‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 143 sur 260 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Rérocaiîon de l'édit de Nantes. — Conduite de Bossuet à l'égard des protestants

de son diocèse. — 1686.

La révocation de FEcUt de Nantes a été Fobjet de toute espèce de commentaires ; elle a provoqué les déclamations bruyantes de toute l'école philosophiste du siècle précédent et de celui où nous vivons. Il ne peut entrer dans notre plan de traiter cette grave matière au pointde vue politique et religieux ; mais les jugements sont si contradictoires, si souvent faussés par Tignorance et la passion^ qu'il ne sera peut-être pas inutile de nous y arrêter quelques instants *.

L'édit du roi est du 22 octobre 1685. Pour bien juger les considérants qui le motivent^ il faut se reporter à la patente royale^ accordée par Henri lY aux prétendus réformés, le 13 avril 1598. L'édit royal^ daté de Nantes, porte que les protestants, sans distinction de secte, jouiront du libre exercice de leur culte et qu'ils seront admis aux emplois publics. En retour , il leur est enjoint : l*" de payer la dime au clergé catholique^ comme tous les autres citoyens français; ^ de chômer extérieurement les fêtes d'obligations instituées ou à instituer dans l'Eglise catholique. Ces conditions restrictives prouvent à quel point le système de tolérance inauguré par le roi répugnait au sentiment public, en France.

Les réformés acceptèrent avidement le bénéfice de la loi, mais sans se soumettre aux charges qu'elle leur imposait. N'avaientils pas d'ailleurs déchiré, autant qu'il était en eux , le contrat qui leur conférait la vie civile ? Ne les voyons-nous pas, peu d'années après, fomenter la guerre civile en France, faire appel aux bras

* M. de Bausset^ qui est reyenu sur cette qnestion^, à la fin de son histoire, donne un travail intéressant que nous renvoyons aux] notes et pièc-s jvstif,* catives.

an HISTOIRE DE BOSSUET.

de l'étranger et trahir leur patrie de la manière la plus odieuse? Sans l'énergie et l'habileté de Richelieu, que serait devenue la religion catholique? que serait devenue la France ellemême?

Cette faction impie et turbulente, qui avait ensanglanté l'Europe , porté de toutes parts la dévastation , l'incendie et les profonations sacrilèges, paraissait s'efifacer devant la puissance redoutée de Louis XIV; mais le roi ne croyait ni au patriotisme des huguenots^ ni à l'apaisement complet de leurs passions. Les réformés étaient contenus, non ralliés, et de sourdes rumeurs se reproduisant, tantôt sur un point, tantôt sur un autre, laissaient craindre une explosion pour le jour où la crainte n'aurait plus enchaîné leurs bras.

Le journal du curé de Saint-Jean nous fournit un fait qui pourrait donner la clef de la conduite du roi. En 1681, les huguenots tinrent un synode à Lizy , diocèse de Meaux ; plusieurs ministres s'y rencontrèrent et les adeptes furent convoqués de tout le voisinage. Il dura depuis le à septembre jusqu'au 15 du même mois. Durant ce temps , a les ministres ne firent autre chose que prêcher, chacun à leur tour, avec quelque psalmodie, dans l'intervalle, pour désennuyer le peuple, tendant tous à même fin de se consoler et de s'encourager les uns les autres. » Le roi, en autorisant la tenue de ce synode , y avait envoyé le premier président de F élection de Paris pour prendre note de ce qui s'y passerait et l'en informer exactement. Toute liberté fut laissée aux ministres, excepté celle de se poser en victimes de la persécution. Le narrateur ajoute : « On disait secrètement qu'il y avait ordre de la part de M. de Colbert de faire trouver aux huguenots trois cent mille écus, par une raison qui ne souffrait point de réplique, sçavoir , qu'ils offroient pareille somme au roy d'Angleterre pour leur servir de protecteur ; qu'il estoit plus juste de la donner au roy de France, leur prince légitime et leur protecteur naturel.» Il nous est impossible de contrôler cette allégation , mais peutêtre qu'un jour le mystère sera éclairci.

Depuis le commencement de son règne, le roi avait les yeux sur le parti huguenot et suivait ses mouvements avec une préoceu*

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