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productions délicates :
Le petit modéle nu lisant, une petite fille assise, les jambes croisées, vue de profil, lit dans un livre qu’elle tient des deux mains. Quoique l'artiste n'ait ici cherché qu'à rendre simplement le charme qu’il ressentait, la comparaison avec les figurines grecques, comme souplesse et élégance des formes, vientd’ellemême à l'esprit.
En outre des fem-
l mes drapées vers lesquelles sa fantaisie l'avait porté, il a représenté des femmes en costume du jour, on pourrait même dire dans le costume à la mode. Sous les titres plus ou moins fantasistes qui ont servi à les désigner, c’étaient de véritables portraits facilement reconnaissables à qui avait vu les originaux. Les pièces dénommées la Sieste, au Balcon ont été faites d’après sa femme en 1896, au Savoy hotel. Necdlework (la couture) est un portrait de sa belle-sœur Miss Rosalind Birnie-Philip, qu'il
a instituée son héritière et son excécutrice testamentaire. On a aussi de lui des portraits du peintre Walter Sickert et du poète Henley. La pièce connue sous le nom le Docteur, représente son frère William, qui exerçait la médecine à Londres.
Le portrait de Stéphane Mallarmé a été mis comme frontispice, en tête du volume : Vers et prose, par Stéphane Mallarmé, chez Perrin, 1893. Mallarmé est d’une étonnante ressemblance, le bras en mouvement et la tête inclinée selon son habitude, lorsqu'il conversait avec ses amis. Ceux qui l’ont connu peuvent croire qu’ils l’entendent parler. L'image n'existe cependant que comme un souffle, elle est venue du plus rapide coup de crayon. C’est une improvisation et on n’improvise pas le rendu aussi frappant d’un être humain, il faut lavoir profondément pénétré pour le donner avec cette intensité de vie et de caractère. Mais aussi la petite figure, tout en étant venue d’une improvisation, n’en est pas moins due à un travail serré et prolonge. Whistler avait tenu Mallarmé à poser assez longtemps. Il dessinait rapidement, comme la notion de l’œuvre légère qu'il voulait faire le lui commandait, mais les premières images ainsi obtenues, avant qu'il eût bien pénétré son modéle, lui semblaient faibles et il les déchirait pour recommencer. Mallarmé qui ne s’expliquait pas bien la méthode, avait comme perdu l’espoir d’une réussite, lorsque Whistler au moment voulu produisait une dernière improvisation, celle-là parfaite et
condensant toute l'observation accumulée par les essais :
préliminaires.
Whistler et Mallarmé s'étaient liés d’amitié. Rapprochés par un fonds commun de raffinement et de délicatesse, ils différaient cependant du tout au tout, comme caractère, manière de penser et d'agir. Mallarmé a traduit le Ten o'clock en français.
Whistler a encore fait en lithographie les portaits:...de- M -6t Mme Joseph Pennell, qui ont été à Londres de ceux qui ont su le mieux l’apprécier et le défendre. Pennell a son portrait mis comme frontispice au livre Lithography and lithographers, écrit par lui et sa
femme.
Il a aussi donné, en lithographie, en trois états, un portrait du comte Robert de Montesquiou, qui présente le caractère d'exception de ne pas avoir été pris sur le modéle vivant. En dérogation de sa pratique constante de ne pas reproduire, par un procédé différent, une
œuvre déjà faite d’une certaine manière, 1l a exécuté ce portrait d’après le grand portrait en pied, à l'huile.
Whistler s’est essayé à la lithographie en couleur. Après avoir obtenu des résultats très satisfaisants, il s’est contenté de produire quelques pièces, parmi lesquelles la Maison jaune à Lannion, la Maison rouge à Paimpol, exécutées pendant une excursion en Bretagne, où il prenait aussi les vues de Vitré, tirées en noir.
Les lithographies ont paru de façons diverses, à des époques variées. Whistler en a maintes fois donné à des journaux. En 1890 survenait à Londres The Whirlwind (Le Tourbillon), rédigé par deux jeunes gens, qui prétendaient faire revivre la cause des Stuarts. Il existe, en Bavière je crois, un prince rattaché aux Stuarts par sa naissance, que quelques entêtés ont persisté à tenir pour le légitime héritier du trône d'Angleterre. Les rédacteurs du Whirhwind étaient de ceux-là et ils se proposaient de ramener l'attention sur leur roi. A cette singulière entreprise, ils en avaient ajouté une autre presque aussi désespérée, qui était de faire connaître et comprendre à leurs lecteurs les œuvres de Mallarmé et des poètes décadents français. Enfin, en troisième lieu, ils avaient pensé à se recommander en art de Whistler. Ils étaient allés le trouver et lui, qui aimait assez les gens hors des voies battues, leur avait.donné de ses lithographies à mettre dans leur journal. Le Whirlwind offrait donc, pour un penny, un plaidoyer en faveur des Stuarts, une poésie de Mallarmé, une lithographie de Whistler et malgré cela il en
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put vivre et disparut. Autre temps, autres mœurs. Ces lithographies négligées, quand on les avait pour rien sous la main, aujourd’hui qu'on ne les trouve qu'avec peine, on les recherche et on les achète à prix d’or.
Vers la même époque, paraissait un nouveau périodique The Albemarle, dont le premier numéro renfermait une lithographie obtenue de Whistler. Le tout se vendait six pence.
M. Thomas KR. Way a donné à Londres, en 1896, un catalogue des lithographies où 130 pièces sont décrites ', mais comme Whistler a depuis augmenté son œuvre, il faut porter à 150 environ le nombre définitif. La Fine Art society à Londres en a fait en 1895 une exposition spéciale qui comprenait 75 numéros et le Groher Club à New-York, en a fait une autre, en 1900, qui s'élevait à 106.
Whistler a employé le pastel d’une façon particulière non point à l’exécution de portraits, usage auquel on la surtout appliqué en France, mais à la production de légères figures, principalement de femmes et au rendu de vues, ou plutôt de croquis urbains. Les figures de femmes sont survenues à diverses époques. Elles s'offrent généralement, quand elles ne sont pas des études de nu, drapées d’étoffes légères ou transparentes. Elles possèdent un genre d'élégance qui fait penser aux figurines grecques. C’est la même sensation que donnent
1 London, George Bell and sons. 1896. M. T. KR. Way a aussi fait paraître un volume sur l’art de Whistler, en collaboration avec M. G. R. Dennis : The art of James Mac Neill Whistler An appreciation. London, George Bell and sons. 1903. (Illustré.)
celles de ses lithographies, consacrées à des sujets analogues. Dans les pastels, la couleur mise sobrement, ne recouvre le papier, qui est souvent gris, que par parties et se combine avec des lignes ou contours tracés au crayon.
C'est surtout à Venise que Whistler a employé le pastel au rendu de vues et de scènes en plein air. La première exposition des vues de Venise à la Fine Art socuely, à Londres, en décembre 1880, laissa voir après les eaux-fortes, 53 légers pastels. Whistler dans le catalogue avait eu librement recours à sa nomenclature particulière. Les œuvres portaient des qualifications comme Harmonie en bleu et brun, note en couleur chair, en opale, en turquoise, qui n'étaient pas précisément faites alors pour lui attirer la faveur de la presse et du public.
Whistler a su aussi utiliser l’aquarelle. I l’a appliquée à des sujets divers, mais s’en est surtout servi pour prendre des vues, vues urbaines et vues de mer.