LIVRE VU. — CHAPITRE II
Achille de Harlay S pour Texécution ; ce qu'ils firent , s-'étant transportés le même jour en Sorbonne avec le greffier et deux huissiers. Catinat parla^ et^ après une petite remontrance, fit lire les conclusions du procureur général par le substitut, son fils, digne rejeton des illustres maisons de Harlay et de Bellièvre ; lequel ayant fait un éloge de la compagnie, qu'il appela le séminaire des grands hommes et la mère de la plus sainte des sciences, remplie de tant de personnes de mérite, fit un très-bon discours sur le sujet qui amenait ces messieurs. Il traita bien la faculté, et expliqua encore mieux les intentions de la cour par ce que l'histoire pouvait fournir de favorable à son discours. Enfin il donna^ par tout ce qu'il dit^ des marques de cette éloquence et de ce génie qui Font depuis élevé aux premières charges du royaume. La conclusion de cet admirable discours fut qu'il demandait que Tarrèt du parlement fût lu , que le registre de la faculté fût apporté pour y être transcrit. Et aussitôt Boisleau '^ greffier du parlement^ en fit la lecture ; après quoi il le mit entre les mains du greffier • de la faculté pour être enregistré. Et sur ce que quelques docteurs témoignèrent de la difficulté à l'enregistrement^ n'étant point dans les sentiments des propositions condamnées par cet arrêt, les deux commissaires leur remontrèrent que ce n'était pas Tintention de la cour de faire injure à la faculté, que ce n'était que pour les exciter à persévérer dans la doctrine reçue de tout temps et soutenue constamment par la
* Achille III de Harlay, fils d'Achille II et de Jeanne-Marie de Bellièvre, né le !•' août 1639, conseiller au Parlement le 3 août 1657, procureur général le 4 juin 1667, premier président le 18 novembre 1689, marié le 12 septembre 1667 à Anne-Magdeleine de Lamoignon , mourut le 23 juillet 1712. C'est lui dont Saint-Simon a fait un épouvantable portrait.
' Jérôme-Gilles Boileau, fils aîné de Gilles, greffier de la grand' chambre, succéda à son père dans cette charge en 1657, et mourut, après l'avoir exercée vingt-deux ans, le 24 juillet 1679, à l'âge de soixante-sept ans, « après avoir reçu les sacrements avec de grjands sentiments de piété et de religion. » (Registre de la basse Sainte-Chapelle.)
« Philippe Bourot, prêtre, ancien chanoine de Saint-Benoit, greffier ou grandbedeau de la faculté de théologie, mourut le 8 décembre 1676 et fut inhumé le 10 à Saint-Benoit. Son nom et sa signature paraissent plus d'une fois dans la correspondance de Saint-Amour. Il était grand ami du docteur Arnauld, de Saint-Amour et de tous les jansénistes.
Sorbonne , qu'ils devaient obéir , et que , s'ils avaient quelque chose à proposer, ils pourraient présenter leur requête à la cour.
Quelques jours après, le docteur et le syndic, ayant été appelés au parlement pour rendre compte de l'enregistrement , répondirent que pour quelques considérations on l'avait différé ; sur quoi il fut dit que ce retardement venait de l'opposition de quelques particuliers ; on l'imputa au recteur de l'Université et à la jeunesse, qui dans les grands corps est toujours disposée à fronder. Il fut cité avec les procureurs des quatre nations au parlement, le 8 de février, pour rendre raison de sa conduite. Il n'y parut qu'avec l'acte de l'enregistrement et avec l'acte des certificats signés par les quatre procureurs , déclarant qu'on n'avait différé que pour faire la chose plus solennellement; mais parce que , selon l'arrêt du 22 janvier, il devait encore être enregistré dans le registre de la faculté, la cour fut obligée d'envoyer quérir le syndic pour savoir s'il l'avait fait. Il se présenta accompagné du doyen et de quelques autres docteurs à la cour, et, le premier président ayant demandé si l'arrêt du 22 janvier était écrit dans leur registre, Antoine Breda, curé de Saint- André, l'ancien de ces docteurs députés , lui répondit qu'il avait été député de la faculté-avec le doyen et le syndic pour représenter à la cour que la faculté avait entendu son arrêt du 22 janvier avec respect, qu'elle avait cru que ce n'était pas l'intention de la cour de porter \m jugement doctrinal et de qualifier des propositions théologiques , ni aussi de croire qu'un concile général fût absolument nécessaire pour l'extinction de toutes sortes d'hérésies, comme il avait paru en celle de Jansénius.
Le premier président leur dit que, quand la cour ordonnait quelque chose, tout sujet du roi devait s'y soumettre sans Vexaminer; que, la proposition de la thèse sur les Conciles étant générale, d'où Ton peut conclure qu'ils ne sont nécessaires en aucun cas, la cour n'a pas dû la tolérer , comme contraire à la pureté de la police extérieure de l'Eglise , qui fait une des principales parties de la police de l'Etat ; que la cour n'avait aucun égard à leurs distinctions scolastiques , qui bien souvent pourraient rendre soutenables en apparence les propositions les plus