CHAPITRE PREMIER
Bossaet prend possession de l'évêché de Meaux; — rentre à Paris pour la Déclaration; — revient à M eaux et tient son premier synode. -— 1682.
Bossuet n'avait pas attendu la clôture de l'assemblé de 1682 pour aller prendre possession deTévôcbé de Meaux. Aussitôt que l'affaire de la régale eut été terminée, l'assemblée crut devoir suspendre ses séances pour préparer et méditer sa déclaration sur la puissance ecclésiastique. Bossuet profita de ce court intervalle pour se rendre à Meaux , et il y arriva le 7 février 1682, accompagné del'évêque de Tournai.
Le double événement de l'entrée de Bossuet à Meaux et de son installation, est ainsi raconté par un témoin oculaire ^
a L'entrée de Messire Jacques-Benigae Bossuet fut un samedi 7 février, sur les quatre heures du soir. Il était accompagné de Mgr de Tournai. Il fut reçu à une demi-lieue de la ville, vers
^ Le document auquel nous empruntons ces lignes est un manuscrit autographe et entièrement inédit du curé de Saint-Jean -les-deux-Jumeaux^ paroisse située à deux lieues de Meaux. Ce curé^ du nom de Raveneau^ était en possession de son bénéfice , quand Bossuet fut nommé à Meaux; d'un esprit vif, d'un zèle ardent , il composa une sorte d'annuaire où se trouvent consignés les principaux événements du temps et particulièrement de la paroisse de Saint* Jean-Ies-deux- Jumeaux. Bossuet se prit d'estime et d'affection pour ce curé, et il le recevait, soit à Meaux, soit à Germigny, avec une très-grande bienveillance. Le manuscrit qu'il a laissé et qui est conservé dans les archives de la paroisse, nous a été d'un précieux secours pour mettre en ordre les principaux actes de l'évoque de Meaux. M. de Bansset qui ne le connaissait pas et n'avait d'autre guide que les mémoires de Ledieu , a confondu les époques et ignoré des détails assez importants de la vie épiscopale de Bossuet.
On trouve dans ce manuscrit des traits de moeurs qui sont de nature à intéresser les ecclésiastiques.
la croix au delà de la chaussée du pavé de Meaux y par Bf . le lieutenant- général de Meauk, qui lui fit le premier la révérence, à la tête de toute la bourgeoisie de la ville qui était sous les armes, et qui amena ledit seigneur jusque dans son hôtel , où il reçut les compliments de tous les corps. Le lendemain qui était le dimanche de la Quinquagésime, il fut visité par tout le Chapitre en corps , accompagné do tout le clergé de la ville , chaque ]>aroisse avec sa croix; les paroisses demeurèrent partie dans la cour , partie sur l'escalier^ et les seuls chanoines Tallèrent prendre en haut dans la chapelle de l'évêché, où M. le doj^en le harangua au nom de tout le Chapitre. Ils l'emmenèrent ensuite processionnellement jusque sur le (iarvis de saint Etienne, où il y avait un dais préparé et un fauteuil pour le faire asseoir, et M. le doyen pareillement assis, lui porta la parole de rechef au nom de toute l'assemblée et lui fit promettre de conserver tous les droits du Chapitre et tous les concordats faits entre ledit Chapitre et les évêques précédents ' ; lequel Ijura de faire et ensuite sonna une petite cloche^ après laquelle les portes de l'église qui étaient fermées s'ouvrirent, et il entra ainsi dans son rang d'évêque j usque sur son trdne, au côté droit de l'autel. Ce jour et les deux suivants se passèrent à traiter les principaux officiers du Chapitre et des compagnies; et le mardi Messeigneurs les évêques et archevêques de Reims, de Châlons et de la Rochelle, le vinrent joindre à Meaux , en présence desquels, le lendemain, mercredi des cendres, 11® du mois, il prêcha pour la première fois dans sa nouvelle église. Ce même jour de mercredi, il reçut cent visites des personnes du second ordre , curés de la campagne, et autres *... »
Dans son premier discours, Bossuet annonça au peuple, accouru en foule pour l'entendre, qu'il prêcherait lui-même dans son église toutes les fois qu'il officierait pontificalement.
1 Le chapitre cathédral se composait alors de six dignités^ quarante chanoines capitulants^ douze grands chapelains^ instruits dans la musique etleplain-cbant, car c'était à eux de chanter TofÛce canonial et de remplacer les capitulants malades, ou empêchés; vingt-cinq chapelains d'ordre inférieur exerçaient à peu près les mêmes fonctions, et servaient aux différents offices de là cathédrale.
2 Manuscrit.