‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 109 sur 260 · UVRE VIU. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

UVRE VIU. — CHAPITRE

Pierre de Taulre année , fut reçue le premier dimanche de septembre de la main de Monseigneur même^ avec tant d'avantage^ qu'après Tavoir entretenue quelque temps y il lui promit de lui donner lui-même Thabit à son retour. Et en efT étant revenu à Meaux ^ huit jours avant la saint Martin , il donna parole à l'aumônier pour le mardi iO novembre^ veille de la saint Martin même, et promit d'y dire la messe et de faire l'exhortation luimême, ce qui fut exécuté fidèlement ; car étant parti le matin de Germigny, où il avait couché, il vint dire la messe basse, à la vérité, quoiqu'il l'avait promise haute, mais le temps pressait, et ensuite fit l'exhortation sur le sujet des pauvres, en représentant à cette fille qu'il les fallait servir avec compassion, avec joie et avec respect; avec compassion comme membres de Jésus-Christ, souffrant avec joie, comme Jésus- Christ même ; avec respect, comme ses seigneurs et ses maîtres , au service desquels il y a à gagner l'héritage du paradis, esurivienim eidedistis mihi manducœrey etc. Ensuite se fit la cérémonie de lui faire prêter serment et lui faire signer, de lui mettre le voile noir, lui faire chanter son suscipe me, Domine, secundum eloquium taum, et non confundas me ab expectaiione mea [Ps. 118, v. 116), se prosterner en terre tandis que l'on prie pour elle, se relever, aller embrasser ses compagnes, tandis qu'on chante le Te Deum ^ . d

Conférences ecclésiastiques. — Outre les réunions synodales qui amenaient à Meaux la plus grande partie des prêtres du diocèse, il y avait aussi, dans les villes et principaux bourgs, des réunions partielles où les ecclésiastiques de la circonscription venaient, pendant la belle saison, traiter des sujets de théologie dogmatique et morale, de casuistique et de ce qui concerne le gouvernement des paroisses. aBossuet trouva ces conférences ecclésiastiques établies dans son diocèse. M. Séguier, l'un de ses prédécesseurs, avait

^ Il s'agit ici des religieuses suivant la règle mitigée de saint Augustin^ et^ connues sous le nom d'Augustines, qui desservaient l'hôpital de Meaux. Après la tourmente révolutionnaire, elles reprirent leurs pieux travaux, à la grande satisfaction du peuple et des administrateurs. Un caprice municipal leur enleva cet office de charité, et depuis une trentaine d'année cette communauté hospitalière se voue à la garde des malades, dans les maisons particulières.

202 HISTOIRE DE BOSSDET;

conçu ridée de cette utile institution ^ Ce prélat avait partagé le diocèse de Meaux en dix ou douze arrondissements^ dont les curés et les vicaires se réunissaient une ou deux fois tous les mois, pour conférer ensemble sur les points de morale et de discipline qui devaient les diriger dans l'exercice de leur ministère.

x> Mais le relâchement s'était introduit dans cette partie du gouvernement ecclésiastique du diocèse de Meaux. M. de Ligny, successeur de M. Séguier, s'en plaignait déjà dans une lettre pastorale de 1670; et il fit tous ses efforts pour rendre à ces conférences tous leurs avantages et y faire renaître une utile émulation. C'est ce que Bossuet lui-même reconnaissait vingt ans après, en attestant le grand fruit qu'elles avaient produit.

» Il s'attacha à perfectionner encore davantage une institution dont il sentait et prévoyait mieux que personne les heureux résultats. Il voulut se charger de tracer de sa propre main Tordre des matières qui devaient former le sujet de chaque conférence; et il se proposa d'y faire entrer successivement tous les points de morale et de discipline qui se représentent le plus souvent dans la direction des consciences et dans la conduite des âmes.

» Il appuyait par l'autorité de son exemple l'assiduité qu'il demandait aux ecclésiastiques de son diocèse. Il était exact à se trouver aux conférences qui se tenaient dans sa ville épiscopale, soit qu'il fût à Meaux, soit qu'il fût à sa maison de campagne de Germigny . Il se rendait même souvent à celles des autres cantons du diocèse , sans autre motif que d'aller y présider, régler le travail des curés, et s'établir en quelque sorte le guide et le directeur de leurs études.

» Ce qui était alors bien remarquable en Bossuet, c'était la simplicité qu'il montrait dans la réunion de ces différentes portions de son clergé répandues dans les campagnes, et loin du commerce des hommes. Il encourageait ceux qui parlaient, pour exciter les autres à s'exercer à parler en public avec facilité. Dans ces occasions, il ne laissait apercevoir que la simplicité évangélique. II

* Nous ne savons sur quoi se fonde M. de Bausset^ pour attribuer à M. Séguier rétablissement des conférences; nous croyons que l'institution remonte plus haut; elles étaient déjà connues et pratiquées en France avant son épiscopat.

Page 1