LIVRE VU. — CHAPITRE II
subsister si la tbèse de Clermout était condamnée ^ » (RapinJ Au milieu de ces débats, le Parlement ne veut pas rester inactif ; les jansénistes gui y affluent se tiennent aux aguets et n'attendent que Foccasion de signaler leur zèle. Elle se présenta , le
> L'archevêque de Toulouse et le secrétaire d'Etat échangèrent à propos de la thèse de Clermont la correspondance suivante :
De M, de Marca, «Ce dernier décembre 1661.
« On m'a donné avis ce soir, dernier décembre, que lundy on doit parler en Sorbonne de la thèse de Clermont touchant l'infaillibilité du pape , et qu'on prétend faire ordonner, par arrêt du conseil ou du parlement, qu'elle sera supprimée, avec défense de traiter cette matière.
» Si on la met en dispute dans la faculté on ruine toute l'autorité des constitutions contre Jansénius, et on fait un horrible schisme entre le pape et la France, et même entre les savans du royaume; ce qui auroit encore un plus méchant effet si on donnoit l'arrêt proposé soit au conseil, soit au parlement.
» C'est le dernier effort de la malice des jansénistes, qui veulent envelopper dans leur ruine celle de la paix de l'Eglise.
» Ce qui m'a obligé de supplier Monsieur Le Tellier, de la part de Dieu, ct^us legatione fungor, de donner ordre, de la part du roy, au syndic ou au doyen de la faculté d'empêcher que l'on propose cette matière lundy, qui est prima mensis jusqu'à ce que Sa Majesté soit informée par le syndic de l'état de la chose.
De M, Le Tellier. «Ce premier janvier 1662.
« Pour répondre au mémoire de Monsieur l'archevêque de Toulouse je me sens obligé de luy faire savoir que j'ay fait jusques icy tout ce qui a dépendu de moy pour empêcher que M. Talon ne se plaignît au parlement de le thèse de Clermont et que l'examen vous fût demandé en Sorbonne. Je croy avoir réussi à l'égard de M. Talon, mais il serait imprudent d'en dire autant de la Sorbonne, à cause qu'on ne peut pas contenir tant d'esprits qui ont droit d'en parler lorsque la faculté est assemblée, dont le caractère n'est pas tout à fait imiforme dans leurs inclinations et intérêts. Il y a de l'inconvénient d'employer l'autorité du maître en telles affaires, et on ne peut, à cause de la cérémonie de ce jour, le proposer à Sa Majesté ny en recevoir ses ordres; mais, comme ce qui se peut faire demain en Sorbonne ne sauroit aller qu'à nommer des examinateurs, on aura le temps de discuter en présence du roy ce qui sera utile à la religion et à son service avant que la faculté puisse délibérer sur la doctrine contenue dans cette thèse. Mais je ne puis m'empescher de me... {lacune dans le ms,) en cette occasion contre l'imprudence des Jésuites, qui ne se peuvent empescher de donner occasion aux Jansénistes de se relever lorsqu'ils sont tout à fait abattus, car ils tireroient un fort grand avantage de toutes les contentions qui se forme roient sur cette matière.
» C'est, Monsieur, votre très-humble et très-aflfectionné serviteur Le Tellier.»
N'est-il pas singulier de trouver le P. Rapin d'accord avec Le Tellier pour déplorer l'imprudence des jésuites à énumérer et marquer les droits du souverain pontife ? N'est-ce pas là un signe de l'importance qu'avaient acquise, au moment où écrivait notre historien, les doctrines césariennes promulguées en 1682 par le clergé de France ? {Note de V éditeur,)
43 janvié!r 4663, à propos d'une autre thèse, soutenue encore par un élève des Jésuites. Ici va s'engager cette lutte scandaleuse et ruineuse, entre la magistrature et l'Eglise^ qui ne prendra fin que dans l'épouvantable cataclysme où périront les Parlements et où TEglise de France sera momentanément submergée. Quoique ces détails paraissent étrangers à notre sujet, il est impossible de les supprimer, car ils donnent la clef, inconnue jusqu'à présent, de l'histoire du gallicanisme. Nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter au P. Rapin le récit qui va suivre.
Un bachelier de Sorbonne. nommé Gabriel Droùet de Villeneufve S Breton, qui avait pris chez les Jésuites, où il avait étudié les humanités , des sentiments un peu moins durs à l'égard du pape qu'on avait alors en Sorbonne, par l'impression naturelle qu'il avait d'en parler plus favorablement , fit une thèse, moins pour dire ce qu'il en pensait que pour apprendre ce qu'on en devait penser. Cette thèse devait être soutenue en la grande salle de Sorbonne, le 49 janvier de cette année 4663, en la dispute de la grande ordinaire, depuis huit heures du matin jusqu'à huit heures du soir, sous maître Vincent de Mœurs *, aussi Breton, docteur en la faculté de théologie de la maison de Navarre. Cette thèse contenait trois propositions favorables au pape, dont le parlement fut choqué, comme contraires aux libertés gallicanes et aux maximes anciennes du royaume. La première proposition portait que Jésus-Christ avait donné à saint Pierre et à ses successeurs une souveraine autorité sur l'Ëglise ; la seconde proposition, que les papes avaient, pour de bonnes raisons, accordé des privilèges à certaines Eglises, comme à celle de France; la troisième propo-
> Gabriel DroÛet de Villeneufve, gentilhomme breton. Ce personnage, dont la thèse donna lieu à un abus de pouvoir si éclatant du Parlement contre la faculté de théologie, nous est tout à fait inconnu; nous n'avons pu tirer à son sujet aucun renseignement de Bretagne.
« Vincent de Mœurs ou Meur, né à Tonquedec, en Basse-Bretagne, un des premiers et des plus fervents congréganistes du P. Jean Bagot et un des fondateurs du séminaire des Missions étrangères, donna des missions en Bretagne avec Michel Le Nobletz, en Bourgogne et en Berry. H mourut le 26 juin 1668 à Vieux- Château en Brie. Sa vie édifiante et l'autorité qu'elle lui avait acquise dans le monde sont relevées dans les notes fourmes à Golbert sur les docteurs de la Faculté.