LIVRE Vm. — CHAPITRE I
çait à corrompre et à soulever conire l'Eglise, sa mère. Un grand nombre d'évêques , stimulés par l'exemple du grand archevêque de Milan, saint Charles Borromée^ ouvrirent des séminaires dans toutes les parties de TEurope. La France se distingua, parmi les autres nations/ dans cette œuvre de régénération sacerdotale. Le diocèse de Meaux possédait son séminaire, lorsque Bossuet en prit la direction ; ce fut le premier objet de ses soins et de son intérêt paternel. Il savait que c'était sur ces utiles et estimables institutions, encore si récentes en France, que reposaient toutes les espérances de TEglise , et que c'était de Tesprit de cette éducation première que dépendait en grande partie le salut des peuples con* fiés à ses soins ^
D Ce qu'il recommandait le plus aux supérieurs de son séminaire, c'était d'accoutumer de bonne heure leurs élèves à parler en public , parce que le ministère de la parole est le véritable ministère évangélique que Jésus-Christ a laissé à son Eglise pour Hnslruction des peuples.
» C'était également ce qu'il recommandait avec encore plus de force aux curés de son diocèse , lorsqu^il les réunissait tous les ans dans ses synodes. Il les exhortait à ne point rechercher avec affectation ou avec inquiétude le pénible soin de donner à leurs discours une forme trop élégante et trop étudiée , dont la parole de Dieu n'a pas besoin pour toucher les cœurs. « Abandonnezvous, leur disait Bossuet, aux seuls mouvements de la charité chrétienne , et l'Esprit saint vous inspirera les paroles que vous devez dire. Ce n'est pas l'homme qui parle, qui agit, mais Dieu seul qui se fait entendre par son organe , et qui agit seul par sa grâce toute puissante.
j> Il attachait une telle importance à former des pasteurs habitués à exercer le ministère de la parole, que, par l'article xu de l'ordonnance qu'il rendit dans le synode de 1691, il enjoint aux curés de son diocèse , a suivant les décrets des saints conciles , de faire au moins tous les dimanches et jours de fêtes solennelles , des instructions populaires et intelligibles; il les exhorte à éviter
^ Le séminaire de Meaux était dirigé par les religieux Génovéfains.
toute prolixité inutile, pour ne pas ennuyer et rebuter ceux qu'ils doivent consoler et instruire. Il déclare qu'il est résolu de n'accorder des provisions de bénéfices qu'aux curés qui seront capables d'instruire par eux-mêmes, d (Baussbt. — Ledied.)