‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 151 sur 260 · LIVRE Vni. — CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE Vni. — CHAPITRE IX

abominables. Les prêtres massacrés^ les femmes et les religieuses déshonorées, les sanctuaires souillés et dévastés^ les reliques foulées aux pieds et livrées aux flammes , les bourgeois rançonnés^ maltraités, égorgés^ tel est le lugubre bilan qui pouvait se solder par de dures représailles... Encore une fois, toute violence nous pardt regrettable en fait de religion ; mais quand les protestants exhalent leurs plaintes, et que certains catholiques s'en font Técho, ils oublient trop facilement, ceux-là leur cruel passé, ceux-ci le nombre et la qualité des victimes. Si quelqu'un était autorisé à jeter la première pierre, ce ne serait assurément point les protestants.

Les ministres réfugiés en Hollande, et mis parfaitement à Tabri du martyre , lançaient de ce lieu de paisible retraite une foule de lettres dXies pastorales aux protestants de France qui sont tombés par la force des tourments. Les auteurs empruntaient à saint Cyprien , l'illustre évêque de Carthage , ses exhortations si éloquentes et si pathétiques adressées aux faibles chrétiens qui avaient cédé devant les instruments de torture.

Ces productions du faux zèle et de la fausse doctrine enflammèrent le zèle de Bossuet ; aussi, dans la lettre sur la communion pascale S que nous avons mentionnée plus haut, il réfute les calomnies des ministres avec toute la vigueur de son éloquence.

a Que ces faiseurs de Lettres pastorales^ qui se parent des lambeaux de saint Cyprien , ne prennent - ils sa doctrine tout entière ? Puisqu'ils se servent des paroles de ce saint martyr pour vous exhorter au martyre^ que ne vous disent-ils avec lui : Qu'il ne peut y avoir de martyrs que daus TEglise; que lorsqu'on est séparé de son unité, c'est en vain qu'on répand son sang pour la confession du nom de Jésus-Christ; que la tache du schisme ne peut être lavée par le sang, ni ce crime expié par le martyre...

» Qu'on ne vous apporte point ces lettres trompeuses que des étrangers travestis en pasteurs vous adressent, et où l'on parle de tourments. Outre qu'elles sont faites par des gens qui n'ont jamais pu prouver leur mission, ces lettres ne vous regardent pas.... Vous êtes revenus paisiblement à nous , Yous le savez. Je vous ai vus autour de la chaire avec le même empressement que le reste du troupeau. Quand j'ai prêché la sainte pa-

' Tome V, p. 243.

Tole^ le Saint-Esprit vous a fait ressentir q[ue j'étais votre pastenr...; L'oeuvre de la réunion s'achèvera^ œuvre de charité et de paiz^ qui tournera le cœur des pères vers les enfants et le cœur des enfants vers les pères ^ c'est-à-dire ramènera les enfants à l'Eglise où leurs pères ont servi Dieu^ où leurs os reposent en paix^ et où ils attendent la résurrection des justes *. »

a Syyiodes de 1685-1686. En 1685, le synode se tint à Tépoque accoutumée.

Les avis que Monseigneur donna à la ÛU) furent 1*" touchant les fêtes de la vendange, qu'il laissait à la discrétion des curés de donner la permission de travailler dans les fêtes qui arriveraient dans le fort de la vendange, aux mêmes conditions que dans les fêtes de Taoùt, d'entendre la messe sous peine de péché^ et de faire le service du grand matin^ pour la commodité de tout le monde, et cela en attendant qu'il ait ordonné autrement.

2** Touchant l'usage dans lesquels sont les curés de s'aller aider les uns les autres dans les jours de patron, ou confréries, pour confesser et administrer les sacrements, après avoir posé pour principe que le curé n'avait point de pouvoir hors sa paroisse, il déclara néanmoins qu'il ne désapprouvait point cet usage, et ne le voulait pas défendre, pourvu seulement que le tout se fit du consentement du propre curé ' ; et parce qu'on fait toujours l'objection des religieux qui ont un pouvoir bien plus étendu que des curés, il répondit que les religieux étaient des troupes auxiliaires qui avaient un pouvoir extraordinaire , et que les curés étaient des troupes réglées qui ne devaient rien faire que selon les règles de leur état.

' Ce travail était terminé^ lorsqu'une heureuse occasion mit entre nos mains un extrait authentique du journal de Rochard, lieutenant du chirurgien du roi, dans la ville de Meaux, Ce manuscrit est d'autant plus précieux pour nous que le volume a disparu et qu'il fait connaître les rapports de Bossuet avec les huguenots de son diocèse. Nous avons eu la satisfaction d'y voir les récits du curé de Saint-Jean confirmés en tout point. Pour ne pas aUonger outre mesure une matière déjà fort étendue^ nous renvoyons une partie du texte ^WJL pièces justificatives. Ces témoignages d'un second témoin oculaire achèveront de réduire en poudre les accusations des protestants. (Voyez pièces justificatives, no vm.)

^ Cette limitation de la juridiction des curés à leurs paroisses n'est pas contraire au droit, mais elle est d'une rigueur qui contraste avec l'esprit de l'Eglise et établit une compression regrettable.

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