LIVRE Vni. — CHAPITRE IX. Î
€ le désir de s'aflhinchîr des yœux^ des jetknes^ de la contmence, de la confession^ des mystères qui passent les sens^ de la sujétion des évéques qui étaient en tant de lieux princes temporels^ la jouissance des biens de TEglise^ le dégoût des ecclésiastiques trop ignorants^ hélas! et trop scandaleux^ le charme trompeur des plaisanteries et des invectives, et celui d'une éloquence emportée et séditieuse, le pouvoir accordé aux princes et aux magistrats de décider des affaires de la religion, et à tous les hommes de se rendre arbitres de leur foi et de n'en plus croire que leurs sens, enfin la nouveauté même n'avaient pas été l'attrait qui jetait en foule dans la nouvelle réforme les villes, les princes, les peuples, et jusqu'aux prêtres et moines apostats. »
r> Dès le début de cette lettre pastorale , Bossuet avait adressé aux nouveaux convertis de son diocèse cette déclaration remarquable :
« Loin d'avoir souffert des tourments, vous n'en avez seulement pas en* tendu parler; aucun de vous n'a souffert de violence, ni dans ses biens ni dans sa personne. Je ne vous dis rien que vous ne disiez aussi bien que moi; vous êtes revenus paisiblement à nous, vous le savez. »
8 Gomment, après une déclaration si solennelle faite à la France et à toute l'Europe, en présence de ceux qui auraient pu démentir le noble témoignage que Bossuet osait se rendre à lui-même, Jurieu et quelques autres écrivains ont-ils eu la témérité de représenter Bossuet comme persécuteur? » (Bausset.)
Bossuet ne fut pas en effet persécuteur, mais M. de Bausset va trop loin, quand il affirme qu'on ne vit jamais Vévêque de Meaux implorer le secours de Vautorité. Nous allons suivre, dans notre narration, les rapports de témoins occulaires, de l'abbé Ledieu et du curé de Saint-Jean que l'historien de Bossuet n'a pas connus.
» Un gentilhomme du nom de Séguier, qui résidait avec sa femme en son château de la Charmoix , dans la Brie , fut tourmenté pendant quelques jours par la présence de sept ou huit dragons que l'intendant de Paris crut devoir y envoyer. Ce gentilhomme s'était montré fort entêté, et sa femme, bien plus inconsidérée, s'était exhalée en déclamations contre le roi. Bossuet fut extrêmement afQigé de cet événement; sa juste considération pour un nom respecté dans la magistrature et les relations d'es-
time et d'amitié qu'il entretenait avec une famille établie dans son diocèse , lui inspirèrent Tidée d'engager l'intendant à faire transporter M. et M"** Séguiér dans son propre palais^ àMeaux. Bossuet voulut même se rendre caution de leur respect pour le roi et de leur soumission à ses ordres. Un procédé aussi délicat disposa M . Séguier à écouter avec moins de prévention les instructions d'un évêgue qu'il était lui-même accoutumé à respecter pour son génie et sa vertu. Cependant Bossuet eut d'abord beaucoup à souffrir des emportements de la femme. Mais une grande pa« tience^ et des instructions touchantes et paternelles suffirent pour les ramener à des sentiments plus modérés. Il eut, au bout de huit jours, la satisfaction de recevoir leur abjuration, et la consolation encore plus douce de les voir persévérer dans la religion qu'ils avaient embrassée.
0 La plus grande paix régna dans toutes les autres parties du diocèse de Meaux^ et même dans les lieux où les protestants étaient le plus nombreux, tels que Claye et Lizy. Bossuet allait lui-même répandre ses secours et ses instructions partout où il jugeait sa présence utile ou nécessaire. Il n'était pas un seul des nouveaux catholiques qu'il ne connût personnellement ; on les lui amenait de temps en temps pour être instruits et pour recevoir la confirmation. Il connaissait également tous les protestants qui s'étaient refusés à abjurer ; il les faisait venir très-souvent à Meaux ou dans d'autres lieux de son diocèse^ lorsqu'il allait y faire sa visite pastorale. Il cherchait à les éclairer et à les toucher par sa douceur. Jamais un seul d'entre eux ne s'est plaint de sa sévérité ni mêoie de ses reproches.
» Un ancien chanoine de Meaux (le sieur Payen) rapportait comme témoin oculaire qu'après la révocation de l'édit de Nantes, Bossuet , informé des différents lieux où se réunissaient les protestants répandus dans son diocèse^ allait, au moment où Ton s'y attendait le moins , les surprendre charitablement , faisait arrêter son carrosse loin du lieu où ils s'étaient réunis, s'y rendait à pied; frappait à la porte et entrait tout à coup. Un étonnement mêlé de crainte se peignait sur tous les visages. Mus Bossuet s'empressait de les rassurer en leur disant avec douceur :