour le donner avec cette intensité de vie et de caractère. Mais aussi la petite figure tout en étant venue d'une improvisation, n'en n'est pas moins due à un travail serré et

prolongé. Whistler avait tenu Mallarmé à poser assez longtemps. Il dessinait rapidement, comme la notion de l'œuvre légère qu'il voulait faire le lui commandait, mais les premières images ainsi obtenues, avant qu'il eût bien pénétré son modèle, lui semblaient faibles et il les déchirait pour recommencer. Mallarmé, qui ne s'expliquait pas bien la méthode, avait comme perdu l'espoir d'tme réussite, lorsque Whitsler, au moment voulu, produisait une dernière improvisation, ceUe-là parfaite et condensant toute l'observation accumulée par les essais préliminaires.

Mallarmé et Whistler s'étaient liés d'amitié. Rapprochés par un fond commim de rafîinement et de délicatesse, ils différaient cependant, du tout au tout, comme caractère et comme humeur; autant l'un était paisible, porté à l'indulgence, autant l'autre était surexcitable et belliqueux. Mallarmé a traduit le Ten o'clock en français.

Whistler a encore fait en lithographie, les portraits de ses compatriotes et amis, M. et M™^ Joseph Pennell, qui ont été à Londres de ceux qui ont su le mieux l'apprécier et le défendre et qui ont écrit sur lui im livre complet, où il est montré sous ses multiples aspects (i).

Whistler s'est essayé à la lithographie en couleurs. Après avoir obtenu des résultats satisfaisants, il s'est contenté de produire quelques pièces parmi lesquelles la Maison jaune à Lannion, la Maison rouge à Paimpol, exécutées pendant une excursion en Bretagne, où il prenait aussi les vues de Vitré, tirées en noir.

(i) The life of James Mac Neill Whistler, by E.-A. and J. Pennei,!,. London, William Heinemann, 1908. New and revised édition, 191 1. — Traduction française. Paris. Hachette, 191 3.

yi

Les lithographies ont paru de diverses façons, à des époques variées. Whistler en a maintes fois donné à des journaux. En 1890 survenait à Londres The Whirlwind (le Tourbillon), rédigé par deux jeunes gens, qui prétendaient faire revivre la cause des Stuarts. Il existe, en Bavière je crois, un prince rattaché aux Stuarts par sa naissance, que quelques entêtés ont persisté à tenir pour le légitime héritier du trône d'Angleterre. Les rédacteurs du Whirlwind étaient de ceux-là et ils se proposaient de ramener l'attention sur leur roi. A cette singulière entreprise, ils en avaient ajouté une autre, presque aussi désespérée, qui était de faire connaître et comprendre à leurs lecteurs les œuvres de Mallarmé et des poètes décadents français. Enfin, en troisième lieu, ils avaient pensé à se recommander en art de Whistler. Ils étaient allés le trouver et lui, qui aimait assez les gens hors des voies battues, leur avait donné de ses lithographies à mettre dans leur journal. Le Whirlwind offrait donc, pour un penny, un plaidoyer en faveur des Stuarts, une poésie de Mallarmé et une lithographie de Whistler; malgré cela, il ne put vivre et disparut. Autres temps, autres mœurs. Ces lithographies négligées quand on les avait sous la main, aujourd'hui qu'on ne les trouve qu'avec peine, on les recherche et on les achète à prix d'or.

Vers la même époque paraissait un nouveau périodique The Alhemarle, dont le premier numéro contenait une lithographie de Whistler. Le tout se vendait six pence.

M. Thomas R. Way a donné à Londres, en 1896, un catalogue des lithographies, où 130 pièces sont décrites (i) ;

(i) I,ondon, George Bell and Son. M. Way a aussi fait paraître un

j;. — DESSIN A LA PLUME.

dans une seconde édition de son catalogue, publiée en 1905, après la mort de Whistler, le nombre des lithographies est porté à 160.

Whistler a employé le pastel d'une façon particulière, non point à l'exécution de portraits, usage auquel on l'a surtout appliqué en France, mais à la production de légères figures, principalement de femmes et au rendu de vues, ou plutôt de croquis urbains. Les figures de femmes sont survenues à diverses époques. Elles s'offrent généralement, quand elles ne sont pas des études de nu, drapées d'étoffes légères ou transparentes. Elles possèdent un genre d'élégance qui fait penser aux figurines grecques. C'est la même sensation que donnent celles de ses lithographies, consacrées à des sujets analogues. Dans les pastels, la couleur mise sobrement, ne recouvre le papier, qui est souvent gris, que par parties et se combine avec des lignes ou contours tracés au crayon.

C'est surtout à Venise que Whistler a employé le pastel, au rendu de vues et de scènes en plein air. La première exposition des vues de Venise à la Fine Art Society, à Londres, en décembre 1880, laissa voir, après les eaux-fortes, 53 pastels. Whistler avait eu hbrement recours, dans le catalogue, à sa nomenclature habituelle. Les œuvres portaient des quaUfications comme Harmonie en bleu et brun, Note en couleur chair, en opale, en turquoise, qui n'étaient pas précisément faites alors pour lui attirer la faveur de la presse et des critiques.

volume sur l'art de Whistler, en collaboration avec M. Dennis. The art of James Mac Neill Whistler, An appréciation. London, George Bell and Son. 1905. (Illustré.)

Whistler a su aussi utiliser l'aquarelle. Il l'a appliquée aux sujets les plus divers, par exemple, au rendu de la figure. (Nous en donnons :ci un exemple dans le portrait que nous reproduisons de Nelly Finch.) Cependant, il s'en est surtout servi pour prendre des vues légères.

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