LIVRE Vin. -- CHAPITRE X. 29t
ne soit l'ouvrage d'un homme habile dans Tart de la parole^ et ne renferme de beaux passages ; mais quand on place à cAté les m&les accents , le noble style , les incomparables peintures de Tévéque de Meaux , il paraît impossible qu'un homme de goût ait osé sciemment affironter la comparaison. Aussi qui lit Bourda* loue? Fléchier^ avec ses phrases éclatantes et ses antithèses prétentieuses, reste encore inférieur à Bourdaloue.
Ce qu'il faut admirer dans l'évèque de Meaux ^ c'est le silence absolu qu'il garde en semblable occasion. II connaissait la valeur de ses discours, et ne pouvait ignorer les faux jugements dont ils étaient l'objet; cependant, jamais nous ne surprenons sur ses lèvres un mot de plainte. Nul mieux que cet homme d'un goût sùr^ n'appréciait le fort et le faible de ses rivaux ; et jamais il n'est descendu de sa gloire pour mêler un peu de jalouse critique aux applaudissements qui les enivraient.
Après la composition de son dernier chef-d'œuvre oratoire, Bossuet revint à Meaux et reprit modestement le cours de ses visites pastorales; puis^ le mardi 7 octobre > il tint son sixième synode, qui fut encore plus dififéré cette année que la précédente.
a Le sujet de l'entretien roula sur ces paroles de saint Matthieu^ c. X; 19 : Nolite cogitare quomodo aut quid loquaminiy dabùur enim vobis in illa hora quid loquamini. Sur quoi Monseigneur montra la facilité d'annoncer la parole de Dieu^ 1"* à considérer la chose en elle-même, ^ la manière de la faire ^ 3^ quel en est le ministre.
» 1* Annoncer la parole de Dieu, prêcher, en soi, c'est rendre témoignage à Jésus-Christ. Act., i, 8 : £^ eritis mihi testes in Jérusalem ^ et in ornai Judœa^ et Samaria, et mque ad ultimum terrœ. Or, pour rendre témoignage à la vérité, pour aller en déposition, que faut-il? De la sincérité et de la simplicité, dire simplement la chose comme elle est et comme on la sait , il ne faut point de rhétorique ; et il ne sert de rien de dire que la promesse qui est faite en cet endroit de saint Matthieu , c'était pour des martyrs, car martyr ne signifie que témoin, et tous les prédicateurs apostoliques doivent être des témoins de la vérité.
» â"" La manière de prêcher, la plus courte est la meilleure ; car.
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que faut-il prêcher? Ce que Notre^Seigneur a eommandé à sm apôtres de dire^ Luc.^ x> 9 : Et dkite illis : Appropmquaoit in vos regnum Dei. Dites à vos peuples, le, royaume de Dieu approche, c'est-à-dire^ ce jugement particulier à la mort de chacan, et voilà la prédication finie. '
3*" Le ministre de la parole de Dieu^ ce n'est pas vous, c'est le Saint-Esprit ; Dieu vous le promet, il ne manque point à ses promesses^ il est fidèle ; il est vrai qu'une condition est nécessaire absolument pour cela ; il faut que ce soit le Saint-Esprit qai vous ait appelé dans votre état et dans votre cure , afin qu'il vous communique ensuite ses lumières ; il ne faut pas y être entré par des appels comme d'abus^ et des arrêts contre le sentiment de l'évêque ; selon le monde^ un homme est à couvert, mais selon la conscience^ quelle sûreté ? Il appuya beaucoup sur ce point.
Il termina Tentretien par la confession publique et réciproque, comme les autres années ^ *
Les avis furent assez communs^ et presque les mêmes que les autres années, d
Ici finit le journal du curé de Saint-Jean^ et nous en sentons an vif regret. Ce digne ecclésiastique qui professait autant d'admiration pour les vertus épiscopales de son évêque que pour son génie^ vante fréquemment la bonté, l'afiTabilité du grand homme, la facilité avec laquelle les prêtres Tabordaient et Tentretenaient de leurs affaires. Dans cette même année 1687, le jour delà Dédicace, Bossuet vint assister à la messe du village de Saint-Jean et fit le prône^ sur le plan que le curé lui avait tracé : a Son sujet fut le respect qui est dû aux Eglises , une fois qu'elles ont été consacrées à Dieu , et la rigueur que Jésus-Christ exerça envers ceux qui profanaient le temple. Il fit adroitement dans son discours^ tous les sujets que je lui avais recommandés ; comme par exemple, les superstitions de la campagne, la profanation des dimanches et des fêtes^ la négligence des parents à envoyer leurs enfants à l'école et au catéchisme, les vengeances dans les tailles, les injustices que l'on se fait les uns aux autres, la liberté
> Manuscrit de Saint-Jean.