‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 12 sur 260 · LIVRE Vn. — CHAPITRE II. Î · texte numérisé non relu

LIVRE Vn. — CHAPITRE II. Î

au-dessus d'eux ; ce qu'il établit par une longue suite d'exemples de rhistoire ecclésiastique, à commencer par les apôtres; il cite même plusieurs papes qui ne se reconnaissent que comme les ministres établis pour observer les caDons ; c'est ainsi que parlent Gélase !•', Innocent III, Pie IV et d'autres ; il soutient que c'était autrefois la doctrine de la faculté y qui s'était bien relâchée en ses maximes, dont il était obligé de se plaindre et d'en demander justice. Après quoi il fit une grande amplification sur ce que le bachelier appelait privilèges les hbertés gallicanes^ comme si c'eût été un crime d'Etat, prétendant que ces libertés n'ont point d'autre fondement que l'autorité des conciles^ pour borner l'autorité du pape^ qui n'a aucun droit de rien innover en notre police, étant lui-même sujet aux lois ecclésiastiques, et qui n'exerce dans l'Eglise qu'une autorité temporelle. Il cite les commentaires d'Adrien Vf, qui déclare que le pape peut errer et qui en rapporte des exemples , et se sert du suffrage de Clément VII, qui y après que Luther eut été condamné dans l'Université de Paris et de Louvaia , écrit à François P' qu'il n'y avait qu'un concile général qui pût apporter remède à ces nouveautés. 11 ne laisse pas d'avouer que l'Eglise peut condamner une erreur sans concile général, sur quoi il rapporte le sentiment de saint Augustin dans le livre à Boniface \ et il avoue même qu'il serait dangereux de dire qu'on ne peut maintenant rien déterminer touchant la foi sans concile ; ce qu'il prouve par la licence que se donneraient tous les visionnaires et tous les extravagants de débiter leurs caprices, et tout ce que la Vanité ou l'ignorance peut inspirer, s'il fallait des conciles pour les condamner.

La thèse ne disait rien autre chose, mais on était déterminé à en faire du bruit parce que cela plaisait aux ministres , qui ne cherchaient qu'à chagriner le pape ; sur quoi même ils avaient tellement prévenu l'esprit du roi, à Toccasion de l'insulte faite à son ambassadeur, que, tout résolu qu'il était de détruire le jansénisme dans ses Etats, une personne de la cour bien intentionnée

* Qiuisi nulla hœresis aliqvLando, nisisynodi congregatione , damnata sit, cum potms rarissime inveniantur propter quas damnandas nécessitas talis extiterit. Lib. IV ad Bonif., cap. 8.

lui ayant dit que les jansénistes tireraient de grands avantages de ce qui allait se régler au parlement sur la thèse^ il répondit qu'il fallait que Taffaire allât son chemin et qu'il laisserait faire le parlement. Il est vrai qu'on lui avait tellement mis dans Tes* prit qu'on en voulait à sa couronne, à quoi on ne pensait pas, qu'il laissa faire ses ministres, et que l'avocat général Talon , qui voulait leur plaire, exagéra tellement TafTaire de la thèse, qu'il s'efforça de la faire passer pour une entreprise de cabale, dont les auteurs voulaient se servir pour autoriser le pouvoir du pape sur le temporel des rois et pour établir ces pernicieuses maximes qui avaient autrefois ébranlé les fondements de la monarchie.

Ce fut un vrai opéra que le plaidoyer de l'avocat général , qui avait eu grand soin de ramasser tout ce qui pouvait se dire contre rinfaillibilité, ce qui ne lui fut pas difficile, les jansénistes ayant ramassé sur cela tout ce que de Dominis et le protestant BlondePen avaient écrit, se préparant sur cette matière de longue main comme sur la seule ressource qui leur restait après leur condamnation. Ainsi Tavocal- général fut bien servi d'eux en cela et les servit bien. L'arrêt du 22 suivit les conclusions, et Henri de Refuge • et Pierre Catinat • , conseillers de là grande chambre, furent commis, avec le substitut du procureur général.

1 David Blondel, né à Châlons en 1591^ ministre en 1614 à Houdan^ professeur à Charenton en 1645^ appelé à Amsterdam en 4650 pour y occuper la chaire d'histoire, mourut dans cette ville en 1655. Il avait fait un livre, De la Primauté de V Eglise (Genève, 1641), contre le pouvoir du souverain Pontife. Malgré les services que cet ouvrage et d'autres travaux analogues avaient rendus à la secte protestante et incrédule, tous les titres du ministre Blondel furent oubliés, et il fut en proie aux invectives de tous ses coreligionnaires le jour où il réfuta à Amsterdam, 1647, la fable de la papesse Jeanne,

• Henri de Reffuge, fils d'Eustache, seigneur de Courcelles et de Précy, et d'Hélène de Bellièvre, né à Lyon, conseiller en la cour du Parlement et grande chambre le 17 juillet 1624, ordonné prêtre à Paris le 24 mars 1640, abbé de Morigny et de Saint-Cybar et seigneur de Prées, mourut en sa maison, rue de Grenelle, le 11 août 1688, et fut inhumé le 12 aux Blancs-Manteaux.

8 Pierre Catinat de Vaugelay, seigneur de la Fauconnerie, fils de Pierre, seigneur de Direy, et de Geneviève Ligier de Graville, conseiller au parlement de Paris le 5 mai 1623, marié à Françoise Poisle, dame de Saint-Gatien, père du maréchal de Catinat, mourut doyen du Parlement le 16 octobre 1673, au château de Blavou, près Mortagne.

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