UYRE VUI. — CHAPITRE IV
puis-je mêler ai:yoard'hai yo9 cérémonies et yos pompes atec ces pompes funèbres^ et le comble des grandeurs avec leurs ruines ?...
» Aussi bien la yanité des choses humaines^ tant de fois étalée dans cette chaire^ ne se montre que trop d'elle-même^ sans le secours de ma voix^ dans ce sceptre si tôt tombé d'une si royale main^ et dans une si haute majesté si promptement dissipée. »
a Bossuet est toujours dans son centre lorsqu'il montre la Providence en action. C'est cette disposition habituelle, gui n'a jamais appartenu, qui ne pouvait pas appartenir à la religion des anciens, et qu'aucun orateur moderne n'a portée aussi loin que Bossuet ; c'est elle qui donne toujours à toutes ses pensées cette profondeur triste et religieuse qui laisse tant d'émotion dans Tàme.
0 Bossuet est auguste et imposant, lors même qu'il exhale le mépris.
« Que je méprise ces philosophes qui, mesurant les conseils de Dieu à leurs pensées, ne le font auteur que d'un certain ordre général, d'où le reste se développe comme il peutl comme s'il avait à notre manière des Tues générales et confuses; et comme si la souveraine intelligence pouvait ne pas comprendre dans ses desseins les choses particulières qui subsistent véritablement! »
D Voilà la philosophie de la religion, et Bossuet y rattache tout de suite la philosophie de la politique.
« N'en doutons pas, chrétiens ; Dieu a préparé dans son conseil étemel les premières familles qui sont la source des nations ; et dans toutes les nations, les qualités dominantes qui doivent en faire la fortune. 11 a aussi ordonné dans les nations des familles particulières dont elles sont composées, mais principalement celles qui doivent gouverner ces nations, « et en paiticulier, dans ces familles, tous les honunes par lesquels elles devaient ou s'élever, ou se soutenir, ou s'abattre. »
D Mais où Bossuet veut-lI porter la pensée de ses auditeurs par ces réflexions générales? On va le voir,
« C'est par la suite de ces conseils que Dieu a fait naître les deux puissantes maisons dont la reine devait sortir, celle de France et celle d'Autriche, « dont il se sert pour balancer les choses humaines; jusqu'à quel degré, et jusqu'à quel temps? 11 le sait, et nous l'ignorons. »
» Lorsqu^on lit quelques lignes plus bas : a Cette auguste maison
d'Autriche où , durant l'espace de quatre cents ans', on ne trouve que des rois et des empereurs, et une si grande affluenee de maisons royales, avec tant d'Etats et tant de royaumes, qu'on a prévu, il y a longtemps, qu'elle en serait surchargée. » On s'arrête involontairement, le livre tombe des mains, et tous les événements dont on est contemporain viennent se représenter à la pensée pour être un long sujet de méditation.
9 En 1672, Bossuet, alors précepteur du Dauphin, avait été chargé d'annoncer à Louis XI Y et à la reine la mort du jeune duc d'Ai\jou, le second de leurs fils. Il rappelle cet événement avec un charme d'expression et de sensibilité qui retrace les images les plus touchantes de Virgile.
« Représentons-nous ce jeune prince, que les Grâces semblaient ellesmêmes avoir formé de leurs mains (pardonnez-moi ces expressions], il me semble que je yois encore tomber cette fleur. Alors, triste messager d'un éYénement si funeste, je fus aussi le témoin de la douleur la plus pénétrante et des plaintes les plus lamentables ; et, sous des formes différentes, je vis une affliction sans mesure. »
» Bossuet ne néglige aucune occasion de soulever le voile qui couvrait les vertus simples et modestes d'une princesse qui avait tous les honneurs du rang suprême sans en avoir la puissance, et la magnificence des expressions vient tromper l'imagination sur le peu d'influence qu'elle obtint à la cour de Louis XIV, et sous un règne si fécond en grands événements. Il la représente a abaissant devant la divinité cette tête auguste devant laquelle s'incline tout l'univers, et sachant pourtant se prêter au monde avec toute la dignité que demandait sa grandeur. Les rois non plus que le soleil, dit Bossuet, n'ont pas reçu en vain l'éclat qui les environne. 11 est nécessaire au genre humain ; et ils doivent pour le repos, autant que pour la décoration de l'univers , soutenir une majesté qui n'est qu'un rayon de celle de Dieu. » * D Dans l'oraison funèbre de Marie-Thérèse , Bossuet ne s'élève pas sans doute à la même hauteur que dans celles de la reine d'Angleterre et de Madame Henriette. Mais au lieu de lui en faire un reproche, on doit approuver son goût et sa réserve. Cette reine respectable par ses vertus et sa bonté , n'avait aucune influence
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sur les affaires ni même sur l'opinion. Elle ne laissait ni vide ni regrets à aucune ambition, à aucun intérêt ^ à aucune espérance. Elle décorait le trône plutôt qu'elle ne Toccupait, et on aurait été étonné d'entendre Bossuet parler avec pompe et fracas d'une vie et d'une mort à laquelle la ' génération qui en a été témoin a été aussi indifférente que celle qui l'a suivie. Mais on a vu que malgré l'espèce d'aridité du sujet, Bossuet a su mêler un grand nombre de beautés à la simplicité du récit qu'on attendait de lui ; et que, sans jamais exagérer la vérité, il a montré la femme de Louis XIY telle qu'elle était et telle que devrait être, pour son propre bonheur, toute princesse élevée au même rang.
» Bossuet prononça cette oraison funèbre à Saint-Denis, le 1" septembre 1683, trente-deux jours après la mort de Marie-Thérèse d'Autriche. » (Bausset.)
On pourrait être étonné de voir Bossuet ramener, dans l'oraison funèbre d'une princesse très-étrangère aux affaires publiques, les querelles qui existaient alors entre la cour de France et celle de Rome. Mais il faut se rappeler qu'à cette époque l'irritation était grande de part et d'autre , et que les meilleurs esprits redoutaient une rupture. La reine, élevée dans la foi espagnole, ne connaissait, à l'égard du Saint-Siège, que ce respect profond, cette humble soumission dont ses ancêtres et sa nation avaient toujours donné l'exemple. La seule idée d'un conflit entre le roi et le Pontife suprême alarmait sa conscience et lui inspirait de mortelles inquiétudes. Sans avoir une pénétration remarquable ni une haute intelligence des affaires, dont on la tenait éloignée, elle possédait un sens droit et ne voyait, dans les subtilités gallicanes, rien autre chose qu'un outrage à la majesté pontificale. Sa piété lui rappelait que Dieu laisse rarement impuni tout attentat contre l'oint du Seigneur, et cette pensée devenait pour la princesse un vrai tourment. Si le roi avait eu pour son épouse autre chose qu'une froide estime, si elle-même, glacée par le respect et la crainte, s'était senti le courage d'aborder cette question délicate, peut-être eùt-elle singulièrement adouci et redressé l'esprit de Louis XIY, dont les ministres ne faisaient qu'attiser le feù, en flattant son orgueil. Mais c'est à peine si elle pouvait, dans le
secret de son entourage, exprimer sa douleur et laisser entrevoir ses sombres prévisions. Bossuet, gui fréquentait la cour, n'i^orait point les pensées intimes de la reine ^ hélas! et ce n'était pas de ce côté que pouvait lui venir le repos et la consolation. Mais il était impossible que l'orateur passât sous silence ce qui avait si fort préoccupé son héroïne. Seulement il le fait en courant et avec l'esprit que nous lui connaissons :
a Les confesseurs de la reine pouvaient tout sur elle dans rexercice de leur ministère^ et il n'y avait aucune vertu cù elle ne pût être élevée par sou obéissance. Quel respect n'avait-elle pas pour le souverain Pontife, vicaire de Jésus-Christ^ et pour tout Tordre ecclésiastique! Qui pourrait dire combien de larmes lui ont coûté ces divisions toujours trop longues, et dont on ne peut demander la fin avec trop de gémissements?
» Le nom même et l'ombre de division faisait horreur à la reine comme à toute âme pieuse. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Le Saint-Siège ne peut jamais oublier la France, ni la France manquer au Saint-Siège; et ceux qui, pour leurs intérêts particuliers^ couverts, selon les maximes de leur politique, du prétexte de piété, semblent vouloir irriter le Saint-Siège contre im royaume qui en a toujours été le principal soutien sur la terre, doivent penser qu'une cbaire si éminente à qui Jésus-Christ a tant donné, ne veut pas être flattée par les hommes, mais honorée selon la règle avec une soumission profonde; qu'elle est faite pour attirer tout l'univers à son unité, et y rappeler à la fin tous les hérétiques; et que ce qui est excessif, loin d'être le plus attirant, n'est pas même le plus solide ni le plus durable. »
Comme on le voit, ce passage n'est qu'un écho du fameux dis* cours sur l'unité. La leçon que Bossuet donne aux politiques les touche peu; ce qu'ils prennent à la lettre, c'est cettç règle élastique dont parle Torateur, et que les beaux esprits accommodent à leurs caprices; ce qu'ils voient clairement, c^est que le Pape devient excessif y et qu'il perd par là ce que sa puissance avait de plus attirant y de plus solide et de plus durable; c'est qu'en repoussant ses prétentions on sert l'Eglise mieux que le Pape luimême. La maxime a profité ; les incrédules de toutes les époques n'ont pas manqué d'en faire le thème de leurs déclamations.
Cette année, le synode fut différé à cause de l'oraison funèbre de la reine et remis au 28 du même mois. Il se tint et ae fit avec