II SI
une partie de la colonne Saint-Marc et des monuments voisins. Puis venaient des vues épisodiques, choisies de maniere à rendre l'aspect intime des lieux. Il ne manquait dans la série que la double colonnade de la place Saint-Marc avec la cathédrale au fond, le Palais ducal et le Campanile sur le côté. Mais Whistler, à bon escient, s'était abstenu de donner ce motif, que Canal et Guardi ont traité si souvent qu’ils l'ont fait leur, et n’ont laissé à la sagesse de leurs successeurs qu'a l'éviter.
Comme technique, les vues montraient cette faculté de leur auteur de faire fuir dans le lointain les sites qu'il peut lui convenir d’éloigner, avec cette non moins grande faculté de savoir choisir, dans chaque sujet, la partie saillante en éliminant les autres, de manière à toujours présenter une image pittoresque. Quant au travail de la pointe, il était d’une grande légéreté et, comparé à celui des œuvres antérieures, laissait voir une véritable simplification. Whistler avait donc su donner une représentation d'ensemble de Venise d’un caractère particulier, d’un aspect imprévu, en même temps il avait su renouveler ses procédés et sa facture. Le connaisseur, l'homme capable d'apprécier une chose selon son mérite et pour les qualités que comporte le genre d’art auquel elle appartient, ne pouvait donc ici manquer d'exprimer son éloge. Eh bien! jamais travail d'artiste ne fut reçu, de la part de la presse et des critiques, avec une pareille unanimité de dénigrement. Du plus petit au plus grand journal, des feuilles londoniennes