LIVRE Vm. r- CHAPITRE IV
venait de faire à ses armées et aux places frontières gu*il avait ajoutées à son empire, une maladie de quelques jours abrégea sa vie ; et^ pour se servir des expressions de Bossuet , a elle se trouva toute vive et tout entière, entre les bras de la mort , sans presque l'avoir envisagée, d Elle mourut au moment où son cœur s'ouvrait pour la première fois au bonheur ^ et où elle voyait luire l'espoir d'un avenir doux et tranquille qui allait succéder à des chagrins que le respect et la crainte avaient toujours comprimés^ et à des douleurs qui avaient tenu une trop grande place dans sa vie. Les soins délicats de M"^* de M^ntenon avaient ramené auprès d'elle Louis XIY, qui se montrait touché de ses vertus. La Providence venait même d'adoucir ses peines , en lui donnant la consolation de voir s^ postérité affermie sur le trône. Son âls avait un fils qui promettait une longue suite d'héritiers.
» Quoiqu'elle n'eût jamais inspiré un sentiment passionné à Louis XIY^ elle était peut-être la femme qui convenait le mieux à un tel roi. Religieuse ^ soumise , bienfaisante , étrangère à la domination et aux affaires , elle soutenait la majesté de sa naissance par une dignité naturelle, et laissait réfléchir sur Louis XIV seul tous les rayons de cette gloire^ dont il était si jaloux et qu'elle n'eut jamais le désir^ ni même la pensée de partager. Ce prince lui rendit à sa mort le plus touchant hommage que sa modestie pouvait lui permettre d'ambitionner : a Depuis vingt-trois ans que je vivais avec la reine, je n'ai point eu d'autre chagrin de sa part; que celui de l'avoir perdue. » Ge furent les premières paroles qui échappèrent à Louis XIY, au moment où on vint lui annoncer qu'elle n'était plus. C'était l'histoire entière de sa vie ; c'était le tableau simple et fidèle de son âme et de son caractère , c'était la plus belle oraison funèbre qui put honorer sa mémoire.
» Louis XIY jugea que l'honneur de parler dans une occasion aussi solennelle ne pouvait appartenir qu'à Bossuet ; et Bossuet sut encore se faire entendre avec intérêt dans le simple récit de ces vertus douces et paisibles , qu'on aime à retrouver dans un sexe dont la modestie et la bonté forment le plus touchant caractère, et dans un rang où elles peuvent exercer une heureuse influence pour l'exemple des mœurs et la consolation du malheur.
» Un pareil sujet ne demandait pas, il défendait même ces mouvements sublimes et passionnés gui avaient ému tous les cœurs au récit des épouvantables catastrophes de- la reine d* Angleterre^ et de la mort déplorable de la princesse sa fille. Bossuet n'avait à parler a que d'une princesse environnée de vertus dès son enfance, ornée de plus de belles qualités qu'elle n'attendait de couronnes, humble non-seulement parmi toutes les grandeurs ^ mais encore parmi les vertus ; qui fut sans reproche devant Dieu et devant les hommes ; que la médisance elle-même avait respectée depuis son enfance jusqu'à sa mort ; dont la réputation si pure était un parfum précieux qui réjouissmt le ciel et la terre... ; dont Téclatante blancheur était le symbole de Tinnocence et de la candeur de son âme. ..; et dont la seule précaution contre les attaques de la mort fut Tinnocence de sa vie.
D Bossuet observe lui-même a qu'une situation aussi tranquille donne un sujet moins vif aux discours. »
Mais bientôt il fait succéder à la peinture de cette vie simple , innocente et pure le beau spectacle des conférences qui précédèrent le traité des Pyrénées, et placèrent Marie-Thérèse sur le trône de France. C'est là qu'on voit en deux coups de pinceau le génie politique de deux ministres du caractère le plus opposé.
« lie pacifique^ où se doiveut terminer les différends de deux grands empires à qui tu sers de limites ; île éternellement mémorable par les conférences de deux grands ministres^ où Ton vit développer toutes les adresses et tous les secrets d'une politique si différente^ où l'un se donnait du poids par sa lenteur^ et l'autre prenait l'ascendant par sa pénétration; auguste journée^ où deux ûères nations^ longtemps ennemies et alors réconciliées par Marie-Thérèse ^ s'avancent sur leurs confins ^ leurs rois à leur tête, non plus pour se comLattre, mais pour s'embrasser; où ces deux rois furent l'un à l'autre, et à tout l'univers, un si grand spectacle »
a Et tout à coup Bossuet, toujours porté par l'habitude de ses méditations à environner les splendeurs humaines des ombres de la mort, sans aucune préparation, sans aucune transition, nous montre le lit de mort de Marie-Thérèse à côté de son lit nuptial.
tf Fêtes sacrées, mariage fortuné, voile nuptial, bénédiction, sacrilice,