LIVRE VU. — CHAPITRE II
sitioD ; que les conciles généraux étaient utiles à l'extirpation des hérésies, des schismes et autres désordres , mais pas absolument nécessaires ^ Celte thèse avait déjà été portée chez Tavocat Talon et empoisonnée par un sorboniste nommé Fortain , principal du collège d'Harcourt^ qui , par un reste de venin qu'il avait pris dans l'école de Richer \ ennemi déclaré du pape et un des principaux émissair&s jansénistes, la porta à ce magistrat, accusant ses frères d'infraction des arrêts. Talon mit la thèse entre les mains du procureur général *, lequel en fit son rapport dès le le lendemain au parlement ; l'avocat- général Bignon * portant la parole , on délibéra sur les plaintes des gens du roi, et le syndic, le président et le soutenant furent cités pour rendre compte à la cour de leur procédé et pour s'expliquer sur ces propositions. Grandin, syndic de la faculté , représenta que dans la thèse on avait évité le terme d'infaillibilité, qui avait été retranché du manuscrit de la thèse, dans laquelle il n'avait aucun vestige que l'on prétendit la donner au pape ; qu'en parlant dans la deuxième proposition des privilèges accordés par les papes à l'Eglise de France comme à bien d'autres, comme on ne pouvait nier, on ne faisait aucune mention des libertés gallicanes à quoi on ne touchait pas; que pour la troisième proposition^ on savait bien que l'Eglise avait été trois cents ans et plus jusqu'au concile de Ni-
^ I. Christus Petrum ejusque successores summa supra Ecclesiam auctoritate donavit.
II. Pontifices privilégia quibusdam Ecclesiis, sicut Ecclesiœ Gallicance, justa de causa impertiti sunt.
m. Concilia generalia ad extirpandas hcereses, schismata et alia incommoda tollenda, admodum sunt utilia, non tamen a^solute necessaria. R. R.
* Edmond Richer^ né le 15 septembre 1560 à Chaource^ en Champagne, doc- , leur en théologie de la faculté de Paris en 1590, principal du collège du Cardinal Le Moyne en 1594, syndic de la faculté en 1608, déposé en 1612, mourut le 28 novembre 1631. Il s'était rétracté un an auparavant. Dans son livre de Ecclesiastica et politica Potestate, que Tépiscopat français censura, il voulait faire de l'Eglise une sorte de monarchie constitutionnelle. Ses opinions ne sont pas sans crédit auprès des parlementaires modernes.
^ Achille de Harlay, fils de Christophe, comte de Beaumont, et d'Anne Rabte d'Illins, procureur général en 1661, marié en août 1638 à Jeanne-Marie de Bellièvre, mourut le 7 juin 1671.
^ Jérôme II Bignon, fils de Jérôme 1, avocat général, et de Catherine Bachasson, né à Paris le 11 novembre 1627^ avocat général de 1656 à 1673, mourut à Paris le 15 janvier 1697.
22 HISTOIRE DE BOSSUfiT.
cée, et que cependant on avait éteint plusieurs hérésies sans qu*il fût besoin de concile^ ce gui montre qu'ils n'étaient pas toujours nécessaires et que cela suffisait pour sauver la thèse.
Lamoignon, premier président^ leur remontra que ces explications ne cadraient pas avec les termes de leur thèse, dont le sens naturel était contraire aux maximes de la cour , et qu'en supprimant le mot d'infaillibilité ils devaient encore supprimer celui de souverain pouvoir sur F Eglise , le pape n'ayant d'autorité que dans l'Ëglise , non pas sur l'Eglise , étant obligé d'obéir aux canons et le concile étant au-dessus de lui, selon l'opinion commune du royaume ; que, pour la troisième proposition, malgré l'explication forcée qu'ils donnaient à leur thèse^ on pourrait conclure des paroles générales qui y sont que les conciles généraux ne seraient nécessaires en aucun cas^ et qu'on a trop confondu , dans toute la thèse , les privilèges avec les libertés de l'Eglise gallicane , qui sont bien différentes , puisque ces libertés ne sont que le droit commun , dans lequel nos ancêtres se sont maintenus contre les nouveautés qu'on a voulu introduire pour établir un droit nouveau. L'avocat-général Talon voulut parler pour exagérer l'importance de la thèse, qui, prétendait-il, avait été conçue dans un dessein de complot et de cabale pour élever l'autorité du pape par la dépression de celle de l'Eglise universelle et des conciles; que le but de ces factions était d'imposer un nouveau joug aux fidèles que nos pères n'avaient pu porter ; que nous ne devons pas avoir moins de vigueur pour défendre cette liberté sainte, qui est le principal fleuron de la couronne, qui nous distingue de ces pays d'obédience où les règles de la chancellerie et les décrets d'un réviseur sont plus considérés que les canons de l'Eglise , voulant par ces termes marquer la Bretagne.
Après cet avant-propos il entreprit d'expliquer la créance ancienne de l'Eglise sur le pape, à qui l'on n'avait jamais disputé la primauté du siège de Rome sur tous les autres, mais bien la prééminence sur toutes les Eglires , prétendant que le pape n'est que le collègue dans l'épiscopat de tous les évêques du monde, et étant soumis aux canons comme les autres , jamais souverain