‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 104 sur 260 · LIVRE VII. — CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE XVI

était digne de sa piété de s'arrêter avec TËglise gallicane ellemême à ces bornes saintes et vénérables qu'elle venait de replacer sur leurs antiques fondements. Le cardinal ajoutait qu'il était à craindre que rassemblée ne se livrât peut-être par excès de zèle à de nouvelles discussions qui achèveraient d'aigrir le Pape et ses conseils, et qu'il paraissait plus convenable à la dignité d'abandonner , au cours ordinaire des négociations , les différends qui restaient encore à régler entre les deux puissances. Ces considérations paraissaient plausibles, et elles se trouvaient conformes aux principes et aux sentiments habituels de Louis XIY.

» Il parût aussi^ si Ton en croit Tabbé Ledieu, que le cardinal d'Estrées voulut en cette occasion favoriser les jésuites qu'il affectionnait. Ces religieux se voyaient obligés à leur tour de se défendre contre cette même assemblée y dont le père de la Chaise avait secondé avec zèle les premiers mouvements. La plupart des propositions dont Bossuet provoquait la condamnation, étaient extraites des ouvrages de plusieurs causuistes de leur société. II était d'autant plus affligeant pour elle d'avoir à expier les torts de quelques-uns de ses membres^ que Ton convient généralement que nul ordre religieux ne se rendit plus recommandable par la régularité des mœurs et par la sévérité de son régime.

» La séparation imprévue de l'assemblée affligea Bossuet, mais ne le découragea pas. Il était si pénétré de la nécessité de venger l'honneur de l'Eglise catholique compromis par les maximes des casuistes , qu'il prit le parti d'envoyer tout son travail à Rome. Il se flattait que le Pape l'adopterait, et lui imprimerait le sceau de l'autorité du Saint-Siège sous la forme d'une bulle solennelle, qui pourrait être reçue dans tous les pays catholiques.

D II expose sa pensée , ses espérances et ses vues dans une lettre à H. Dirois^ en date du 13 juillet 1682.

« On m'avait chargé, dans la commission, de faire un projet de censure et un de doctrine. Nous prétendions par là donner une pleine instruction à nos prêtres contre ces danmables doctrines, dont presque tous les livres de morale sont infectés depuis près de cent ans. Notre intention était d'envoyer le tout au pape, principalement la censure, pour eu demander la confirmation à Sa Sainteté, et la supplier de nous la donner; ou, en tout

cas^ de censurer les propositions par une bulle en forme ^ que nous eussions reçue avec toutes les marques de respect qu'on peut jamais rendre au SaintrSiége.

V Nous avions réduit en chapitres les propositions pour une plus grande commodité. Les qualifications projetées étaient fortes^ mais modérées^ et sans rien outrer; soutenues presque toutes par des passages précis de l'Ecriture^ et par une doctrine qui eût éclairé l'esprit. C'était du moins notre dessein.

» Le corps de doctrine eût achevé ce que la censure seule n'aurait pas pu faire; parmi les propositions condamnées^ nous aurions mis toutes celles d'Innocent XI et celles d'Alexandre VU ; nous n'en aurions omis que quelques-unes^ ou qui n'étaient point dans nos moeurs^ ou que nous ne jugions pas à propos d'étaler ici aux hérétiques^ qui en auraient fait des sujets de raillerie...

» On n'eût pas pu s'empêcher 'de marquer qu'on désirait sur ces matières un décret dans tme autre forme que celle qui a paru ; car vous sayez qu'on ne peut jamais reconnaître ici le tribunal de l'inquisition; mais on l'eût fait avec tout respect^ et seulement pour ne point donner un titre contre nous...

1» Voilà le projet qui apparemment aurait été suivi , puisqu'on en était déjà convenu avec M. de Paris et avec les meilleures tètes de ras3emUée. C'est de quoi j'ai voulu vous instruire pour que vous puissiez^ en tant que vous pourrez , exciter les prélats de la cour de Rome à achever l'ouvrage d'Alexandre VII et d'Innocent XI; car encore que ce qu'ont fait ces deui papes soit grande ce n'est rien faire que de laisser soupirer encore la probabilité, déjà entamée à la vérité^ mais toujours venimeuse quoique traînante^ et qui bientôt se rétablira si on ne l'achève...

r> Mandez-nous les nouvelles courantes sur la paix (avec la cour de Rome). Nous souhaitons qu'elle soit prompte^ et qu'on n'ait jamais besoin de nous rassembler pour de si malheureux sujets. »

» Mais Innocent XI était si exaspéré contre rassemblée de 1682; qu'on ne put jamais le faire consentir à adopter un travail qui était Touvrage de cette assemblée. Bossuet sentit lui-même qu'on insisterait vainement auprès d'un pontife aigri par ses préventions \

(( Pour la morale^ écrivaitril, je conçois bien que ce n'est pas le temps d'en parler à Rome ; il faut vider les autres affaires auparavant »

^ Le mot prévention qu'emploie ici le cardinal historien est d'une ingénuité gallicane dont rien n'approche.

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