LIVRE VII. — CHAPITRE H
vêgue de Paris fit le reste pour la déclaration avec Le Téllier^ gui en parla au roi comme d'un avantage sur la Sorbonne pour la sûreté de ses affaires et comme d'un rempart contre la cour de Rome. Cependant les docteurs disaient tout haut que le syndic ne devait point être puni^ n'étant nullement coupable ; ce qui fit prendre la résolution à la faculté de députer au roi pour empêcher cet interdit , et de lui présenter cette déclaration de sa doctrine sur le Pape. On dit toutefois que ce n'était pas une députation dans les formes, mais un nombre de docteurs des plus zélés pour Fhonneur de leur corps , présentés par l'évêque de Rodez , Hardouin de Péréflxe, nommé proviseur de Sorbonne. Mécontents qu'ils étaient du traitement rude du parlement et surtout de l'avocat général Talon^ qui les appela schismatiques^ ennemis de l'Etat et perturbateurs du repos public , ils prirent le parti d'aller au roi^ de lui présenter la déclaration de leur doctrine sur le Pape et sur le temporel des rois , pour lui faire connaître qu'on lui en faisait accroire sur cet article^ et qu'ils étaient aussi bons serviteurs du Toi que ceux qui les accusaient de ne Têtre pas. Cette déclaration contenait six propositions :
La première^ a que ce n'est nullement la doctrine de la Faculté que le souverain Pontife ait aucune autorité sur le temporel des rois ; »
La seconde, a que c'est la doctrine de la Faculté que le roi trèschrétiea n'a que Uieu au-dessus de lui pour le temporel ; que c'est son ancienne doctrine de laquelle elle ne se départira jamais ; o
La troisième , a que les sujets du roi lui doivent une fidélité et une obéissance dont ils ne peuvent être dispensés sous quelque prétexte que ce soit ; »
La quatrième, a que la même Faculté n'approuve point et n'a jamais approuvé aucune de ces propositions contraires à Tautorite du roi, aux libertés de TEglise gallicane et aux canons reçus dans le royaume, par exemple que le Pape peut déposer les évêques contre ces mêmes canons ; »
La cinquième^ a que ce n'est pas la doctrine de la Faculté que le Pape soit au-dessus du Concile ; d
La sixième , a que ce n'est pas aussi la doctrine de la Faculté
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que le Pape soit infaillible sans quelque consentement de l'Eglise K »
Ce fut rédaircissement que ces docteurs donnèrent de leurs sentiments sur ce sujet. Le roi leur répondit qu'il verrait son conseil. Mais , en attendant la réponse de Sa Majesté , il se fit en Sorbonne une suspension de toutes les fonctions de disputes, exercices et fonctions qui regardent le syndicat, par l'interdit du syndic. Et les esprits s'aigrissant , il parut alors un écrit en vers français, au nom de la faculté, fort injurieux au Pape, dont l'auteur avait raison de se cacher , comme d'une entreprise trèspunissable , car il ne parut alors rien de plus impie ni de plus huguenot. L'opinion commune fut que cet ouvrage était sorti d'un janséniste; car toute l'attention qu'on avait alors dans le parti était de déclamer contre le Saint-Siège et de faire la guerre au Pape. Ce fut là l'esprit qui régnait alors.
De sorte qu'à l'occasion d'une autre thèse qui fut soutenue à Poitiers, au collège des Jésuites, par un théologien de leur compagnie, qui attribuait au Pape une espèce d'infaillibilité quand il parlait ex cathedra , le procureur général eut avis que , pour remédier aux inconvénients de ces thèses favorables au Pape, il fallait renouveler l'observation des anciens règlements de la faculté , qui ordonnent aux religieux mendiants, après qu'ils ont reçu le degré de docteur, de se retirer dans les couvents de leur profession pour répandre dans tout le royaume les bonnes semences de la doctrine qu'ils ont apprise dans cette école. C'était un pur prétexte pour réduire le nombre de chaque ordre à deux religieux dans les assemblées de Sorbonne , crainte que la multitude de ces réguliers , de leur fond attachés au Pape , ne l'emportât sur les docteurs. Sur quoi Achille de Harlay, son substitut, requit à la chambre des vacations un arrêt pour régler ce nombre, ce qui se fit le 25 septembre (1663), où les arrêts rendus sur ce sujet les années 4552, 1621 et 1648, furent confirmés. Mais l'opposition s'étant faite de la part de tous les ordres religieux, le roi fut requis de le demander en son nom , parce qu'il s'agissait
* Il est évident que ^ces docteurs commettaient là. un acte de faiblesse^ pour plaire au Parlement et à la Cour.