‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 147 sur 260 · LIVRE VIII. — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE IX

aux tribus, même schiâmatigues, de venir célébrer la pàgue dans le temple de Jérusalem. Sans entrer dans aucune discussion sur les questions difficiles et obscures que les premiers réformateurs avaient agitées, Bossuet profite de cette occasion pour les désabuser des imputations ridicules dont leurs ministres les avùent sans cesse entretenus sur les prétendues idolâtries de TËglise romaine. Il ne s'attache même qu'à celles qui étaient de nature^ par leur effet sensible et extérieur, à laisser plus d'impression dans leur esprit. Il leur parle d'abord de Tun des principaux caractères de la véritable Eglise , de la succession qui fait remonter les évêques légitimes jusqu'aux apôtres.

« Vous n'ayez pu vous empêcher^ dit Bossuet^ de reconnaître que j'étais à la place de ceux qui ont planté rEyangile dans ces contrées. Je ne vous ai point annoncé d'autre doctrine que celle que j'ai reçue de mes saints prédécesseurs ; comme chacun d'eux a suiyi ceux qui les ont devancés^ j'ai fait de même.. . Dans cette succession^ on n'a jamais entendu un double langage. Les évêques séparés de notre unité ont manifestement renoncé à la doctrine de ceux qui les avaient consacrés. Il n'en est pas ainsi parmi nous ; toujours unis à la chaire de saint Pierre^ où^ dès l'origine du christianisme^ on a reconnu la tige de l'unité ecclésiastique ^ nous n'avons jamais condamné nos prédécesseurs ^ et nous laissons la foi des Eglises telle que nous l'avons trouvée. Nous pouvons dire^ sans crainte d'être repris^ que jamais on ne montrera dans l'Eglise catholique aucim changement que dans des choses de cérémonie et de discipline^ qui, dès les premiers siècles^ ont été tenues pour indifférentes... »

» Les ministres protestants cherchaient à faire illusion par des textes de saint Gyprien^ dont ils dénaturaient le véritable sens; mais Bossuet démontre que saint Cyprien, loin de permettre de contrôler l'Eglise par l'examen de ses dogmes, veut a qu'on reconnaisse d'abord l'Eglise, et qu'on tienne pour assuré qu'on n'a ni la loi de Dieu , ni la foi, ni le salut , ni la vie, quand on n'est

pas dans son unité Ainsi, on a beau se vanter de réformer

l'Eglise et de la réduire à une doctrine plus pure, aussi bien qu'à une discipline plus régulière ; loin d'être admis à prouver qu'on est dans la véritable Eglise à cause de la vraie doctrine qu'on prétend enseigner, on est convaincu, au contraire, qu'on ne peut pas avoir la doctrine quand on n'est pas dans l'Eglise et qu'on veut en

no HISTOIRE DE BOSSUET.

dresser une nouvelle. Et afin qu'on entende mieux de quelle Eglise saint Cyprien a voulu parler, c'est de l'Eglise qui reconnaît à Rome le chef de sa communion, et dans la place de Pierre, l'éminent degré et TEglise principale d'où l'unité sacerdotale atiré son origine. Bossuet profite ensuite d'un trait historique qui appartenait à un évêque de Meaux encore plus qu'à tout autre évêque; et il s'en sert pour rappeler aux protestants l'origine récente et peu honorable de la plupart de leurs Eglises. Il appelle en témoignage leurs propres historiens, qui n'ont pu dissimuler qu'elles ont presque toutes été fondées par des laïques sans caractère, sans mission et sans instruction. Il remet sous les yeux des nouveaux convertis de son diocèse ce que leurs pères avaient vu, ou du moins n'avaient pu ignorer.

a Souvenez-vous, leur dit-il, de Pierre le Qerc, cardeur de laine. Je ne le dis pas par mépris de la profession, ni pour avilir un travail honnête, mais pour taxer Tignorance , la présomption et le schisme d'un homme qui, sans avoir de prédécesseur ou de pasteur qui l'ordonnât, sort tout à coup de sa boutique pour présider dans l'Eglise. C'est lui qui a dressé l'Eglise prétendue réformée de Meaux, la première formée en France, en 1546. »

B Bossuet reproduit les mêmes raisonnements dont il avait fait usage dans sa lettre sur l'adoration de la croix, pour répondre aux objections populaires des protestants sur le culte que les catholiques rendent à l'image de la croix, à celles des saints et à leurs reliques.

« Quand même des particuliers, dit Bossuet, n'auraient pas des intentions assez épurées, l'infirmité de l'un ne fait pas de préjudice à la foi de l'autre ; et quand il y aurait de l'abus dans la pratique de ces particuliers; n'est-ce pas assez que l'Eglise les en reprenne? Et quand on ne les reprendrait pas assez fortement, autre chose est ce qu'on approuve, autre chose ce qu'on tolère; et quand on aurait tort de tolérer cet abus^ je ne romprais pas l'unité pour cela; pour m'éloigner d'une chose qui ne me fait aucun mal; je n'irais pas me plonger dans l'abime du schisme, où je périrais. »

j> Les ministres alléguaient sans cesse les progrès soudains et les succès prodigieux de la réforme comme un témoignage de la toute puissance divine en sa faveur, comme si, leur répond Bossuet;

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