‹ Histoire de Jacques-Benigne Bossuet et ses œuvresChapitre 162 sur 260 · LIVRE VIII. — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. — CHAPITRE XI

préciées ! Nous ne croyons mieux faire qu'en suivant le récit de M. de Bausset ; il est un peu long sans doute ^ mais Tinstruction qu'on y trouvera offrira une heureuse compensation K

a On ne peut apprécier tout le mérite de V Histoire des variations y et saisir la pensée qui inspira à Bossuet le dessein de cette belle et vaste composition, qu'en se plaçant avec lui dans la position où il avait trouvé les catholiques et les protestants.

» La plupart des hérésies que le christianisme avait vues naître depuis son établissement^ convenaient au moins d'un principe commun ; elles s'accordaient à reconnaître et à respecter l'autorité de l'ËgUse. Chacune d'elles avait attaqué successivement quelque point de sa doctrine, ou quelques-unes des règles de sa discipline ; mais elles ne lui contestaient ni le droit de juge , ni la forme dans laquelle elle prononçait ses jugements. L'Eglise, en vertu de la puissance que les paroles et les promesses de Jésus- Christ lui avaient transmise , traduisait à son tribunal les novateurs, discutait leurs opinions^ entendait leurs accusateurs, écoutait leurs défenses et les explications des accusés ; et appuyée sur TEcriture et sur la tradition, elle prononçait ses décrets.

» Cette forme , prescrite par Jésus -Christ lui-même^ avait été invariablement suivie depuis l'origine du christianisme; elle avait presque toujours sufQ pour remplir l'objet de sa divine institution ; et quand on se rappelle cette suite innombrable de sectes qui se sont succédé, et dont les auteurs et les erreurs sont

* Voyez tomes XIV et XV. L'édition Vives reproduit rj7i5^o<rc des variations selon le texte original et purgée des fautes nombreuses qui figurent dans les éditions précédentes. Déforis s'empressa de corriger son maître^ et il le fit avec une gaucherie qui étonne dans un honmie de talent. Voyez les remarques historiques de M. Lâchât^ page 8^ etc.

«Bossuet; dit l'éditeur^ cite souvent les Pères et les docteurs de la réforme. Quand leurs ouvrages ont été écrits primitivement en français ^ ou traduits d'une manière officielle^ comme leurs témoignages font autorité dans Vexposilion de la nouvelle doctrine^ nous les avons reproduits dans la forme originale, d'après l'ancienne orthographe. On sait que \ Histoire des variations renferme les pièces relatives au mariage du Landgrave de Hesse. Une de ces pièces, l'instruction du Landgrave à Bucer, a été mise en français par l'abbé Leroy; les deux autres, la consultation des réformateurs et l'acte de mariage , ont été traduites par Bossuet. Les précédents éditeurs ont donné toutes ces traductions, nous avons rejeté celle de Leroy, pour ne garder que celle de Bossuet* »

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presque oubliés sans avoir laissé aucune traoe sur la terre, on ne peut qu'admirer la sagesse divine qui a présidé à la constitution de l'Ëglise.

]> Plus audacieux que tous ceux qui les avaient précédés depuis quinze siècles, les novateurs du seizième avaient tout attaqué, et prétendu tout renverser. Il est vrai que Luther annonça et promit d'abord une humble soumission au jugement du Pape et de TËglise. Mais cet homme ardent, incapable de garder aucune mesure , irrité d'un jugement qu'il avait lui-même provoqué, se hâta de rétracter ses premiers engagements. Fier de ses succès^ enhardi par le nom , la puissance et l'éclat de ses protecteurs , il ébranla tous les fondements du christianisme, et porta une n^ain téméraire à toutes les institutions de l'Eglise. Il mit en controverse les points les plus importants de la doctrine chrétienne ; il foula aux pieds ses institutions les plus précieuses ; conserva ou retrancha à son gré des sacrements que leur origine divine et la tradition de quinze siècles avaient consacrés ; altéra , efiGsça, -abrogea les rites les plus andens de l'Eglise ; et s'interdit à luimême tout espoir de retour à l'ordre et à la vérité, en contestant à l'Eglise le droit même de le juger. Infidèle à ses propres maximes , il posa un principe étemel de discorde , et ouvrit la porte à tous les genres de fanatisme , en transmettant à chaque particulier un droit qu'il refusait à l'Eglise entière^ celui d'être interprète et juge de la parole de Dieu.

» Calvin, encore plus hardi, acheva de détruire ce que Luther avfidt conservé. Dans sa sombre haine contre toutes les puissanoes et toutes les autorités, il s'indigna de voir au-dessus de lui des rois et des papes, des grands et des évêques ; et soulevant toutes les passions de la multitude , il transporta la démocratie dans la religion et dans la société politique. Le contraste de son culte et de ses principes de gouvernement avec le culte et les formes de gouvernement qui avaient dominé jusqu'alors, dut nécessairement mettre aux prises toutes les classes de la société les unes avec les autres^ et armer toutes les passons et toutes les haines. Son vœu fut rempli ; le sang coula dans toute l'Europe, et ses disciples furent si fanatiques, par la crainte.d'être supersti-

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