LIVRE Vm. — CHAPrrîŒ IX
« Mes enfants 9 là où sont les brebis^ le pasteur doit y être. Mon devoir est de chercher mes brebis égarées et de les ramener au bercail. De quoi est-il question aujourd'hui? »
» Après avoir écouté leurs raisons , il entrait en matière et les instruisait. Ce fut de cette manière douce, confiante et paternelle, qu'il parvint à en convertir plusieurs. 11 les faisait ensuite rentrer dans leurs biens^ souvent même il les faisait soulager d'une partie de leurs impositions. L'intendant de la généralité se plaignait toujours de son extrême douceur et ne cessait de lui reprocher sa modération, dont les protestants abusaient souvent. Bossuet consentait à recevoir les reproches, pourvu qu'on lui accordât ce qu'il demandait, et l'intendant ne le refusait jamais. « Cependant on doit convenir, ajoute l'abbé Ledieu, que des procédés qui auraient dû lui concilier le cœur et l'esprit de tous les protestants de son diocèse , laissèrent le plus grand nombre d'entre eux persévérer dans leur opiniâtreté. »
D Son caractère et ses principes en cette matière étaient formellement opposés à tout ce qui pouvait ressembler à la contrainte et à la violence. Il arriva même un événement qui lui offrit l'heureuse occasion de montrer sa douceur et son humanité. Sept ou huit cents religionnaires , hommes et femmes, se réunirent en troupe, et tentèrent, à main armée, d'exciter une émeute à Lizy. Quelques-uns des chefs furent arrêtés sur-le-champ ; leur procès fut instruit; trois ou quatre furent condamnés à mort. Bossuet, heureusement , en fut averti à t^mps. Il interposa d'abord l'autorité de son nom pour faire surseoir à l'exécution. Il écrivit sur-lechamp à la cour, et il obtint leur grâce. Plusieurs femmes et quelques hommes avaient été condamnés à différentes peines, suivant la gravité de leurs délits» et elles se réduisirent à une amende honorable devant l'église de Lizy et au bannissement. » ( Ledieu, Mémoires.)
« L'on eut la satisfaction de voir quantité de nouveaux convertiâ dans ce pays aussi bien que dans les autres, par les soins de notre trèsrdigne prélat , qui , secondant les intentions de notre grand monarque , fit une résidence continuelle de trois et quatre mois dans le diocèse, exprès pour instruire et recevoir ceux que Sa
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Majesté avait ébranlés par la force de ses édits ; car, comme dit ce sage prélat après saint Augustin^ ps. 48 : De vi corrigendis hœreticis, si on se contentait de les effrayer par l'autorité royale, sans les instruire, ce serait user d'une injuste domination^ si aussi on se contentait de les enseigner sans leur inspirer des sentiments de crainte^ accoutumés à Terreur, ils seraient trop lents à s'en retirer et demeureraient endurcis. Depuis donc que le roi eut révoqué tout de bon Tédit de Nantes , dans tout son entier^ un 18 octobre de cette année^ et qu'en conséquence le temple de Charenton eut été démoli le 22 en suivant et celui de Nanteuil et autres ^ il se fit quantité d'abjurations à Meaux, et ici en particulier^ nous eûmes la joie de voir aussi Roch Regnault avec son fils Antoine Regnault , abjurer entre les mains de Monseigneur. Ce fut moi qui les lui menai les 13 et 14 novembre. Monseigneur par un mouvement de sa piété avait établi des prières publiques dans tout le diocèse avec un jour de jeûne pour la conversion des hérétiques. Le mandement était du 6 novembre et nous Texécutâmes ici dans la paroisse, les 23, 24 et 25 novembre^ suivant Tordre qui en était prescrit. Monseigneur avait été faire sa visito exprès à Lizy , le 7 novembre, afin de toucher davantage encore les huguenots de cette petite ville ; mais parce que le seigneur ne donna pas Texemple, et se contenta seulement d'admirer Mgr de Meaux, cela fut cause qu'il n'y eut que six convertis en toute la ville. Mgr de Meaux revint à Meaux dès la deuxième semaine de TAvent, passant par Glaye, y arrêta et fil une espèce de petite mission, et reçat quelques abjurations. Etant à Meaux^ il envoya les missionnaires de Crécy à Nanteuil, et y fut lui-même ensuite le mardi de la troisième semaine de TAvent, où il se fit plusieurs conversions. Dans cette semaine, M. l'intendant vint à Meaux et aussitôt écrivit à tous les curés pour lui envoyer les noms et les âges des personnes qui n'étaient pas encore converties. Je reçus sa lettre le samedi 22 décembre, par la voie de deux archers de Meaux, à cheval^ qui en étaient les porteurs. Aussitôt je les envoyai chez Roch, et les suivis de près afin de rassurer ces pauvres gens qui à leur arrivée étaient déjà tout interdits. Je les fis obliger en leur présence à venir me trouver tous dès le soir, à Téglise^ pour faire abjuration,