‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 150 sur 260 · LIVRE Vm, — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE Vm, — CHAPITRE IX

ce qa'ïls ûrent en présence de M. Corbin, vicaire de la paroisse, et du Père Ignace , prédicateur capucin , gui signèrent la profession de foi ; j'en avais reçu la permission de Monseigneur par le même Roeh, père de la famille^ qui , souhaitant la conversion de toute sa famille, pour faciliter la chose, Tavait été demander pour moi. Ils étaient cinq, la mère nommée Michelle, Michel, les deux filles Marie et Judith Regnault, un ûls Jean Regnault, un neveu Pierre Michel.

D La venue de M. Tintendant eut de si bons effets , que le jour de Noël on comptait en même temps cent trois conversions à rbôtel-ûieU; entre les mains de M. Pastel, et quatre-vingt-dix à révêché , entre les mains de Mgr de Meaux lui-même ; en sorte qu'il n*y eut plus de huguenots à Nanteuil, et à Meaux il ne restait que deux filles d'un nommé Yole , du grand marché.

» Et les dragons qui étaient venus à la suite de M. Tintendant ont été dispersés dans les villages, et nous en avions deux ici pour notre part.

» Le zèle de Monseigneur a été admirable dans ce carême pour encourager les nouveaux convertis à faire leurs pâques avec les catholiques dans les paroisses \ »

Dans le synode que Bossuet tint à la fin de Tannée 1685, il fut naturellement question des nouveaux convertis.

a II remontra qu'il y avait bien de la précaution à apporter, et nonobstant les violences apparentes qu'on leur fait de la part du roi, il ne fallait que de la douceur de notre part, nous qui sommes les dispensateurs des miséricordes de Dieu et non les exécuteurs de ses vengeances , et qu'ainsi dans toutes les choses qui ne sont pas de l'essence de la religion , comme eau bénite, pain bénit, il ne leur fallait point tenir rigueur ; que pour la ctofession , on les obligeait véritablement de la faire, mais que cette contrainte n'allait qu'à les soumettre à nos pieds et à les rendre attentifs à nos avis, et rien de plus ; car pour les obliger de recevoir le sacrement de nos autels dans un esprit de déguisement et d'hypocrisie, sans foi, sans dévotion, sans respect, qu'il fallait bien s'en donner de

^ MaQuacrit de Saint-Jean»

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garde , qu'il fallait les réveUler souvent par la crainte des jugements de Dieu ^ que s'ils demeuraient obstinés , il ne s'en fallait pas étonner^ puisque de tout temps il y en a eu dans TËglise^ et il faut qu'il y en ait pour faire paraître la justice de Dieu, comme sa miséricorde parait sur les bons.

» Et en même temps il avertit que pour les certificats que l'on donnait de leur confession^ il fallait mettre simplement : a Un tel s'est présenté dans la disposition de se confesser^ d sans rien ajouter, d {Manuscrit)

Pour ne plus revenir sur ce sujet , nous pouvons conclure des faits et des instructions qui viennent de passer sous nos yeux, que Bossuet a pu dire aux huguenots comme saint Paul : Impendam et supertmpendar ipse pro animabtis vestris. a Je me suis dévoaé tout entier, j'ai dépassé les limites mêmes du dévouement pour le salut de vos ftmes. d (II Cor., xu.)

Que si Bossuet a employé la coercition , ce n'est qu'après avoir épuisé les moyens de persuasion. Â-t-il même employé la contrainte extérieure ? Nous n'en trouvons aucune preuve dans les récits du curé de Saint- Jean^ qui se trouvait au milieu des huguenots.

Comme l'intendant de police montrait un zèle ardent, il a pu se faire que certains religionnaires aient subi quelques jours de prison^ à la demande des curés, pour avoir refusé d'assister à la messe ou d'envoyer leurs enfants aux instructions de la paroisse; quant à l'intervention personnelle de Tévêque ^ il n'en reste pas trace.

Le temple de la Ferté-sous-Jouarre fut abattu en i683 ou 1684; mais Tautorisation vint du roi lui-même , qui la donna à son re^ tour de TÂlsace, et pour condescendre aux vœux unanimes de la population. Les soldats qui se répandirent deux à deux, dans les environs de Meaux, n'étaient pas requis par l'évêque, et d'ailleurs ils ne commirent aucun acte de violence.

Si la condition faite aux huguenots ne devint pas plus rigoureuse , il faut en savoir gré à l'ordre que l'autorité sut maintenir et à la douceur de Tévêque. Le passage de leurs ancêtres à Meaux et dans les pays circonvoisins , avait été marqué par des crimes

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