‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 108 sur 260 · LIVRE Vlir. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

LIVRE Vlir. — CHAPITRE

et s'enracina daas les diocèses^ d*une façon aussi pernicieuse et aussi prolongée.

Quant aux synodes, Bossuet avait trop de zèle pour laisser tomber dans Toubli une si sage et si fructueuse institution. Sa réputation^ sa haute éloquence leur donnèrent un nouveau relief et une importance plus grande que par le passé. Le mois de septembre était Fépoque où Ton tenait rassemblée, et cette année 1682, elle fut convoquée pour le 1" jeudi, qui était le 3 du mois. Nous en empruntons le récit au curé de Saint-Jean * :

a Monseigneur y présida , comme tout le monde s'y attendait tant, et on ne fut point trompé dans son attente, car la harangue qu'il fit surpassa tout ce qu'on en pouvait imaginer. Il prit son sujet de ces paroles. [Joan. , xvn , 48) : Sicut tu me misisti in mundurrij et ego misi eos in mundum. Et pro eis ego sanctifico meipsum^ ut sint ipsi sanctificati in veritate. Voilà donc son idée : Tous les prêtres sont envoyés sur la terre comme Jésus- Christ y a été envoyé. Tous les prêtres sont donc autant de Jésus- Christ. Ego dixi, dit estis. Ce sont autant des dieux. J'ai donc Thonneur de parler dans rassemblée de dieux. Mais non, ce n'est pas moi qui parle , c'est le Saint-Esprit, c'est Jésus -Christ même qui souhaite que vous soyez des saints , comme il a été saint, et saint en vérité et non en apparence. Pour la reconnaître, cette sainteté solide et véritable , je vous en propose trois caractères : Le !•' la prière et la ferveur dans la conversation avec Dieu ; la S" la parole dans rinstruction ; la Z^ l'exemple dans la conduite de sa personne.

' Voici Tordre des cérémonies décrit par le même auteur : A dix heures du matin, réunion générale; (à la cathédrale, comme nous le supposons) Messe du saint Esprit. Après la messe, chant de l'évangile, ensuite chant du Veni Creator et des litanies^ l'assistance étant à genoux. Les litanies sont chantées d'ordinaire par les grands doyens; marche processionnelle jusqu'à la grande salle de l'évêché, appelée salle du Synode. Les sept doyens portent seuls l'étole. A la salle, le siège de l'évoque est élevé de deux marches , les archidiacres ou grands doyens de France et de Brie se rangent de chaque côté, in piano, avec les dignitaires du chapitre, puis les doyens et le reste de Tassistance prennent place sur des chaises, aux côtés et en face du siège épiscopal. Le synode s'ouvre par un discours de l'évoque. Combien de temps duraient ces assemblées? L'auteur n'en dit mot; on voit que les laïques, attirés sans doute par l'éloquence de Bossuet, assistaient à l'ouverture.

» La prière est donc le premier caractère de la sainteté des piètres pour trois raisons : 4"* Parce qu'elle nous tient unis à Dieu, comme Tinstrument à la cause principale , sans quoi y dit saint Thomas ; l'instrument ne produit rien ; â** Parce qu'elle nous fait gémir pour les péchés du peuple, comme pour les nôtres propres; voyez saint Grégoire et saint Ambroise; 3^ Parce qu'elle nous fait recevoir en Dieu ce que nous devons répandre sur les peuples.

» La parole est le deuxième caractère de la sainteté, pourvu qu'elle soit annoncée avec vérité ^ discrétion^ assiduité et persévérance ; l'' avec vérité, en sorte que Ton n'épouse aucun sentiment particulier^ et dans un siècle aussi corrompu que le nôtre, qu'on évite également les deux excès contraires de la trop grande austérité et du trop grand relâchement des mœurs, mais que ce que l'on enseigne au peuple soit puisé des entrailles de l'Eglise ; ^ de discrétion pour dire à ses auditeurs leurs défauts sans les désigner ni les scandaliser; qu'ils ne disent pas: c'est pour un tel que l'on parle y mais c'est pour moi; .S"* assiduité et persévérance, ne laissant jamais les pécheurs endurcis en repos, opportune, importune; s'ils sont durs comme des enclumes, c'est à cause de cela qu'il faut battre plus fort avec le marteau, le ciseau, le burin^ donec formetur in eis Christus.

» Enfin le troisième caractère, c'est l'exemple^ qui est indispensable à tous. Il faut que le prêtre inspire la vertu par son geste, son parler, son marcher; voir le beau canon du concile de Valence^ dont il remplit cette troisième partie, et ût sa conclusion par cette figure : a Si vous aimez les assemblées , si vous aimez vos plaisirs, êtes-vous hommes de Dieu? » Après cela s'ensuivit plusieurs avis : premièrement touchant les fêtes , touchant les danses, les fêtes de patron, la soutane dans le lieu de sa résidence, et enfin exhorta tous les curés à lui venir parler après le synode, afin de se connaître tous. »

En sortant de cette grave réunion, le même auteur nous montre Bossuet descendant à l'Ilôtel-Dieu et présidant à la cérémonie d'une prise de voile :

« Sœur Saint- Pierre, qui avait pris le voile le jour de saint

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