‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 17 sur 260 · LIVRE VU. — CHAPITRE U. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE VU. — CHAPITRE U. 3o

propos^ pour l'explication de sa thèse. Mais on était déterminé à y trouver à redire.

Dans l'assemblée de Sorbonne qui se fit au premier du mois suivant, le syndic Grandin n'ayant pas jugé à propos de parler de cette thèse, jugeant que c'était trop peu de chose, un docteur de la faculté, nommé de Flavigny S qui s'y trouva, homme emporté et turbulent, fit un discours contre la thèse d'un air de furieux. C'était un janséniste outré, qui, porté par la cabale, dont il était un des émissaires des plus déterminés , Qt tant de bruit qu'on fut contraint de nommer des commissaires pour examiner la thèse et en faire le rapport à la compagnie. Cependant ce docteur, qui avait dévoué sa plume aussi bien que sa langue au parti, fit un écrit très-outrageux contre le syndic, qu'il accusait de prévarication dans les fonctions de sa charge et du renversement de toutes les formes dans les délibérations de la faculté. Le syndic présenta requête au parlement contre cet écrit ; le premier président donna arrêt pour en informer et pour défendre à la faculté de rien remuer sur la thèse. On dit que Le Tellier, qui était alors ami du premier président, brouillé avec Colbert à l'occasion de la chambre de justice, lui fit dire en secret qu'il pouvait tout entreprendre contre la Sorbonne, qu'il serait appuyé de la cour. Mais la chose lui parut si légère qu'il avait pris de son chef la résolution de réprimer des gens qui voulaient le chicaner. Ainsi on ne parla pas de cette affaire au prima mensis du mois d'août suivant. La cour étant partie pour le siège de Marsal, en Lorraine, et l'archevêque d'Auch s'étant présenté pour présider au prima mensis de septembre ( 1663) prit occasion de

• Valérien de Flavigny, seigneur de Saint-Audebart, de Beaucourt et d'Effllieux, Mé à Villiers-en-Prayères, au diocèse de Laon, d'une famille distinguée, docteur de la maison et société de Sorbonne le 25 mai 1628 , chanoine de Reims et professeur d'hébreu au collège de France en 1640, doyen du Collège royal en 1656, mourut revêtu de cette charge le 29 avril 1674 et fut inhumé le même jour dans l'église de la Sorbonne. C'était un richériste décidé, grand ennemi des moines et à tous ces titres fort lié avec les jansénistes. Dès 1632 il avait édité les œuvres de Guillaume de Saint-Amour. Elie Dupiti, quoique du môme partie ne peut s'empêcher de reconnaître que le style de Flavigny était « plus convenable à T impétuosité d'un jeune homme qu'à la gravité d'un ancien docteur. »

louer la thèse et de dire qu'elle n'avait rien que de sain ; sur quoi Q fit un discours fort savant de l'Inquisition; montra que la faculté ne savait pas tout à fait ce que c'était, prétendant qu'on confondait le pouvoir de ce tribunal contre la discipline et contre les personnes, avec le pouvoir d'examiner et de condamner les livres qui lui était commun avec toutes les facultés; et il fut résolu que l'affaire serait misô en oubli et qu'on n'eu parlerait jamais. L'archevêque de Paris eut cependant ordre du roi, du conseil de ses ministres, de se trouver am prima mensis d'octobre, pour obliger la faculté à faire un décret contre l'Inquisition, mais ce ne fut qu'après avoir déclaré que la thèse dont on avait parlé aux assemblées précédentes ne contenait rien de favorable à l'Inquisition^ ajoutant qu'on ne pouvait assez trouver à redire au procédé de ces brouillons qui cherchaient mal à propos à faire du bruit sur l'Inquisition.

11 est vrai qu'il régnait alors un méchant esprit conçu par le Jansénisme, contre Rome, qui commençait à infecter la cour et le parlement; on en voulait au Pape, et l'affaire de l'ambassa- <ïeur était un prétexte dont on se servait pour aigrir le roi, les ministres l'étant déjà eux-mêmes ; ce qui obligea Pierre de Marca, archevêque de Toulouse, nommé à l'archevêché de Paris, qui avait prévu cet orage , lequel retomberait sans manquer sur lui dans le poste où il était nommé , d'écrire ses sentiments sur l'infaillibilité du Pape^ qui était pour ainsi dire, la maladie du temps. Cet écrit solide , Judicieux , sans aucun esprit de partialité, était propre à détromper ceux qui se faisaient un fantôme de cette question^ et comme ceux-là étaient les ministres, et principalement Le Tellier, alors gouverné par son fils l'abbé, qu'il aimait uniquement , et par son répétiteur Coquelin , il ne fut pas imprimé ; il s'en trouve des copies au séminaire de Saint-Sulpice, où l'on avait grand soin de recueillir tout ce qui pouvait servir à la défense de la religion. L'esprit de cet écrit était d'insinuer aux ministres de ne pas toucher avec tant d opiniâtreté à l'infaillibilité, qu'on ne pouvait détruire entièrement sans établir la créance de la faillibilité, ce qui allait à la ruine de la religion ; car le Pape n'aurait bientôt pas plus d'autorité qu'un ministre de 6e-

Page 1