‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 144 sur 260 · LIVRE Vra, — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE Vra, — CHAPITRE IX

pation gui décèle ses inquiétudes. Aucune rigueur ne fiit exercée sous son règne^ contre les juifs gui étaient généralement détestés, parce que, au point de vue politigue^ les juifs.ne paraissaient point dangereux à l'Etat. Avant d'en venir à la mesure dont il est question contre les protestants^ le monargue n'avait rien épargné pour les ramener à la foi catholique et faire cesser une dissidence qu'il croyait peu compatible avec l'ordre général et la paix publique.

La révocation de l'édit de Nantes était-elle opportune, au moment où Louis XIY la signait? Les sentiments diffèrent beaucoup sur cette question. Nous ne répondrons que par des faits incontestables. Tous les corps constitués , tous les hommes dont le nom fait autorité^ le peuple en masse^ applaudirent chaleureusement à cet acte de haute politique. C'est à peine si l'on peut saisir, chez les catholiques, une voix discordante. Ceci mérite assurément considération. Les manants et bourgeois de Paris se portèrent avec une incroyable promptitude sur Charenton , pour y démolir tous les temples qui étaient alors desservis par les plus célèbres ministres. Ainsi en fut-il dans la plupart des villes de France. Un grand nombre de réformés, n'étant plus retenus par la crainte^ mêlèrent leurs acclamations à celles des catholiques. Les conversions se multiplièrent à l'inûni, conversions spontanées, sérieuses et durables^ comme en conviennent eux-mêmies les écrivains réformés de l'époque *.

Quant à la violence qui succéda aux premières prédications, il nous serait d'autant plus difQcile de l'approuver^ que nous la croyons tout à fait inutile et même en opposition directe avec le but qu'on se proposait d'atteindre. Les missionnaires , répandus partout et soutenus par la force publique, obtenaient de merveilleux succès. Avant de convertir, il faut instruire, et l'épée d'un dragon n'est pas instituée pour cette œuvre*. L'Eglise catholique ne cher-

* Voir la vie et la correspondance de M™« de Maintenon, lettres de M"« de Sévigné et tous les mémoires de l'époque, les protestants Papin, Obrecht,Win8lou, Isaac Papin, Joseph Saurin, etc. Voyez Pièces justificatives, n® Vil.

' Voici mie grande leçon que saint Jean Chrysostome adressait aux esprits impétueux de son temps. « 11 est, certes, bien plus grand et bien plus admirable de changer l'esprit de ses adversaires et de les amener à prendre une yoie

che pas des corps, elle n'admet que des âmes; elle repousse la contrainte et ne reçoit que la libre croyance ^ Toute persécution réveille l'instinct de la liberté, produit la haine^ la résistance obstinée qui ferme les yeux et les oreilles. Oui , il y eut de déplorables excès, et si en lui-même l'édit fut juste^ les moyens qu'on cboîsit pour en bâter l'exécution l'ont rendu odieux aux plus modérés. Le Saint-Siège n'a jamais été consulté ; il aurait certainement indiqué une voie aussi efficace et infiniment plus sage. Maïs Louvois n'était pas bomme à cbercber ses inspirations en si bon lieu, et Louis XIY préférait les conseils de son ministre à ceux du Vicaire de Jésus-Gbrist.

Bossuet ne fut pas le dernier à témoigner sa joie et sa reconnaissance pour un acte qui mettait le comble à ses vœux. Car Bossuet ne comprenait l'autorité que comme protectrice de la Vérité catbolique y comme armée pour sa défense et son expansion dans le monde. Notre régime de prétendue liberté des cultes au« rait révolté sa raison et sa foi. Prit-il une part active à l'événement dont nous parlons? Il n'est guère permis d'en douter; toutefois^ nous croyons que ce ne fut que d'une manière indirecte, par l'entremise du Cbancelier Le Tellier.

Nous connaissons de longue date ses relations avec les protestants, et nous avons dit qu'elles furent constamment marquées au coin de la bienveillance et de la charité chrétiennes. Après la révocation de l'édit de Nantes, il serait puéril de soutenir qu'elle ne subit aucun changement ; mais ce que nous pouvons afOrmer^ c'est qu'elle resta pleine de modération. Jamsds l'évèque de Meaux

toute différente^ in diversum trans ferre, que de les tuer; c'est ce qu'ont fait les apôtres^ qui n'étaient que douze pour changer l'univers rempli de loups dévorants. Rougissons donc , nous qui faisons tout l'opposé et qui nous précipitons en loups sur nos adversaires. Tant que nous avons été des brebis, noas avons remporté des victoires : quand même des milliers de loups nous entoureraient^ nos succès ne sont pas douteux^ notre triomphe est assuré ; que si nous devenons loups^ nous sommes vaincus. Alors le secours du grand pastear fuit loin de nous^ lui qui paît les brebis et non les loups. » (hom. U, (^ Matth.)

^ Si l'on nous objecte l'inquisition et le recours que l'Eglise a fait an bras séculier , nous renverrons à l'excellente lettre pastorale que vient de publier Mgr. de Nîmes , à propos des Albigeois. Ses éloquentes explications nous dispensent de toute réponse,

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