‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 141 sur 260 · LIVRE YIII. — CHAPITRE Vni · texte numérisé non relu

LIVRE YIII. — CHAPITRE Vni

Dieu seul a pu faire cette merveille. Roi du del^ consenrez le roi de la terre : c'est le vœu des Eglises; c'est le vœu des éyèques. n

DaDs la troisième partie, le prédicateur reparaît et donne aux riches du siècle une de ces grandes leçons dont ils profitent si peu. £n parlant de la fortune du Chancelier^ qu'il appelle une prévoyante économie , et dont le chrétien se détache^ au dernier moment, avec tant de facilité qu'il bénit la morty montrant a qu'il aspire aux biens étemels ^ et que ^ comme un autre Abraham , il ne connaît de repos que dans la cité permanente, » Bossuet montre combien , chez la plupart des heureux de ce monde^ la richesse produit d'imperceptibles et pernicieux liens.

a Dans la possession^ on trouve , comme dans un lit^ un repos funeste^ et on s'endort dans l'amour des biens de la terre ^ sans s^percevoir de ce malheureux engagement. C'est , mes frères^ où tombe celui qui met sa confiance dans les richesses ; je dis même dans les richesses bien acquises. Mais l'excès de l'attachement que nous ne sentons pas dans la possession^ se fait ^ dit saint Augustin^ ^ sentir dans la perte. C'est là qu'on entend ce cri d'un roi malheureux^ d'un Agag outré contre la mort^ qui lui vient ravir tout à coup^ avec la vie, sa grandeur et ses plaisirs : Siccine séparât amara mors * ? a Est-ce ainsi que la mort amère vient rompre tout à coup de si doux liens? » Le cœur saigne : dans la douleur de la plaie^ on sent combien ces richesses y tenaient; et le péché que Ton commettait^ par un attachement si excessif^ se découvre tout entier. »

Que si le temps comparé au temps^ la mesure à la mesure^ et le terme au terme> se réduit à rien ; que sera-ce si l'on compare le temps à l'éternité, où il n'y a ni mesure ni terme? Comptons donc conmie très-court , chrétiens, ou plutôt comptons conmie un pur néant tout ce qui finit; puisque enfin quand on aurait multiplié les années au delà de tous les nombres connus, visiblement ce ne sera rien, quand nous serons arrivés au terme fatal. Mais peut-être que prêt à mourir, on comptera pour quelque chose cette vie de réputation , ou cette imagination de revivre dans sa famille qu'on croira laisser solidement établie. Qui ne voit, mes frères, combien vaines, combien courtes et combien fragiles sont

i Illi autem infirmiores, qui terrenis his bonis, quamvis ea non prseponerent Christo , aliquantula tamen cupiditate cohserebant , quantum hœc amando peccaverint, perdendo senserunt. Tantum quippe doluerunt, quantum se doloribus inseruerunt. Aiig.j de Civit Dei, lib. I, tome X, n. 2.

* I Heg,f XV, 32.

fM HISTOIBE DB BOSSUE*.

eneore cas secondes vies, que notre faiblesse nous fait inventer, p<mr couvrir en quelque sorte l'horreur de la mort! Dormez votre sommeil, riches de la terre, et demeurez dans votre poussière. Âhl si quelques générations, que dis-je ? si quelques années après votre mort, vous reveniez, hommes oubliés, au milieu du monde, vous vous hâteriez de rentrer dans vos tombeaux, pour ne voir pas. votre nom terni, votre mémoire aboUe, et votre prévoyance trompée dans vos amis, dans vos créatures, et plus encore dans vos héritiers et dans vos enfants. Est-ce là le fruit du travail, dont vous vous êtes consumés sous le soleil, vous amassant un trésor de haine et de colère étemelle au juste jugement de Dieu ? Surtout, morteb, désabusez-vous de la pensée dont vous vous flattez, qu'après une longue vie , la mort vous sera plus douce et plus facile. Ce ne sont pas les années, c'est une longue préparation qui vous donnera de l'assurance. Autrement un philosophe vous dira en vain que vous devez être rassasiés d'années et de jours, et que vous avez assez vu les saisons se renouveler, et le monde rouler autour de vous ; ou plutôt, que vous vous êtes assez vu rouler vous-mêmes et passer avec le monde. La dernière heure n'en sera pas moins insupportable, et l'habitude de vivre ne fera qu'en accroître le désir. C'est de saintes méditations, c'est de bonnes œuvres, c'est ces véritables richesses , que vous enverrez devant vous au siècle futur, qui vous inspireront de la force ; et c'est par ce moyen que vous affermirez votre courage. Le vertueux Michel Le Tellier vous en a donné l'exemple : la sagesse, la fidélité , la justice , la modestie, la prévoyance, la piété , toute la troupe sacrée des vertus, qui veillaient, pour ainsi dire, autour de lui, en ont banni les frayeurs, et ont fait du jour de sa mort, le plus beau, le plus triomphant, le plus heureux jour de sa vie. »

a On a peine à comprendre, dit M. de Bausset, comment VOraison funèbre du chancelier le Tellier n'a jamais été appréciée comme il nous semble qu'elle mérite de Têtre. Ou Ta presque toujours jugée si inférieure aux autres chefs-d*œuvre du même genre et du même auteur , qu'à peine est-on frappé de quelques traits d'un ordre supérieur qui commandent nécessairement l'admiration. Cependant les nombreux fragments que nous venons de rapporter, et qui étincellent des plus grandes beautés oratoires , portent tous l'empreinte du génie de Bossuet ; et il est difficile de croire que tout autre que lui eût pu traiter un pareil sujet avec autant de force, de grandeur, et de noblesse.

p Cette espèce de prévention ne peut être attribuée qu'à la

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