‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 16 sur 260 · LIVRE VII. — CHAPITRE U · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — CHAPITRE U

de la sûreté et fidélité de son service, ce qui se fit avec toute la solennité qui peut donner autorité à un ordre de cette nature. Deux conseillers députés^ accompagnés du substitut du procureur général, allèrent en Sorbonne ; le substitut loua la faculté de sa déclaration^ qui fut portée, sur la fln^ du parlement à la grande chambre, et le syndic Grandin^ rétabli par ce moyen, dit aux docteurs assemblés que cette déclaration avait donné bien de la joie à la cour ; que c'était un nouveau gage de la pureté de sa doctrine et dé sa fidélité^ et comme un rétablissement solide des anciennes vérités et la guide certaine de sa conduite, a L'estime aussi que la cour a toujours eue pour cette compagnie lui a fait prendre beaucoup plus de part en cette satisfaction publique que tous les autres ordres du royaume, et , pour marquer cette satisfaction par le rétablissement d'une doctrine si chrétienne et si française, elle l'a fait insérer dans ses registres et lui a bien voulu donner place entre ses arrêts les plus souverains; la déclaration aussi, par laquelle le roi a voulu que ses articles fussent publiés dans toute l'étendue de ses Ëtats pour y être la règle certaine des sentiments de tous ses sujets (comme ceux que nous dressa le dernier siècle le furent de la foi de tout ce royaume), est une preuve incontestable de son estime et de son affection. C'a été sans doute dans cette pensée qu'il vient d'ordonner par un arrêt l'exécution du règlement qui avait autrefois été fait pour régler le nombre des religieux, dans les assemblées de la faculté, à deux seule-, ment. »

Sur quoi un carme nommé Lombard * voulut parler pour former opposition à ce règlement, prétendant, pour lui et pour tous les autres religieux , qu'ils ne doivent pas être de moindre condition que les autres docteurs qui avaient droit d'assister aux

* Paul Lombard, carme du grand couvent de la place Maubert, ordonné prêtre à Paris le 19 septembre 1637, docteur en théologie de la faculté de Paris le 9 septembre 1642, élu provincial de Lyon en mai 1665, mourut en décembre 1690. Les Notes à Colbert en font le portrait suivant, qui est trop glorieux pour que nous ne le reproduisions pas : Moine de profession et d'inclination, hardy dans ses actions et dans ses paroles, le maître des docteurs de son ordre, fort passionné pour Rome, propre à proposer et à appuyer toutes choses pour Rome et contre la hiérarchie.

assemblées dès qu'ils avaient pris le bonnet , sans limitation. On lui a remontré qu'il pourrait faire telle réquisition que bon lui semblerait , mais que cependant il fallait obéir à Farrèt ; et la chose en demeura là. C'était ainsi qu'on dépouillait le Pape de ses secours en le dépouillant de ses pouvoirs^ car les religieux sont d'ordinaire ceux qui sont les plus attachés au Saint-Siège et de tous les serviteurs du Pape les plus fidèles^ non pas en qualité d'émissaires et d'esclaves . comme disait l'avocat général Talon^ mais parce que dans le fond ils ont plus de christianisme et de vraie piété , comme tout le monde sait, que tous les autres sujets du Pape.

Mais enfin^ soit que les mécontents de Rome fussent plus alertes pour observer tout ce qui se passait alors en France à Tégard du Pape^ soit que l'étoile des thèses ne fût pas heureuse, on en soutint encore une autre vers ce temps-ci, qui, quoique plus innocente que les autres , ne fit pas moins de bruit par la qualité de celui qui la soutint. Ce fut le fils aîné du premier président, François-Chrétien de Lamoignon ^ Il avait soutenu des thèses de toute la philosphie, au collège des Jésuites, sur la fin de Tété^* devant tout le parlement et une partie des gens de la cour; il en soutint une autre de mathématiques le lendemain^ à peu près devant la même compagnie, et, pour combattre le système de Copernic, il citait un décret de Tlnquisition, tribunal toujours odieux au parlement. Le premier président fut averti, deux jours devant, que la thèse de son fils ferait du bruit : il négligea l'avis, croyant la chose trop légère ; il ne laissa pas d'ordonner à son fils de prendre occasion, dans ses réponses, d'expliquer cette thèse, et il lui dicta lui-même ces paroles : Quo argumento ab Inquisitione petito utuntur omnes qui répugnant Copermco, quemadmodum factum a Gassendio ; per quod tamen nullam ego attribua auctoritatem Inqnisitioni in hoc regnOy qui sum et ero semper libertatum Gallicarum defensor acerrimus. Ce que le soutenant trouva le moyen de dire et de répéter même fort à

1 Chrétien-François de Lamoignon^ fils de Guillaume et de Magdeleine Potier^ né le 26 juin 1644^ marié le 7 janvier 1674 à Marie-Jeanne Voysin^ mourut le 8 août 1709.

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