LIVRE VIIÏ. — CHAPITRE VIII. Î
études de Sorbonne avec tout le succès qu'on pouvait espérer de ces sortes d'exercices. Les premières places étaient remplies dans le clergé; il ne Cuvait prétendre qu'à quelque coadjutorerie; celle de Langres, qui s'ofiErait^ était trop peu de chose pour lui.
9 L'évêque^ chargé d'années et d'infirmités, et ne pouvant plus vaguer à aucune 4les fonctions épiscopales , qu'il avait même un peu négligées lorsqu'il pouvait y vaquer, fut obligé de demander un coadjuteur au roi , qui, tout inflexible qu'il était sur ce point, ne put se dispenser de lui en donner un^ son Eglise tombant dans la désolation sans ce secours. L'évêque , instruit par Le Tellier^ qu'il voulait servir, demanda son fils pour coadjuteur. Le roi raccorda ; mais ce père, plein du mérite de son fils, aspirait plus haut^ et il ne se servit^ en habile homme, de la bonne volonté de révêque de Langres que pour rompre la glace^ pour ainsi dire, et pour obtenir du cardinal Antoine la coadjutorerie de Reims, qu'il faisait ménager secrètement auprès de lui. On lui fit bientôt savoir qu'il pouvait demander Tabbé Le Tellier pour coadjuteur de Reims au roi , qui venait de l'accorder pour coadjuteur de Langres. Une affaire menée si habilement ne pouvait pas manquer de réussir à ce ministre. Le roi eut honte de refuser au cardinal Antoine ce qu'il venait d'accorder à l'évêque de Langres, et, trouvant l'occasion de partager mieux le fils d'un ministre qui le servait bien^ il crut devoir le contenter.
» Le nouveau coadjuteur eut bientôt ses bulles gratis, que le roi avait demandées lui-même et que le Pape lui accorda avec plaisir^ à condition qu'il finirait l'affaire des quatre évêques ; ce que le roi promit. Le coadjuteur fut sacrée et le père entra par là dans les intérêts du clergé et dans celui principalement d'empêcher le jugement des évêques, quoiqu'il eût persuadé au roi qu'il le voulait sincèrement. C'était la disposition d'esprit où se trouva ce ministre sur cette affaire ; le véritable fond de son âme était pour son fils et pour l'intérêt qu'il venait d'épouser en entrant dans le dergé^ et l'apparence pour le roi , et cette apparence fut ménagée d'une sorte qu'elle passa à la cour pour une vérité ^ »
* Mémoires, tome Uï, p. 427. L'abbé de Choisy et plusieurs chroniqueurs du temps traitent séyërement le chancelier Le TeUier.
Les habitudes parlementaires de Le Tellier le poussaient vers le jansénisme , et il y entra avec ardeur^ mais une ardeur tempérée et voilée par la fine prudence du diplolnate ; c'est ainsi qu'il servit la secte avec succès^ sans se compromettre lui-même. Ses liaisons constantes avec Pavillon, évègue d'Aletb^ ne laissent guère de doute sur le fond de ses sentiments. •
» Nous avons vu combien Tévêgue de Meaux vivait en rapports familiers avec Tarchevêgue de Reims ; il parait que ses relations avec le chancelier son père remontaient aux premières années où il établit son domicile à Paris. Il va nous peindre le Chancelier tel qu'il Ta connu et cultivé; sa conviction est profonde. « Le chancelier Le Tellier, avait été un des premiers auteurs de Télévation de Bossuet par ces témoignages indirects qu'un ministre est à portée de rendre sans compromettre ni user son crédit , et qui souvent ont plus, de succès que des sollicitations éclatantes. Sans sortir de la circonspection naturelle de son caractère, il avait accoutumé de bonne heure Toreille de Louis XIY à entendre le nom de Bossuet comme celui de l'un des ecclésiastiques de son royaume qui devait le plus honorer le discernement et le choix d*un monarque, digne d'apprécier son génie et ses talents. Les sermons de Bossuet à la cour avaient ensuite fixé l'opinion personnelle de ce prince , qui avait l'esprit aussi juste que les sentiments élevés. On a vu que l'archevêque de Reims^ fils du Chancelier, avait également rendu un service très-important à Bossuet encore jeune , à l'occasion de son procès pour le prieuré de Gassicourt. Depuis cette époque, l'archevêque de Reims s'était toigours honoré du titre d'ami de Bossuet, et plus souvent encore de celui de son admirateur.
» Un amour-propre assez naturel faisait vivement désirer à Tarchevêque de Reims , que l'homme le plus éloquent de son siècle fût l'historien et le panégyriste de son père. Bossuet ne put refuser à l'amitié et à la reconnaissance un témoignage qu'on lui demandait comme une grâce , et qui lui parut un devoir. L'archevêque de Reims ne fut trompé ni dans ses coi^ectures , ni dans ses espérances ; et le chancelier Le Tellier est resté plus connu par l'oraison funèbre de Bossuet que par son ministère.