‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 146 sur 260 · LIVRE VUI. — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE VUI. — CHAPITRE IX

des lieux voisins, a Ce qui réusait mieux^ dit l'abbé Ledieu^ et o*a pas eu néanmoins un effet fort considérable. »

D La Ferté-sous-Jouarre était^ après la ville de Meaux, le lieu le plus considérable du diocèse , et celui où l'on comptait le plus de protestants. Bossuet chargea trois ecclésiastiques d'y faire une mission qui dura tout l'Avent. Il s'y rendit souvent lui-même pour exciter le zèle des missionnaires par sa présence et ses avis. Un ecclésiastique surnuméraire était uniquement destiné à Tinstruction des nouveaux convertis , et à perpétuer le bien que les missionnaires avaient commencé. Il établit des institutions semblables dans les endroits principaux de son diocèse. Le prêtre qu'il y plaçait n'était chargé que d'instruire et de diriger ces néophytes, dont la foi était encore si chancelante et si incertaine , mais qui promettaient au moins une nouvelle génération dont la foi serait moins équivoque et plus éclairée. Bossuet eut soin en même temps de pourvoir de maîtres et de maîtresses d'école toutes les paroisses qui en manquaient. A. la tête de tous ces établissements particuliers, il plaça comme directeur général le sieur Ghabert, ecclésiastique dont le zèle et les talents étaient éprouvés depuis quatorze anS; et avaient obtenu la confiance générale. Il le chargea d'entretenir des rapports suivis avec tous les nouveaux catholiques , de régler tout ce qui concernait leurs mariages et de les exhorter à remplir leurs devoirs de religion. Il eut recours pour toutes ces institutions à la libéralité du roi^ qui avait annoncé sa disposition à concourir au succès de ce grand ouvrage. On peut se faire une idée de ce genre de secours par un mémoire que Bossuet présenta lui-même. Il se bornait à demander : l"" un honoraire pour quatre prêtres employés spécialement à l'instruction des nouveaux convertis, et il fixait cet honoraire pour chacun d'eux à quatre cents livres ; ^ un traitement pour trois maîtres et deux maîtresses d'école pour quelques paroisses qu'il indiquait ; S** deux places aux nouvelles catholiques pour deux demoiselles qui se trouvaient sans père^ sans mère et sans biens. Enûn, il suppliait le roi de convertir en une pension annuelle la gratification de quatre cents livres qu'il avait la bonté d'accorder à l'ecclésiastique chargé de surveiller tous ces établissements.

1» Tâls étaient les faibles moyens que Bossuet jugeait suffisants pour opérer de grandes choses. Les gouvernements n'ont pas toujours paru assez convaincus de tout ce qu'ils pouvaient faire de bon et d'utile avec le seul secours des instruments de la religion. Le nécessûre sut&t à des hommes supérieurs aux besoins du luxe et de la mollesse. Ceux qui n'ont en vue que Dieu et la religion n'ont pas même besoin de la gloire humaine. Mais les gouvernements ont besoin de leur assurer pour propre intérêt cette espèce de considération publique^ sans laquelle leur ministère perd une partie de son influence sur Topinion des peuples. Les établissements durables^ les monuments immortels sont toujours ceux qui reposent sur la religion. Le christianisme s'est établi sans le secours des hommes , et malgré la résistance des hommes^ et Bossuet disait souvent avec un sentiment profond d'admiration :

« Il semble que les apôtres et leurs premiers disci^s aient trayaûlé sous terre pour établir tant d'Eglises en si peu de temps ^ sans que Ton sache comment, n

0 Lorsque Bossuet jugea que les nouveaux 'convertis étaient assez disposés^ par tant de conférences et d'instructions, à entendre la voix de leur évêque^ il leur adressa une lettre pastorale en date du 24 mars 1686. L'objet de cette lettre était de les préparer à recevoir la communion pascale avec tous les sentiments de foi et de piété que TEglise demande pour cet auguste mystère. Mais Bossuet ne se dissimulait pas qu'on ne devait pas attendre de ces néophytes, à peine initiés à une doctrine qu'on leur avait représentée sous les couleurs les plus odieuses^ ces dispositions plus ou moins parfaites que Ton exige de ceux que leur éducation; leur profession y et l'expérience des maximes et des règles de l'Eglise ont dû pénétrer de bonne heure de la grandeur et de la dignité d'un tel sacrement. Aussi Bossuet leur dit-il :

u Nous ne vous demandons pas des perfections extraordinaires; pourru qu'on apporte à rEucharistie une ferme foi, une conscience innocente et une sainte ferveur^ nous supporterons les restes de l'infirmité... »

» Et il rappelle l'invitation que le roi Ezéchias avait adressée

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