LIVRE VIIÎ. — CHAPITRE IX
n'approuva les rigueurs que le gouvernement de Louvois déploya dans les provinces, et, pour son compte, il n'usa de la force extérieure que dans des occasions fort rares et avec une circonspection qu'on ne saurait trop louer *.
a La révocation de Tédit de Nantes en 1685, dit M. de Bausset^ donna une nouvelle activité au zèle de Bossuet pour l'instruction des nouveaux convertis.
» Par une circonstance singulière, le diocèse de Meaux, qui avait été le berceau du calvinisme en France, en fut aussi le tombeau. On sait que la ville de Meaux fut la première qui vit s'élever dans l'enceinte de ses murs une Eglise prétendue réformée. Mais ce qui est peut-être moins connu, c'est que ce fut dans le diocèse de Meaux. que se tint à Lizy^ en 1683, sous l'épiscopat même de Bossuet, le dernier synode national assemblé avec l'autorisation du gouvernement. Ce synode est non-seulement remarquable parce qu'il est le dernier qu'on ait vu en France, mads encore parce que le roi , qui jusqu'alors s'était contenté d'envoyer aux synodes nationaux des commissaires protestants pour y maintenir Tordre, nomma au synode de Lizy un commissaire catholique. Ce qu'il y eut de plus extraordinaire encore, c'est qu'on lui adjoignit un ecclésiastique pour second commissaire. Ce fut l'abbé
* Les protestants^ dont il fut et dont il est encore le plus redoutable adversaire, ont essayé^ dans ces derniers temps, de se venger en faisant de l'évoque de Meaux un barbare persécuteur. Nous tenons sous la main un mi8ér£i)le pamphlet où ils dressent maladroitement leur acte d'accusation. Le mémoire à M. de Pontchartrain, les lettres qu'ils croient exhumer se trouvent mot pour mot dans les œuvres de Bossuet, et jamais personne n'avait songé à y trouver trace de cruauté. Le libelle s'appuie sur une lettre qui ne mérite pas plus de considération que de créance , celle d'un sieur Frotté , ancien prieur de SouiUy , passé au protestantisme, pour contracter mariage. Ce prôlre épouseur , réfugié à l'étranger , écrivit à son évoque pour lui expliquer les motifs de ce qu'il appelle sa covwersion. Où prend-il ses arguments ? uniquement dans la conduite impitoyable de Bossuet, à l'égard des protestants. D'abord, quitter l'Eglise parce que son supérieur s'écarte des règles de la charité chrétienne, c'est une logique que les protestants peuvent admirer, mais qui paraîtra peu concluante et qui conduirait à de singulières conséquences. Quant aux faits articulés, le témoignage d'un apostat ne peut être que d'une médiocre autorité. Nous avons, à côté, le témoignage dii curé de Saint- Jean, et c'est celui-là que nous suivrons dans notre récit. Nous plaignons MM. les protestants de n'avoir que des fables & opposer à Y Histoire de leurs variations, et de manque; assez de goût pour faire parade du froc boueux de M. Frotté.
266 HISTOIRB DE B0S8DET.
de Saint-André, fort jeune alors, et qui depuis a été grand vicaire et offieial de Meaux, sous le cardinal de Bissy. U a survécu près de soixante ans à cet événement, assez singulier dans la vie d'un ecclésiastique.
» Ce fut en effet la seule et dernière fois qu'on ait vu en France un prêtre revêtu d'une semblable commission. Ce synode se tint au mois d'août 1683^ et dura environ trois semaines. U fat composé de cinquante<^atre ministres et présidé par Âlliz, le plus accrédité des ministres de Charenton. Le ministre Claude y parut^ non comme membre du synode, mais pour lui présenter une demande particulière qui fut rejetée. On prêchait deux fois par jour, et les ministres , qui s'étaient partagé ces prédications , les ramenaient ordinairement à la morale. Les mœurs des catholiques y étaient souvent censurées, avec circonspection néanmoins^ par respect pour les commissaires du roi. Un jour, cependant, le ministre Âllix ne craignit point de s'abandonner à son zèle plein de feu et d'aigreur. Mais le premier commissaire , se levant pour lui imposer silence, lui dit : a Monsieur, si vous continuez sur ce ton, je vous ferai sortir de la chaire et de l'assemblée. Apprenez à parler respectueusement de la religion que professe votre souverain. »
D Lorsque Bossuet devint évêque de Meaux^ il n'existait dans son diocèse qu'environ trois mille calvinistes^ dont la plupart, de basse condition, ignoraient les maximes les plus communes de la religion qu'ils professaient, et les premiers éléments de leur propre catéchisme. Mais ils étaient, comme il arrive presque toujours^ si entêtés dans leur ignorance, qu'on ne pouvait les instruire qu'avec beaucoup de patience dans des conférences particulières.
0 A l'époque de la révocation de l'éditde Nantes, Bossuet établit à Meaux, dans la chapelle de son palais, des conférences réglées, où il réunissait les nouveaux convertis. Mais au lieu de s'entendre et de se rapprocher, les esprits s'aigrissaient dans ces espèces de luttes publiques ; elles unirent par devenir tumultueuses, et il fallut changer de plan. On substitua à ces conférences publiques des entretiens particuliers, où l'on appelait successivement chaque famille. Bossuet se réserva l'instruction des familles de la ville et