‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 131 sur 260 · LIVRE Vm. — CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE Vm. — CHAPITRE VU

de coups à sa racine^ ou qui en enlôverait les rameaux épais ^ Dieu en avait disposé autrement. La Pologne était nécessaire à son Eglise^ et lui devait un vengeur. 11 la regarde en pitié. Sa main puissante ramène en arrière le Suédois indompté % tout frémissant qu'il était. 11 se Tenge sur le Danois^ dont la soudaine invasion l'avait rappelé ^ et déjà il l'a réduit à l'extrémité. Mais l'Empire et la Hollande se remuent contre un conquérant qui menaçait tout le Nord de la servitude. Pendant qu'il rassemble de nouvelles forces et médite de nouveaux carnages , Dieu tonne du plus haut des deux : le redouté capitaine tombe au plus beau de sa vie^ et la Pologne est délivrée. Mais le premier rayon d'espérance vint de la Princesse Palatine : honteuse de n'envoyer que cent mille livres au roi et à la reine de Pologne^ elle les envoie du moins avec une incroyable promptitude. Qu'admira-t-on davantage^ ou de ce que ce secours vint si à propos, ou de ce qu'il vint d'une main dont on ne l'attendait pas, ou de ce qae, sans chercher d'excuse dans le mauvais état où se trouvaient ses affaires^ la Princesse Palatine s'ôta tout pour soulager une sœur qui ne l'aimait pas? Les deux princesses ne furent plus qu'un même cœur : la reine parut vraiment reine par ime bonté et par une magnificence dont le bruit a retenti par toute la terre; et la Princesse Palatine joignit au respect qu'elle avait pour une aînée de ce rang et de ce mérite^ une étemelle reconnaissance.

» Quel est, Messieurs^ cet aveuglement dans une àme chrétienne^ et qui le pourrait comprendre^ d'être incapable de manquer aux hommes et de ne craindre pas de manquer à Dieu , comme si le culte de Dieu ne tenait aucun rang parmi les devoirs? Gonte^nous donc maintenant^ vous qui les savez ^ toutes les grandes qualités de la Princesse Palatine; faites-nous Toir^ si vous le pouvez^ toutes les grâces de tette douce éloquence qui s'insinuait dans les cœurs par des tours si nouveaux et si naturels ; dites qu'elle était généreuse^ libérale^ reconnabsante, fidèle dans ses promesses^ juste : vous ne faites que raconter ce qui l'attachait à elle-même. Je ne vois dans tout ce récit que le prodigue de l'EvangQe ', qui veut avoir son partage, qui veut jouir de soi-même et des biens que sou père lui a donnés : qui s'en va le plus loin qu'il peut de la maison paternelle, « dans un pays écarté, » où il dissipe tant de rares trésors, et en un mot où il donne au monde tout ce que Dieu voulait avoir. Pendant qu'elle contentait le inonde et se contentait elle-mème|, la Princesse Palatine n'était pas heureuse, et le vide des choses humaines se faisait sentir à son cœur. Elle n'était heureuse, ni pour avoir avec l'estime du monde^ qu'elle avait tant

^Dan,, IV, 11.

* Luc, XV.

désirée, celle du roi même; ni pour aToir l'amitié et la confiance de Philippe et des deux princesses qui ont fait successivement ayec lui la seconde lumière de la cour : de Philippe, dis-je, ce grand prince que ni sa naissance, ni sa valeur, ni la victoire elle-même, quoiqu'elle se donne à lui avec tous ses avantages, ne peuvent enfler ; et de ces deux grandes princesses , dont on ne peut nommer l'une sans douleur, ni connaître Tautre sans l'admirer. Mais peut-être que le solide établissement de la famille de notre princesse achèvera son bonheur. Non, elle n'était heureuse, ni pour avoir placé auprès d'elle la princesse Anne, sa chère fille et les délices de son cœur, ni pour l'avoir placée dans une maison où tout est grand. Que sert de s'expliquer davantage? On dit tout quand on prononce seulement le nom de Louis de Bourbon, prince de Gondé, et de Henri-Jules de Bourbon, duc d'Enghien. Avec un peu plus de vie, elle aurait vu les grands dons, et le premier des mortels, touché de ce que le monde admire le plus après lui, se plaire à le reconnaître par de dignes distinctions. Cest ce qu'elle devait attendre du mariage de la princesse Anne..... Cette alliance fortunée lui donnait une perpétuelle et étroite liaison avec le prince^ qui de tout temps avait le plus ravi son estime ; prince qu'on admire autant dans la paix que dans la guerre, en qui l'univers attentif ne voit plus rien à désirer, et s'étonne de trouver enfin toutes les vertus en un seul homme. Que fallait-il davantage, et que manquait-il au bonheur de notre princesse? Dieu, qu'elle avait connu; et tout avec lui Mais l'heure marquée par la divine Providence n'était pas encore venue. C'était le temps où elle devait être livrée à elle-même, pour mieux sentir dans la suite la merveilleuse victoire delà grâce. Ainsi elle gémissait dans son incrédulité^ qu'elle n'avait pas la force de vaincre. Peu s'en faut qu'elle ne s'emporte jusqu'à la dérision, qui est le dernier excès et comme le triomphe de l'orgueil; et qu'elle ne se trouve parmi « ces moqueurs dont le jugement est si proche, )> selon la parole du Sage ^ : Parafa sunt derisorilms judida,

Que de mouvement ! que de chaleur 1 Mais suivons encore rorateur, dans Téloguente peinture qu'il va faire de l'incrédulité.

Déplorable aveuglement ! Dieu a fait un ouvrage au milieu de nons^ qui, détaché de toute autre cause, et ne tenant qu'à lui seul, remplit tous les temps et tous les lieux, et porte par toute la terre avec l'impression de sa main le caractère de son autorité : c'est Jésus-Christ et son Eglise. Il a mis dans cette Eglise une autorité, seule capable d'abaisser l'orgueil) et de relever la simplicité; et qui, également propre aux savants et aux ignorants, imprime aux uns et aux autres un même respect. C'est contre

4 Prov., XIX, 29.

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