LIVRE VIU. — CHAPITRE I
leur traçait, par le langage familier et populaire qu'il adoptait, le modèle de celui dont ils devaient eux-mêmes se servir pour parler à des hommes simples et ignorants.
» Après avoir entendu la discussion des différentes matières qui formaient Tobjet de la conférence, Bossuet prononçait luimême sa décision sur les questions difficiles , douteuses ou importantes. On a conservé longtemps , dans le diocèse de Meaux, le souvenir de la décision que donna Bossuet sur un point très-important de la discipline ecclésiastique.
» C'était dans la maison de Raroy, prieuré dont les Pères de rOratoire étaient titulaires. On y traitait de la question de la pluralité des bénéfices. Elle fut examinée et discutée en présence dé Bossuet. On la résolut par l'autorité des canons. Il loua la décision, la confirma et l'appuya par de nouvelles preuves. Cependant l'abbaye de Saint-Lucien et deux prieurés, qu'il possédait avec son évêché de Meaux, formaient contre lui-même une objection trèsnaturelle. Il sentit bien qu'elle se présentait involontairement à la pensée de tous ceux qui venaient d'entendre sa décision. Il ne chercha ni à la dissimuler ni à l'aflaiblir. Il prit la parole , et déclara hautement que sa conduite personnelle semblait démentir les maximes qu'il venait d'établir et de consacrer si solennellement. Il exposa ingénument les raisons qui le portaient à présumer qu'il était dans le cas d'une légitime dispense ; qu'il se trouvait chargé , par une disposition marquée de la Providence , de rinstruction d'un grand nombre de protestants qui s'adressaient à lui, non-seulement en France, mais de toutes les parties de l'Europe ; que dans ce grand nombre il se trouvait beaucoup de ministres; qu'il était non-seulement obligé de les recevoir chez lui pour leur donner une retraite , mais encore de leur donner des secours , sans lesquels ils seraient exposés à des regrets ou à des séductions dont la charité voulait qu'on les garantît ; qu'il fallait aider des fugitifs qui demandaient à revenir dans le royaume, et à qui tous les moyens manquaient, parce qu'ils avaient perdu leurs biens en abandonnant leur patrie, et qu'ils renonçaient aux avantages qu'ils trouvaient et qu'ils pouvaient espérer dans les pays étrangers; que c'étaient quelquefois des familles entières
dont il fallait faciliter le retour, et qu'il était nécessaire encore de faire subsister, jusqu'à ce qu'ils pussent ou rentrer dans leurs biens ou obtenir des bienfaits du roi ; que les revenus de son évêché ne le mettant point en état de subvenir à tant de nécessités , il avait cru pouvoir profiter de la ressource que lui mettaient en mains des bénéfices dont il consacrait les revenus à l'usage le plus utile à TËglise et à l'œuvre de charité la plus pressante.
» Bossuet n'avait assurément pas besoin d'une pareille apologie. Sa conduite publique et privée le justifiait assez aux yeux de toute TËglise. Personne n'ignorait en France^ et même dans toute TËurope, que Germigny était un asile toujours ouvert et presque toujours rempli de ministres ou de protestants distingués qui venaient puiser^ dans les lumières de ce grand homme, la solution de leurs doutes, et dans sa générosité les secours que leur situation rendait indispensables *. » (Bausset.)
Séminaire. — L'idée d'élever des maisons ^cieuses pour y recueillir et y interner les jeunes gens qui se destinent au sacerdoce était née avant le concile de Trente ; mais on peut dire qu'elle prit corps dans la vénérable assemblée et en sortit revêtue de toutes les conditions qui devaient assurer son application. Les plus sages règlements furent dressés par les commissions des conciles, approuvés par les Pères et confirmés par l'autorité du Saint-Siège'. On ne peut parcourir ces quelques pages^ écrites sous l'assistance de l'Esprit sainte sans regretter qu'une partie des dispositions qu'elles contiennent aient été trop méconnues de nos jours. A l'époque du concile , les jours étaient sombres et mauvais , les ronces avaient envahi le sanctuaire , et , pour réformer le clergé, il fallait le prendre à sa racine, former son cœur à la piété, ison esprit à la science, ses mœurs à la pureté, avant de le mettre en contact direct avec un monde que la prétendue réforme commen-
Il y avait pour Bossuet, comme pour beaucoup d'autres prélats, un moyen de légitimer cette pluralité des bénéfices ; c'était de la faire approuver par le Saint-Siège. Quels que soient ses besoins, un évoque ne peut se donner à luimême une dispense, en pareille matière. Ce serait par trop accommodant ou par trop déUcat.
* Session XXlil, cap, xvm.