LIVRE Vm. — CHAPITRE VI
coup 06 lieu de recueillement, de simple et vraie dévotion. Aussi se rendait-il fréquemment , durant son séjour à Meaux y chez les pieuses filles de saint François de Sales, et se faisait-il un bon* heur de leur adresser la parole. Lui-même semblait chercher^ au seia de cette silencieuse retraite , ce doux repos de Tâme et du cœur qu'il ne trouvait guère à la Cour et que le bruit du monde ne permet pas de goûter dans sa plénitude.
Ce sont ces entretiens qui forment le précieux germe de deux admirables livres que nous connaissons sous le titre de Elévations sur les MystèreSy Méditations mr l'Evangile , et dont nous aurons à parler, quand l'heure sera venue.
Le jour de Pâques de cette même année , Bossuet monta dans la chaire de sa cathédrale et fit le sermon sur le mystère du jour. Il prit texte de ces paroles de saint Paul : Gaudete in Domino semper ; ilerum dicOj gaudete {Philip., iv, 4); réjouissez-vous . sans cesse dans le Seigneur; je vous le dis encore^ réjouissezvous.
La première joie était dans l'innocence du paradis terrestre... la nôtre est dans l'innocence recouvrée par la rémission des péchés...
La seconde joie est dans le royaume futur que Jésus-Christ
ressuscité nous assure Pour la goûter^ il faut fuir la joie qui
vient des sens^ qui est un piège, une joie trompeuse...
Tout le travail de Torateur n'est qu'un canevas, mais un canevas de la main du plus habile maître. Citons ce morceau où Deforis a osé intercaler sa prose.
» Layie humaine est semblable & un chemin dont Tissue est un précipice affi:eux : on nous ayertit dès le premier pas ; mais la loi est prononcée, il faut ayancer toujours. Je youdrais retourner sur mes pas; marche, marèhe. Un poids inyincible, une force myincible nous entraine, il faut sans cesse ayancer yers le précipice. MiUe tray erses, mille peines : encore si jepouyais éyiter ce précipice affreux. Non, non; il faut marcher, il faut courir ; rapidité des années. On se console pourtant ; parce que de temps en temps des objets qui nous diyertissent, des eaux courantes, des fleurs qui passent, etc. On youdrait arrêter : marche, marche. Et cependant on yoit tomber derrière soi tout ce qu'on ayait passé ,* fracas effroyable, inéyitable rubie. On se console, parce qu'on emporte quelques fleurs
cueillies en passant^ qu'on yoit se faner entre ses mains du matin au soir^ quelques fruits qu'on perd en les goûtant : enchantement. Toujours entraîné^ tu approches du goufire affreux : déjà tout commence à s'effacer; les jardins moins fleuris^ les fleurs moins brillantes^ leurs couleurs moins vives^ les prairies moins riantes^ les eaux moins claires; tout se ternit^ tout s'efface : l'ombre de la mort; on commence à sentir l'approche du gouffre fatal. Mais il faut aller sur le bord; encore un pas. DéjàThorreur trouble les sens, la tête tourne^ les yeux... il faut marcher... en arrière... plus de moyen : tout est tombée tout est évanoui^ tout est échappé.
Je n'ai pas besoin de vous dire que ce chemin , c'est la >ie ; que ce gouffre^ c'est la mort. Mais la mort finit-elle tous les maux passés , et se finit-elle elle-même ? Non, non : dans ces gouffres, des feux dévorants, grincements de dents, un pleur étemel, un feu qui ne s'éteint pas, un ver qui ne meurt pas. Tel est le chemin de celui qui s'abandonne aux sens ; plus court aux uns qu'aux autres. On ne voit pas la fin : quelquefois on tombe sans y penser, et tout d'un coup. Mais le fidèle, Jésus-CSirist, qui l'accompagne toujours, il méprise ce qu'il voit périr et échapper. Au bout, près de l'abîme, une main invisible le transportera ; ou plutôt il y entrera comme Jésus-Christ^ il mourra comme Jésus-Christ, pour triompher de la mort.
Peu de temps après Pâques , Bossuet avait repris ses visites pastorales et était venu donner la confirtnation à la Ferté-sous« Jouarre.
a Dans Taprès-dîner, se fit la conférence qui échéait en ce jour, jamais elle n'avait été si nombreuse. Monseigneur donc y présida, et à la fin donna ses avis, dont les principaux furent sur Tadministration du sacrement de pénitence et Tuniformité de sentiments qu'il fallait avoir tous en ce point, afin que les peuples n'attribuassent point à l'humeur, à la bizarrerie et au caprice d'un curé le refus qu'il aurait fait d'une chose qu'un voisin et un confrère viendrait à accorder , qu'il fallait donc convenir tous des cas auxquels il fallait refuser l'absolution, et particulièrement au sujet des occasions prochaines , et des rechutes continuelles dans les mêmes péchés sans aucun amendement, qu'il fallait suspendre l'absolution jusqu'à ce que l'on fût sorti de l'occasion et qu'on se fui corrigé, vu que, sans cela, il y aurait tout lieu de douter des résolutions et promesses que l'on faisait à confesse de se corriger. Notre-Seigneur ne donnant point