LIVRE VIII. — CHAPITRE UI
prêchait lui-même et touchait vivement son auditoire. Le curé de Saint-Jean nous parlant de la visite de Bossuet à la Chapelle-sur- Grécy^ dit : a Avant la confirmation, Monseigneur fit une instruction sur ce sujet capable d'attendrir des pierres ^ &
Le progrès de la civilisation n'avait pas encore isolé le prêtre du pauvre, admis dans les asiles de la charité chrétienne^ ni introduit dans le service des hôpitaux cette coûteuse bureaucratie qui étend ses mailles sur notre pays de prétendue liberté. Les évêques^ protecteurs nés du malheureux , exerçaient un actif contrôle dans la gestion des hôpitaux. Pendant ses tournées pastorales^ Bossuet apportait à la visite de ces maisons une attention toute particulière, a C'était alors qu'il se croyait obligé d'entrer dans les recherches les plus minutieuses pour tout ce qui concernait le traitement des malades et la nourriture des pauvres. U s'attacha, autant qu'il le put, à en confier le soin aux sœurs de là charité '.
» L'hôpital général de Meaux recevait de lui chaque année des aumônes abondantes ; et , dans une année de disette , il les augmenta avec une telle profusion , que son intendant, inquiet et eHrayé, crut devoir l'exhorter à les modérer. La réponse de Bossuet fut : a Pour les diminuer, je n'en ferai rien ; et pour faire de l'argent en cette occasion, je vendrai tout ce que j'ai. »
» C'est ce que rapporte l'abbé Ledieu, présent à cet entretien. U continua donc à répandre ses aumônes avec la même abondance, et, pour mieux assurer rexécutîon de ses ordres, il voulut assister lui-même à la distribution des secours de tous les genres qu'il avait destinés aux malheureux. » (Bausset.)
Sa qualité d'aumônier de M"*' la Dauphine , ses relations habituelles avec la cour contribuaient sans doute à rehausser , dans
^ Nous ne savons sur quel fondement se sont appuyées certaines personnes qui ont acrédité le bruit que Bossuet était peu goûté , quand il prêchait à Meaux. Rien n'est plus directement opposé à la vérité. Jusqu'à la fin de sa carrière, Bossuet attira autour de sa chaire un nombreux auditoire et sut le charmer par son éloquence aussi brillante qu'accessible à toutes les intelligences. (Voir RocHARD, note.)
' Ce fut Bossuet qui installa en personne, en 1677 et 1678, les filles de saint Vincent-de-Paul, dans les hôpitaux de Dammartin , de Mitry , de Varreddes. Les religieuses ne furent instaUées à Meaux qu'en 1700.
Tesprit du peuple^ le caractère déjà fort respecté dont il était revêtu. Aussi partout sa veuue est-elle entourée d'honneurs considérables et de solennelles démonstrations. Nous emprunterons au curé de Saint-Jean , témoin oculaire , deux récits qui suffiront à montrer Télan des populations vers leur illustre pasteur.
a Lorsque Monseigneur vint à Coulommiers (mai 1684), il y fut reçu magnifiquement, et avec plus de solennité même que dans sa première entrée à Meaux. Toute la bourgeoisie vint au-devant de lui sous les armes ^ partie à cheval , partie à pied y et fut complimenté et harangué par les. premiers de chaque corps, de distance en distance^ et à la porte de la ville, il fut reçu par tout le clergé en chappes^ et conduit jusqu'à l'église sous un dais qui était porté par les principaux bourgeois ; son logement fut dans Sainte-Foy K
D Cette année (1685] ce fut la petite ville de la Ferté-sous- Jouarre qui fut honorée de la présence de son prélat. Il y vint donc le le lendemain de TAscension^ un vendredi ^1'' juin , et y fut reçu avec les mêmes solennités et cérémonies qu'il avait été dans les autres villes , c'est-à-dire que toute la bourgeoisie se mit sous les armes, et vint au-devant de lui, partie à cheval^ partie à pied. La cavalerie conduite par M. Gamot fut jusqu'à l'entrée du bois^ sur la route de Germigny ^ et lui fit harangue par la bouche de M. Garnot, son capitaine, vers le moulin de Saint-Jean^ et l'infanterie vint jusques au droit de Sammeron^ et lui fit là pareillement harangue par la bouche de M. Chevery^ son capitaine; MM. les officiers l'attendaient à la porte de la ville ^ avec tout le clergé; et un dais qui était préparé pour l'amener jusqu'à Téglise , en chantant le Te Deum, comme à Tordinaire : M. le Baillif fit sa harangue à la porte de la ville , et M. le curé à la porte de Téglise ; il était pour lors huit heures du soir approchant^ Monseigneur déclara le sujet de sa venue , et donna ses avis à son ordinaire. Il était accompagné de M. l'abbé Fénelon et un autre abbé^ avec M. Pastel. C'était Monseigneur qui faisait la dépense de tout. L'ordre que l'on y garda fut de confesser et communier tout ce
' Abbaye détruite à la révolntion et dont ou .voit encore les restes.