‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 129 sur 260 · LIVRE VIII. — CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE VU

et que Fonbli s'apprête à couvrir comme tant d'autres ! Que d'art^ que de mouvement , que de richesses de peinture dans un sujet aride I que de difficultés vaincues sans embarras^ sans hésitation I Ce n'est qu'un peu d'argile , mais le grand artiste le marque du sceau de son inspiration et le revêt des splendeurs de sa lumière ^ inné de Gonzague était née en 461 6, de Charles de Gonzague- Glèves, duc de Nevers et de Réthel , et de Marie de Lorraine. Elle eut deux sœurs, Marie et Bénédicte. Marie^ qui était Tsanée de la famille, fréquenta Port-Royal et devint reine de Pologne. Dès sa jeunesse, elle n'avait cessé de rêver les plus brillantes destinées, et, pour favoriser son ambition^ ses parents conçurent le dessein d'enfermer dans le cloître Anne et Bénédicte. Celle-ci devint abbesse d' Avenay^ dans un ftge où la ctosse abbatiale fut a comme un jouet entre ses mains , » selon l'expression de Bossuet. Anne fat confiée à l'abbesse de Faremoutiers \ et parut s'adonner entièrement aux douceurs de la piété. Mais a il eût fallu ^ dit son panégyriste, la conduire et non la précipiter dans le bien, o Aussi, un beau jour, elle quitta furtivement l'abbaye, et s'enfuit à Avenay. Sa sœur la recueillit et essaya de rallumer dans son cœur une flamme de dévotion que le vent du siècle av^t presque éteinte. A peu près vers le même temps, elle perdit son père et sa sœur, l'abbesse d' Avenay, puis, se montra à la cour, âgée de vingt-un ans , et se livra au monde avec toute l'impétuosité de sa nature. En 1645, elle épousa le prince Edouard, duc de Bavière, qui avait perdu, à la bataille de Prague, la Bohême avec tous ses Etats. De ce mariage naquirent trois flUes, dont une épousa le duc d'Enghien. L'infortune d'Edouard devint le prin- <^ipe de sa conversion. Au milieu des loisirs forcés que lui avait créés la fortune adverse, il se tourna vers la religion catholique, l'étudia sérieusement et ût abjuration publique de ses erreurs. Sa femme, célèbre déjà par ses aventures, se jeta dans les troubles de la Fronde avec la même ardeur que la duchesse de Longueville et le cardinal de Retz. Seulement elle prit le parti de la cour et

* Cette oraison parut en 1685 chez Cramoisy et fut réimprimée chez le Diôme éditeur en 1689 avec les six premières oraisons funèbres. ^ Célèbre monastère du diocèse de Meaux.

le servit avec une habileté et un déyonement auxquels ses ad-^ versaires rendent pleine justice, ce qui n'empêcha pas Mazarin de la traiter avec une ingratitude qui révolta ce cœur si fier ot si passionné. Devenue veuve trop tôt, elle se livra sans retenue aux passions du cœijr et à la licence effrénée de l'esprit. Enfla Dieu toucha cette rebelle , à l'âge de cinquante-six ans, et en fit un modèle de pénitence durant douze années consécutives. Elle mourut après quarante jours d'une maladie crueUe , supportée avec une patience inaltérable. Elle-même a écrit l'histoire de sa conversion et montré les merveilleux desseins dont se servit la Providence pour ramener son âme dans la droite voie d'où elle était si malheureusement sortie K

Le grand orateur va nous tracer avec son pinceau inimitable les traits de cette vie si agitée et si dissemblable :

« Je voudrais que toutes les âmes éloignées de Dieu ; que tous ceux qui se persuadent qu'on ne peut se vaincre soi-même ni soutenir sa constance parmi les combats et les douleurs ; tous ceux enfin qui désespèrent de leur conversion ou de leur persévérance, fussent présents à cette assemblée. Ce discours leur ferait connsdtre qu'une âme ûdèle à la grâce, malgré les obstacles les plus invincibles, s'élève & la perfection la plus éminente. La princesse à qui nous rendons les derniers devoirs, en récitant selon sa coutume l'office divin, lisait les paroles d'Isaïe que j'ai rapportées. Qu'H est beau de méditer l'Ecriture sainte, et que Dieu y sait bien parler, nonseulement à toute l'Eglise, mais encore & cbaque fidèle selon ses besoins! Pendant qu'elle méditait ces paroles (c'est elle-même qui le raconte dans une lettre admirable), Dieu lui imprima dans le cœur que c'était à elle qu'il les adressait. Elle crut entendre une voix douce et paternelle qui lui disait : « Je t'ai ramenée des extrémités de la terre, des lieux les plus éloignés'; » des voies détournées; où tu te perdais, abandonnée à ton propre sens, si loin de la céleste patrie et de la véritable voie, qui estJésus- Gbrist. Pendant que tu disab en ton cœur rebelle : Je ne puis me captiver^ j'ai mis sur toi ma puissante main, « et j'ai dit : Tu seras ma servante : je t'ai cboisie dès l'éternité, et je n'ai pas rejeté » ton âme superbe et dédaigneuse

» Venez maintenant, pécheurs, quels que vous soyez, en quelques régions écartées que la tempête de vos passions vous ait jetés; fussiez-vous

> Voyez tome XII, p. 334^ la notice historique de M. Lâchât. • Jsai., XLi, 9, 10.

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